Aveiro Portugal
Un petit tour au Portugal, à Aveiro, à la poursuite des œuvres de Bordalo II. Nous arrivons en ville avec l’œil en alerte, persuadés que l’art urbain va nous guider. Mauvais calcul. Très vite, la chasse se transforme en balade, et Aveiro impose son propre tempo.
Première surprise : les jolies maisons rayées. Façades graphiques, bandes colorées impeccables, elles oscillent entre élégance balnéaire et fantaisie assumée. Impossible de passer à côté, elles accrochent le regard et donnent immédiatement le ton : ici, la couleur est une seconde nature.

Puis vient l’embarcadère principal. Les barques multicolores y sont alignées comme à une exposition permanente. Les moliceiros, avec leurs formes élancées et leurs décors peints, attendent sagement les passagers. On embarque, et l’on “vogue”. Car oui, Aveiro possède six canaux, dont quatre praticables. Ne vous méprenez pas : Aveiro ne peut en rien rivaliser avec Venise — et ne cherche d’ailleurs pas à le faire. Ici, pas de grandiloquence, mais une navigation paisible, à hauteur de ville, entre ponts bas, façades sages et reflets tranquilles.


Au fil de la promenade, on découvre qu’Aveiro s’enorgueillit d’être une ville Art nouveau. Et elle a de quoi : 28 maisons, disséminées dans le centre-ville, témoignent de cette époque. Certaines sont spectaculaires, d’autres presque modestes, mais toutes racontent un goût certain pour les lignes courbes, les ferronneries délicates et les azulejos élégants. Il faut parfois chercher, lever les yeux, accepter de ralentir — ce qui tombe plutôt bien ici.
Sur la Praça do Marquês de Pombal, un arrêt s’impose devant la Casa de Santa Zita. Entièrement recouverte de tuiles, elle tranche immédiatement avec les façades voisines. Texture, répétition, éclat discret : la maison attire autant par sa singularité que par sa sobriété. Elle n’essaie pas d’impressionner, elle insiste doucement, comme un motif que l’on remarque à la deuxième lecture. Une curiosité architecturale qui s’intègre pourtant parfaitement au paysage urbain.

Puis vient le Ponte dos Laços da Amizade. Le pont enjambe le canal Côjo et relie le centre commercial Fórum Aveiro au Largo do Mercado Manuel Firmino. Depuis 2004, il est devenu un symbole d’amitié et d’amour. À l’origine, deux étudiants y attachent des rubans colorés sur la balustrade, simple geste intime devenu tradition collective. Aujourd’hui, des centaines de liens multicolores s’y accumulent, formant une frise joyeuse, fragile et émouvante. Rien de solennel ici : juste des attachements, noués, parfois oubliés, mais toujours visibles.

Et puis, au détour d’un mur, l’œuvre. Une grenouille, monumentale, signée Bordalo II.
Faite de déchets, de plastique, de rebuts de notre quotidien, elle s’impose comme une évidence. Animal des zones humides, symbole parfait pour une ville de canaux et de marais, elle nous regarde sans indulgence. Ce n’est pas une décoration, c’est un rappel. Vert, massif, un peu dérangeant… et impossible à ignorer.

Sans oublier la gare. Superbe, incontournable. Sa façade couverte d’azulejos raconte le Portugal d’autrefois : le sel, les canaux, la vie rurale, les gestes simples. Une gare qui est déjà une destination, et qui donne le ton dès l’arrivée.

On était venus pour une œuvre de street art.
On repart avec une ville douce, colorée, aquatique, un peu ironique et très cohérente.
Aveiro ne se visite pas à la hâte. Elle se laisse apprivoiser… en dérivant.



