Narbonne

Exposition Mr. Brainwash à Narbonne

Ce matin, ma Réglisse me suggère d’aller faire un tour à la Chapelle des Pénitents-Bleus, où se déroule une exposition de street art.

En chemin, elle me dit que l’exposition est consacrée à Mr. Brainwash.

Je connais son travail. Je sais ce que je vais trouver, ou du moins je crois le savoir.

Et là, je lui dis :

« Mince… j’aime, mais j’aime pas ! »

Voilà, tout est dit… ou presque.

Parce que Mr. Brainwash, j’aime bien. Ses œuvres sont colorées, spectaculaires, accessibles, souvent drôles. Elles accrochent immédiatement le regard.

Mais en même temps, quelque chose me dérange.

J’ai toujours cette impression étrange de regarder un immense jeu de Lego artistique : des images célèbres, des personnages que tout le monde connaît, des références à d’autres artistes, des slogans, des couleurs, du collage… Il assemble, détourne, mélange et nous sert le tout avec sa propre recette.

Alors oui, ça fonctionne.

Mais la question que je me pose est beaucoup moins confortable :

Quand je regarde une œuvre de Mr. Brainwash, est-ce son travail que je regarde… ou celui de tous ceux qui ont créé les images avant lui ?

Et finalement, c’est peut-être justement pour répondre à cette question que je vais pousser la porte de la chapelle.

Alors, on pousse la porte…

Et là, changement d’ambiance.

La Chapelle des Pénitents-Bleus, avec ses pierres, son histoire et son architecture, se retrouve plongée dans l’univers de Mr. Brainwash.

Les couleurs éclatent, les œuvres s’installent dans l’espace, les personnages célèbres apparaissent de tous côtés. Le contraste est assez saisissant : d’un côté, un lieu chargé de plusieurs siècles d’histoire ; de l’autre, un univers pop, coloré, provocateur et résolument contemporain.

Je regarde.

Je tourne autour des œuvres.

Je reconnais des visages, des images, des références.

Et pourtant, je dois bien l’avouer : j’aime.
C’est coloré, drôle, spectaculaire. Ça fonctionne.

Mais mon « j’aime, mais j’aime pas » n’a pas disparu pour autant.

Au contraire.
Parce qu’une fois les premières impressions passées, une question s’installe dans ma tête :

Quand je regarde une œuvre de Mr. Brainwash, est-ce son travail que je regarde… ou celui de tous ceux qui ont créé les images avant lui ?





La visite terminée, je me dis qu’il est temps de regarder un peu plus attentivement celui qui se cache derrière Mr. Brainwash.

Mr. Brainwash, de son vrai nom Thierry Guetta, n’est pas arrivé dans le street art par le chemin classique. À l’origine, il est vidéaste. Il filme les artistes de rue, les suit, les observe, et finit notamment par croiser Banksy.

C’est d’ailleurs cette histoire que raconte le documentaire Exit Through the Gift Shop, réalisé par Banksy en 2010.

Thierry Guetta passe alors de l’autre côté de la caméra et devient lui-même Mr. Brainwash.

Son univers va mélanger street art, pop art, photographie, collage, pochoir et culture populaire.

Mais surtout, il va faire quelque chose qui va devenir sa marque de fabrique : prendre des images que nous connaissons tous et les faire entrer dans son propre univers.

Marilyn Monroe, Charlie Chaplin, Einstein, Mickey, les icônes de la publicité, les photographies célèbres, les références à Warhol ou à Banksy… Il ne part pas d’une toile blanche. Il part d’images qui existent déjà.

Il les découpe, les agrandit, les colorise, les recouvre, les juxtapose, les détourne.

Et ça fonctionne.

C’est même terriblement efficace.

Mais à ce stade, une question s’impose :

Mr. Brainwash est-il un artiste qui crée… ou un artiste qui assemble ?

Car si l’on retire de ses œuvres toutes les images qu’il n’a pas créées lui-même, que reste-t-il de Mr. Brainwash ?

C’est là que mon « j’aime, mais j’aime pas » reprend tout son sens.

Je peux prendre beaucoup de plaisir devant son travail tout en me demandant où commence réellement sa création.

Et finalement, c’est peut-être là que se trouve tout le paradoxe de Mr. Brainwash.