Berlin

4ème jour à Berlin

Le 9 novembre Le jour J



La ville se réveille pendant que mes yeux brûlent encore de néons et de basses. Le café fume, les rues s’étirent, Berlin se recoiffe à la hâte et fait semblant d’être sage.

Les murs tagués, le cliquetis des tramways, les rires et les voix des passants pressés : tout contribue à ce chaos organisé qui fait battre Berlin à son rythme propre. La fatigue est priée de rejoindre le passé, happée par cette énergie brute, et notre vitalité revient au galop. À Berlin en 2009, on ne se repose pas : on s’immerge, on se recharge, et on se sent vivant.

Et partout, vingt ans après la chute du Mur, Berlin-Est porte encore ses stigmates. Façades marquées, quartiers figés dans le temps, cicatrices visibles sous le vernis de la modernité. Ici, l’histoire ne se lit pas dans les livres : elle se marche.

Et puis il y a ces cours intérieures transformées en oasis secrètes, ces marchés improvisés dans les friches industrielles, ces lieux qui n’existent que parce que quelqu’un, un jour, a décidé d’ouvrir une porte et de brancher une sono.
Chaque coin de rue réserve une surprise.

C’est ça, Berlin.
Un mélange unique de nuit et de jour, de fête et de mémoire, de modernité et de fantômes du passé. Une ville qui ne dort jamais vraiment, parce qu’elle se souvient trop.

Mais bon… après plus de vingt quatres heures à baigner dans notre propre transpiration, une bonne douche — ou mieux, un bon bain — devient une urgence sanitaire.

Heureusement, Berlin est aussi une ville idéale pour se détendre. L’Allemagne cultive une véritable religion du sauna et des thermes. Et puis il y a ce lieu totalement improbable : le Badeschiff, une piscine flottante posée sur la Spree.

Bar, club, piscine couverte l’hiver, 100 % naturiste, avec plage et transats. Un ovni berlinois.
À nous la plage urbaine, les transats libres, la piscine presque vide. La douche glaciale finit de nous réveiller. L’eau est tout aussi froide, mais quel plaisir d’y plonger la tête. Le bassin flotte sur la rivière : on nage au rythme des canards.

Puis on s’allonge sur les immenses transats blancs, les muscles enfin relâchés, le cerveau encore en after.

C’est là, au détour d’une discussion, que je découvre “The Berg”, l’idée complètement folle du jeune architecte Jakob Tigges : une montagne artificielle posée au cœur de Berlin. Même les utopies ici ont le droit d’exister.

Son rêve ? Réutiliser l’immense espace laissé vide par la fermeture de l’aéroport de Tempelhof en 2008.

Depuis sa fermeture, l’immense site — qui fut l’un des premiers aéroports d’Europe et un lieu emblématique de l’histoire du XXᵉ siècle — a été transformé en vaste espace public (Tempelhofer Feld), utilisé comme parc, lieu d’événements et d’activités communautaires.

Mais plutôt qu’y ériger une énième tour de verre, il proposait l’inverse : construire une montagne. Oui, une montagne de mille mètres de haut, imaginée avec ses flancs enneigés en hiver pour permettre aux Berlinois de skier au cœur même de la ville.

Utopie délirante ou provocation assumée ? Peu importe. Ce genre de projet nourrissait l’imaginaire, renforçait ce sentiment que Berlin restait, plus que toute autre capitale européenne, une ville-laboratoire où les rêves, même les plus absurdes, semblaient trouver une place.

L’après-midi s’étire doucement, comme un lendemain de tempête. Le corps est là, mais l’esprit flotte encore quelque part entre les nappes de basses du Berghain et la vapeur des cafés avalés trop vite. On se pose finalement dans un grand parc — je crois bien que c’était le Volkspark Friedrichshain — vaste respiration verte posée au milieu de la ville.

Des familles pique-niquent, des skateurs tracent des lignes paresseuses sur le béton, des groupes de jeunes refont le monde allongés dans l’herbe. Berlin se repose sans jamais vraiment s’arrêter. On s’allonge sur une pelouse encore humide de rosée, on ferme les yeux quelques minutes, on écoute les voix, les rires, les vélos qui passent, les chiens qui courent. Le soleil joue timidement avec les nuages, comme s’il hésitait à s’imposer.

Ici, même le calme a quelque chose de vibrant. La ville semble dire : « repose-toi, mais pas trop longtemps ».

On grignote, on boit de l’eau, on se raconte la nuit précédente comme un rêve un peu flou. Les souvenirs arrivent par flashes : un regard, un sourire, un morceau qui a tout fait basculer, une danse qui n’en finissait plus. Berlin n’est pas seulement une capitale de clubs officiels, c’est une ville où la fête déborde partout, où chaque parc, chaque friche, chaque cour peut devenir une piste de danse improvisée.

Puis vient l’heure de la gourmandise

Après un Currywurst et sa petite sauce bien relevée « Opium » — plat mythique inventé à Berlin par Herta Heuwer — avalé dans un imbiss de la Warschauer Straße, les senteurs de friture se mêlent au parfum au souffle de la ville qui ne dort jamais.

Et justement, la nuit revient plus vite qu’on ne l’imagine.


Quand le soleil commence à glisser derrière les immeubles, Wolfgang et Elke échangent ce regard qui ne trompe pas. Celui qui signifie : ce n’est que le début.

Direction la Porte de Brandebourg. Les rues se vident doucement tandis que d’autres s’embrasent.

Le 9 novembre 2009, le mur tombe symboliquement de nouveau dans une synchronisation parfaite. La fête a rassemblé une foule compacte malgré la pluie. Le premier domino a été renversé symboliquement par Lech Walesa à 20h30


Mais comment résister ?

Comment ne pas aller admirer l’East Side Gallery de nuit ?
Ce morceau du mur de Berlin long de 1,3 km, transformé en galerie à ciel ouvert, vibre encore plus fort sous les éclairages nocturnes. Cette année-là, les artistes avaient été invités à restaurer leurs œuvres pour les vingt ans de l’anniversaire. Les fresques reprenaient des couleurs, comme si le mur lui-même refusait de vieillir.

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Nous errons dans les marchés aux puces, nous chinons des vinyles, nous discutons avec des Berlinois passionnés, ouverts, décalés. Ici, personne ne vous demande ce que vous faites dans la vie. On vous demande ce que vous aimez.

Et puis il y a ces cafés minuscules, presque cachés, où l’on sert un café noir et corsé accompagné de pâtisseries locales, toujours avec un sourire et une histoire à raconter.

Ce n’est finalement que vers deux heures du matin que nous rejoignons notre chambre.
Berlin, une fois encore, a gagné.


Cette nuit-là, rien n’a dérapé.
Faut !
La nuit fut longue — notre dernier jour à Berlin — ne nous a pas offert un vrai sommeil réparateur, une parenthèse loin d’être raisonnable.


Le trésor
Le Tresor, installé dans une ancienne centrale électrique, vibre déjà de basses industrielles. Immense bloc de béton posé au bord de la Spree, il attire sa procession silencieuse. La file d’attente s’étire, tendue, concentrée. Personne ne parle trop fort. Chacun attend son verdict.

À l’intérieur, c’est une autre planète.
Des salles immenses, des lumières minimales, des corps qui dansent sans relâche. Ici, on ne regarde pas l’heure. On ne demande pas quel jour on est. On danse, on transpire, on s’oublie. Certains disparaissent pendant des heures, d’autres réapparaissent au petit matin, yeux rougis, sourire flottant.

Berlin en 2009, c’est cette liberté presque insolente.

On peut entrer dans un club un samedi soir et ressortir le lundi matin, hébété, affamé, heureux, avec la sensation étrange d’avoir vécu hors du temps.

Entre deux clubs, on traverse des friches, des terrains vagues, des immeubles abandonnés transformés en bars éphémères. Des squats accueillent des fêtes improvisées. On boit des bières tièdes sur des canapés éventrés. On parle toutes les langues. On se promet de se revoir sans jamais échanger de numéros.

Berlin est une ville de rencontres fugaces.


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