Narbonne

André Malraux en mosaïque à Narbonne

Un portrait écrit par son œuvre

Sur l’esplanade André-Malraux à Narbonne, un portrait monumental attire discrètement le regard. Mais derrière l’image de l’écrivain se cache une œuvre plus complexe : son visage est construit par les mots.

Réalisée lors de l’aménagement de l’esplanade inaugurée en 2003, cette mosaïque est l’œuvre du mosaïste Michel Patrizio, dans un projet conçu avec l’architecte Régis Martin. Le portrait reprend une photographie célèbre d’André Malraux réalisée par Gisèle Freund.

Au premier regard, on découvre un visage. En s’approchant, on découvre une vie.

La mosaïque présente les repères essentiels de l’existence de Malraux :

PARIS 1901 – ANDRÉ
CRÉTEIL 1976

Entre ces deux dates, toute une trajectoire littéraire et artistique apparaît. Les titres de ses œuvres sont intégrés dans la composition comme autant de fragments de mémoire.

Sur la partie gauche du portrait, les inscriptions se succèdent :

  • Les Conquérants
  • La Voie royale
  • Le Temps du mépris
  • La Création artistique
  • Les Voix du silence
  • L’Irréel
  • L’Homme
  • Les Chênes qu’on abat
  • Antimémoires
  • Lazare

Sur la partie droite apparaissent :

  • Lunes en papier
  • Royaume-Farfelu
  • La Tentation de l’Occident
  • La Condition humaine
  • Les Noyers de l’Altenburg
  • La Monnaie de l’absolu
  • La Tête d’obsidienne
  • La Métamorphose des dieux
  • L’Intemporel
  • Le Précaire et la littérature

Au bas de l’œuvre, une signature manuscrite vient compléter l’ensemble : André Malraux.

Le choix de ces titres est particulièrement révélateur. Certains rappellent le romancier engagé (Les Conquérants, La Condition humaine, L’Espoir), d’autres montrent le Malraux passionné d’art et de civilisation (Les Voix du silence, La Métamorphose des dieux, L’Intemporel).

La mosaïque devient alors plus qu’un portrait : elle est une autobiographie fragmentée. Chaque mot est une tesselle, chaque titre une parcelle de mémoire.

À Narbonne, ancienne cité où les mosaïques romaines témoignent encore du génie des artisans du passé, cette œuvre contemporaine crée un lien entre l’héritage antique et la culture du XXᵉ siècle.

Il faut prendre le temps de regarder autrement cette esplanade : sous nos pas, ce n’est pas seulement un visage qui apparaît, c’est une bibliothèque entière qui se dévoile.


Un détail mérite également d’être observé : les inscriptions de la mosaïque ne reprennent pas toujours les titres dans leur forme éditoriale exacte. On remarque par exemple « Les Noyers l’Altenburg » sans le « de », « La Monnaie de absolu » sans l’apostrophe, ou encore « Précaire et la littérature » sans l’article initial. Ces particularités ne sont pas des corrections à apporter, mais les traces visibles d’une œuvre réalisée dans la matière. La mosaïque garde ainsi la mémoire du geste de l’artiste et de sa fabrication. Comme les anciennes inscriptions gravées dans la pierre, ces petites différences font désormais partie de l’histoire de l’œuvre narbonnaise.


Quand la mosaïque devient une signature artistique de Narbonne

La mosaïque d’André Malraux n’est pas un cas isolé dans le paysage narbonnais. La ville possède également d’autres œuvres monumentales où la céramique et la mosaïque occupent une place particulière, notamment grâce au travail de Jean Camberoque, artiste audois qui a largement marqué l’art public régional.

Au lycée Docteur-Lacroix, une immense mosaïque murale réalisée au début des années 1960 couvre encore une partie du pignon du bâtiment. Composée de petits carreaux de grès cérame, cette œuvre monumentale illustre parfaitement la volonté de l’époque d’intégrer l’art à l’architecture, notamment à travers le dispositif du « 1 % artistique ».


D’autres réalisations de Camberoque existent à Narbonne, comme à l’école maternelle Jules-Ferry avec une fresque en faïence inspirée de l’univers méditerranéen, ou encore à Narbonne-Plage avec une œuvre carrelée aujourd’hui visible sur la façade de l’office de tourisme.

Trois lieux, trois histoires, mais un même fil conducteur : faire entrer l’art dans le quotidien des habitants. Qu’il s’agisse du visage littéraire d’André Malraux composé de mots ou des formes colorées de Camberoque, ces mosaïques rappellent qu’un mur, un sol ou une façade peuvent devenir bien plus qu’un simple support : ils deviennent une page de notre mémoire collective.

➡️ À découvrir également : « Sur la route de Jean Camberoque, un artiste qui a semé ses œuvres dans nos rues« .