Phnom-Penh,  Phnom-Penh octobre 2019

La street 172

Les secrets nocturnes de Phnom Penh : Entre authenticité et « conquistadors »

​La Street 172 a été l’une de nos rues préférées. C’est un joyeux melting-pot entre bars à hôtesses, salons de massage, vieux backpackers, guesthouses, philosophes de comptoir, petits restos indiens ou khmers… et Ben. Ben, c’est un expatrié installé en Asie depuis dix ans.

​Toutefois, restons honnêtes : je pense que la raison principale pour laquelle les étrangers se rendent sur la Street 172 — ou dans d’autres rues du même style —, c’est avant tout pour le sexe. Décidément, l’érotisme semble être un virus tenace à Phnom Penh. La ville reste un petit paradis pour les hommes célibataires étrangers, non seulement pour ses attractions, mais surtout pour sa vie nocturne très animée.

​L’ambiance unique des nuits khmères

​Contrairement à Bangkok, il n’y a pas de noms gravés dans le marbre pour désigner les différents quartiers rouges, comme le Nana Plaza, Patpong ou le Soi Cowboy. À Phnom Penh, ces zones se déploient simplement au fil de plusieurs rues. On y trouve surtout des « bars d’hôtesses » (l’équivalent des beer bars en Thaïlande), ainsi que quelques restaurants et de nombreux salons de massage.

​Avec Réglisse, on a adoré arpenter ces rues. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il est très agréable de s’y promener. On y trouve de la bonne bouffe, des métiers totalement inconnus chez nous, de la bière fraîche 🍻, et finalement très peu de backpackers.

​Le portrait-robot du « Conquistador »

​En revanche, on y croise ceux que j’appellerais les « conquistadors (du sexe) ». Ils sont faciles à reconnaître : souvent seuls, une chope à la main, le regard qui louche un peu 😂, un ventre parfois bedonnant, les cheveux raréfiés sur le caillou, et vêtus comme d’anciens colonisateurs. Ils ont les poches pleines de dollars et, bien souvent, une fille beaucoup plus jeune qu’eux à leurs côtés.

​Si vous cherchez à croiser ces nouveaux conquistadors, voici les principales rues où ils ont leurs habitudes :

  • Street 51
  • Street 104
  • Street 118
  • Street 130
  • Street 136
  • ​Et bien sûr, notre fameuse Street 172.

Les figures locales : Le guide des « conteurs » de rue

​Dans ces rues, on croise une faune incroyable et, surtout, énormément de conteurs d’histoires. Si vous tendez l’oreille, vous découvrirez deux grandes catégories de personnages, particulièrement gratinées :

​1. Les « philosophes » européens

Ce sont souvent des retraités qui, soyons honnêtes, ont un peu raté leur vie en Europe. Ils ont tout vu, tout vécu, et habitent ici depuis quelques années. Leur occupation principale ? Émettre des jugements définitifs sur tout ce qui bouge : les locaux, la bouffe, les filles…

Ils ne supportent pas les touristes (un comble !), picolent de la bière et du vin bon marché du matin au soir, jettent leurs déchets par terre et restent littéralement cloués à leur chaise de bar toute la journée.


2. Les roublards (ou les professionnels de l’arnaque)

Là, on change de catégorie : ce sont de vrais artistes de théâtre, totalement dépourvus de scrupules. On y trouve d’ailleurs un bon nombre de Français. Ils vivent généralement au crochet des aides de l’État français, n’ont aucune intention de bosser, et se sont souvent fait expulser de Thaïlande avant de venir se réfugier ici. Leur cible favorite ? Le touriste français fraîchement débarqué. (À noter qu’on trouve exactement les mêmes spécimens à Ho Chi Minh, au Vietnam).

Leur scénario est toujours parfaitement rodé. Ils s’approchent de vous et commencent leur tirade : « On m’a agressé, on m’a volé ma sacoche, mon téléphone… L’ambassade ne veut rien entendre, même les ONG s’en foutent ! Je n’ai rien à manger, j’attends juste de recevoir ma nouvelle carte bleue… » (on se demande bien comment ils ont pu la commander, d’ailleurs !).

​Ce sont de sacrés comédiens, et beaucoup de voyageurs tombent dans le panneau. À coup de billets de 5 dollars (voire beaucoup plus), ils s’assurent un très bon revenu quotidien. Si vous voulez les observer à l’œuvre, ils traînent souvent stratégiquement à la sortie des marchés.


3. Les suiveurs et suiveuses

Ce sont souvent des enfants ou de jeunes filles qui pratiquent une mendicité bien particulière. Ils ne se montrent jamais agressifs, mais ils se transforment en véritables ombres : vous marchez, ils marchent ; vous vous arrêtez, ils s’arrêtent ; vous faites demi-tour ou changez de rue, ils restent sur vos talons. Même si vous vous posez en terrasse pour boire un verre, ils sont toujours là, comme de petites sangsues.

Que leur dire ? Rien, car ils ne parlent pas notre langue. Personnellement, j’avais déjà été confronté à ce genre de situation, mais pour Réglisse, c’était une première : « ça fout la trouille », m’a-t-elle avoué. Pourtant, l’astuce est simple : il suffit de leur donner un petit billet de 500 KHR (environ 0,12 €). Ils vous remercient d’un salut traditionnel, et c’est fini, ils vous lâchent définitivement. Même si vous les recroisez plus tard, ils ne vous solliciteront plus. Heureusement, ils sont assez peu nombreux dans les rues de Phnom Penh et ne présentent absolument aucun danger.


4. Les peseurs de rue

​C’est un métier insolite ! Un peu comme chez nous où l’on trouve des balances dans les pharmacies, ici, vous pouvez vous peser directement sur le trottoir, souvent à la sortie des restaurants. Ce sont généralement de vieilles dames qui proposent ce service (et les touristes chinois en sont absolument fans !). Pour seulement 500 KHR (environ 0,12 €), vous pouvez connaître votre poids sur la balance. Personnellement, j’ai testé l’expérience juste pour le fun !


5. Les placiers de voitures

​Ici, posséder une voiture est synonyme de gros soucis de stationnement. La circulation est tellement intense et les emplacements tellement réduits que trouver une place pour se garer relève du véritable calvaire.

​C’est là qu’interviennent nos chers placiers. Ils gardent précieusement le moindre espace disponible — que ce soit sur un trottoir, sur une place, à cheval sur des marches d’escalier ou même dans l’enceinte d’un temple ! — susceptible de contenir un gros 4×4. De jour comme de nuit, le placier guide le conducteur. À coups de sifflet ou à l’aide d’une baguette fluorescente, il bloque carrément la circulation pour que le véhicule puisse stationner après de nombreuses manœuvres millimétrées. Pour ce service de haute voltige, le placier reçoit une rémunération qui peut parfois dépasser les 5 dollars.


6. Les placiers de scooters

​Devant le Palais Royal et le long des grands espaces investis le soir par la population — comme le Preah Sisowath Quay (ou Riverside), l’avenue la plus importante de la ville —, il est strictement interdit de laisser son scooter garé n’importe où.

​Pour y remédier, des portions entières de trottoirs sont délimitées et ceinturées à l’aide d’une simple ficelle. Contre quelques riels (la monnaie locale), on confie son scooter et son casque à un placier en toute confiance, avant de les récupérer plus tard dans la soirée.


7. Les placiers de sacs (ou les consignes improvisées)

​Afin de pouvoir partir vadrouiller quelques jours plus léger, sans vous traîner un sac à dos de 20 kg, il existe une solution très simple : vous avez la possibilité de le laisser chez un particulier ou dans un hôtel contre quelques dollars. C’est un système de consigne informel, totalement sécurisé et terriblement pratique pour bouger l’esprit tranquille.


8. Les vendeurs d’oiseaux

C’est une tradition fascinante à observer. Ici, lorsque vous achetez un oiseau en cage sur le trottoir, ce n’est pas pour le garder chez vous en animal de compagnie, mais pour lui rendre sa liberté. Ce geste rituel s’accomplit généralement en janvier, à l’occasion des grandes fêtes bouddhistes. Libérer ces petits captifs permet d’accumuler du bon karma et d’attirer la chance pour l’année à venir.


C’est bien simple : ici, absolument tout se commerce. On peut tout acheter au détail, que ce soit une simple rondelle, une pointe, une vis ou un écrou à l’unité. Rien ne se perd, tout se recycle, jusqu’aux bouteilles en plastique vides vendues au kilo. Les étals débordent de tout et de rien, proposant aussi bien des insectes frits pour l’apéro ou pour un repas… jusqu’au corps d’une fille.


9. Les musiciens et masseurs aveugles

​Dans ce grand théâtre de rue, les non-voyants ont eux aussi trouvé leur place et forcé le respect. On les croise souvent au coin d’une ruelle, jouant d’un instrument de musique traditionnel pour glaner quelques riels, ou travaillant dans de petits salons spécialisés. À Phnom Penh, les salons de massage tenus par des aveugles sont réputés pour être parmi les meilleurs de la ville, leur handicap s’étant transformé en un incroyable savoir-faire tactile.


Les métiers insolites ne manquent décidément pas dans ces rues ou à leur périphérie. Il suffit de baisser les yeux pour croiser le regard d’un cireur de pompes installé sur un bout de trottoir, prêt à redonner une seconde jeunesse à vos chaussures pour trois fois rien.

​Un peu plus loin, ce sont les laveries de rue qui s’activent : de véritables laveurs de linge ambulants ou installés dans des micro-boutiques, capables de vous rendre vos affaires propres et pliées en un temps record.

​Et enfin, au milieu de ce flot continu, serpentent les distributeurs de cartes de visite. Ils surgissent pour vous glisser entre les mains la réclame d’un tuk-tuk, d’un tailleur de costume ou, plus souvent, d’un bar à hôtesses du coin. Une véritable économie de la débrouille où chaque habitant parvient à se rendre indispensable.


Leave a Reply