Haludovo Palace Hotel une légende abandonné
Novembre 2021. La journée commence dans la petite ville de Kraljevica, où nous explorons le Former Hotel, un établissement abandonné à deux pas du port.
Le spectacle est saisissant. L’hôtel est dans un état de délabrement avancé. Les planchers s’affaissent, les murs se fissurent et l’ensemble semble attendre son inévitable effondrement. C’est d’autant plus regrettable que son architecture possède encore un certain charme. On imagine sans peine les vacanciers qui animaient autrefois ses couloirs, aujourd’hui livrés au silence.
Après cette première exploration, nous reprenons la route en direction de l’île de Krk. Le pont Krčki, immense ruban de béton jeté au-dessus de l’Adriatique, nous ouvre le passage. À mesure que nous avançons, les paysages deviennent de plus en plus maritimes. Impossible d’imaginer que, quelques kilomètres plus loin, nous allons découvrir l’un des lieux abandonnés les plus mythiques de Croatie.
Au bout de la route apparaît enfin Haludovo Palace Hotel.
Même après avoir vu des dizaines de sites abandonnés, celui-ci provoque un véritable choc. Son nom fait rêver les passionnés d’urbex du monde entier. Ce n’est pas seulement un hôtel en ruine, c’est un morceau d’histoire. Dans les années 1970, le Haludovo incarnait le luxe absolu sur la côte adriatique. Stars, hommes d’affaires et clientèle fortunée s’y retrouvaient dans une ambiance digne des plus grands palaces.
Aujourd’hui, le contraste est saisissant. Les immenses halls sont envahis par les graffitis, les baies vitrées ont disparu, la végétation reprend lentement possession des lieux et le vent s’engouffre là où résonnaient autrefois les conversations des clients. Malgré son état de délabrement, le Haludovo conserve une présence presque irréelle. On ne visite pas simplement un bâtiment abandonné. On traverse les vestiges d’un rêve devenu fantôme.
Son histoire
Le Haludovo Palace Hotel n’a jamais été un hôtel comme les autres.
Inauguré en 1971 dans la station balnéaire de Malinska, sur l’île de Krk, il est imaginé par le célèbre architecte croate Boris Magaš. Son architecture moderne, ouverte sur la mer Adriatique, symbolise alors l’ambition de la Yougoslavie de Tito de s’ouvrir au tourisme international tout en affichant une image de modernité.
Mais ce qui va véritablement faire entrer le Haludovo dans la légende, c’est un partenariat aussi inattendu que sulfureux. En 1972, Bob Guccione, le fondateur du magazine américain Penthouse, investit plusieurs millions de dollars dans le complexe. Il y ouvre le Penthouse Adriatic Club, un casino luxueux où affluent célébrités, hommes d’affaires et riches touristes du monde entier.
Le faste est inimaginable. Champagne à volonté, caviar, homards, marbre italien, lustres monumentaux… Les hôtesses, surnommées les « Penthouse Pets », accueillent les clients dans une ambiance digne de Las Vegas. Pourtant, paradoxe de l’époque, les habitants de Yougoslavie n’ont même pas le droit d’entrer dans le casino.
L’aventure est pourtant de courte durée. Les lois yougoslaves interdisent les jeux d’argent aux étrangers comme aux citoyens. Le casino ferme rapidement et Bob Guccione se retire après avoir perdu une fortune.
Le complexe continue néanmoins de fonctionner pendant plusieurs années comme station balnéaire de prestige. Puis viennent les années 1990. L’éclatement de la Yougoslavie, la guerre d’indépendance croate et l’effondrement du tourisme précipitent son déclin. Durant le conflit, le Haludovo accueille même des réfugiés.
Après plusieurs tentatives de reprise et de privatisation, le palace ferme définitivement ses portes au début des années 2000. Depuis, la nature et les intempéries poursuivent lentement leur œuvre.
Lorsque l’on parcourt aujourd’hui ses immenses salons éventrés, ses escaliers monumentaux ou ses terrasses dominant la mer, il est difficile d’imaginer qu’il fut autrefois l’un des hôtels les plus luxueux d’Europe. Le Haludovo n’est plus un palace. Il est devenu un symbole. Celui d’une époque révolue, où les rêves de grandeur ont laissé place au silence, au béton fissuré et aux échos d’un passé qui refuse de disparaître.









