Street Art Sardaigne

Cabras et le murale dédié à Michela Murgia

Quand un village choisit de parler à voix haute

À Cabras, petite commune de l’ouest de la Sardaigne, on ne rend pas hommage à ses écrivains à voix basse.
On le fait en grand, sur un mur, avec de la peinture, des mots qui dérangent et des idées qui refusent de rentrer dans le rang.

Depuis mai 2024, un murale dédié à Michela Murgia occupe une large paroi du parchetto di viale Colombo. Impossible de passer devant sans ralentir. Impossible aussi de rester indifférent. Et c’est sans doute exactement ce qu’aurait voulu Michela Murgia.


Michela Murgia, une voix née à Cabras

Michela Murgia (1972-2023) fut à la fois écrivaine, intellectuelle, essayiste et figure majeure du féminisme italien contemporain. Mais avant tout, elle était une enfant de Cabras.

Le murale le rappelle clairement. En arrière-plan, on reconnaît l’étang de Cabras et la chiesa di Santa Maria, paysages familiers de son enfance. Rien d’abstrait ici : la pensée de Michela Murgia s’enracine dans un territoire précis, avant de s’adresser au monde entier.


Une œuvre collective, pas un monument figé

Ce mur n’est pas l’œuvre d’un artiste isolé venu apposer une signature. Il a été réalisé collectivement par des élèves de l’Istituto artistico Carlo Contini d’Oristano, avec la participation de collégiens de Cabras et de leurs enseignants.

la transmission plutôt que la glorification.
Michela Murgia n’est pas transformée en icône intouchable. Elle continue de circuler, de questionner, de provoquer — à travers les gestes et les regards des plus jeunes.


Au cœur de la fresque, une phrase extraite de Stai zitta s’impose :

« Di tutte le cose che le donne possono fare nel mondo, parlare è ancora considerata la più sovversiva. »

De toutes les choses que les femmes peuvent faire dans le monde, parler est encore considérée comme la plus subversive.

Au-dessus, un mot d’ordre simple, presque calme :
« Siate sovversive »
Soyez subversives.

Autour de ces mots, des figures féminines avancent pieds nus. Elles ne demandent pas la permission. Les stéréotypes sexistes — rôles imposés, silences forcés, assignations domestiques — sont symboliquement livrés aux flammes.


Une autre partie du mur associe Michela Murgia à un oiseau en plein vol, dont les plumes sont des plumes d’écriture. Le symbole est clair sans être appuyé : les mots élèvent, déplacent, dérangent.

Chez Michela Murgia, l’écriture n’a jamais été un refuge confortable.
C’était un outil, parfois une arme, souvent une nécessité vitale.


Un hommage vivant, tourné vers l’avenir

Lors de l’inauguration, la famille de Michela Murgia était présente. Sa mère a rappelé l’un de ses messages essentiels : ne pas s’endormir, rester vigilant face au monde, refuser la facilité des idées toutes faites.

Ce murale n’est pas un point final.
C’est une phrase ouverte, offerte à ceux qui passent, lisent, discutent, contestent — et tant mieux.


📍 Informations pratiques

  • Lieu : Parchetto di viale Colombo, Cabras (Sardaigne)
  • Inauguration : mai 2024
  • Œuvre collective réalisée par des élèves et enseignants d’établissements artistiques locaux

Autre murale représentant l’écrivaine, le regard tourné vers la place, l’église et la maison qui ont marqué son enfance et sa jeunesse — comme si la mémoire, même peinte sur un mur, savait encore exactement où se poser.