À la découverte de la péninsule de Jaffna
Après avoir pendant deux jours arpenté Jaffna, nous avons envie d’aller voir ce qu’il y a derrière la ville.
Jaffna nous a déjà beaucoup montré. Sa culture tamoule, ses temples, ses marchés, ses traces de guerre, ses maisons, ses habitants, cette étrange tranquillité qui nous avait surpris dès notre arrivée.
Mais la ville n’est qu’une porte d’entrée.
Nous décidons alors de prendre la route et d’aller voir ce qui se passe autour.
Pour nous déplacer, nous négocions avec un chauffeur de tuk-tuk qui accepte de nous accompagner pendant plusieurs jours, essence comprise. Et nous voilà partis, sans véritable itinéraire touristique en tête.
La péninsule de Jaffna est un territoire particulier. La mer est partout, les îles ne sont jamais très loin et la culture tamoule est profondément présente dans les paysages comme dans la vie quotidienne.
Après avoir découvert Jaffna à pied, nous allons maintenant la découvrir par ses routes.
Et comme souvent en voyage, je ne sais pas encore exactement ce que nous allons trouver.
C’est justement pour cela que nous partons.
Un dernier tour dans Jaffna
Avant de vraiment quitter la ville, notre guide nous propose quelques détours.
Premier arrêt : la Clock Tower.
Une tour horloge qui trône au milieu de Jaffna. Pour notre guide, impossible de passer devant sans lui accorder un petit rituel : nous en faisons trois fois le tour.
Je ne sais pas si cette tradition a une véritable signification ou si notre guide s’est simplement pris d’affection pour cette vieille tour, mais finalement, peu importe.

Nous sommes en voyage.
Nous suivons.
Nous poursuivons avec le Nallur Kandaswamy Kovil.
Là, changement d’atmosphère.
Le temple est impressionnant. Son architecture dravidienne, son gopuram finement sculpté et les espaces soigneusement entretenus donnent au lieu une présence particulière.

Mais au-delà de l’architecture, c’est surtout l’atmosphère qui me frappe.
Il y a quelque chose de calme et de profondément ancré dans ce lieu.

Nous continuons ensuite vers les ruines du palais du roi Sangiliyan et le Mantri Manai.
Quelques façades de pierre, quelques vestiges : il ne reste pas grand-chose du royaume de Jaffna, mais suffisamment pour imaginer ce que pouvait être cette ville à l’époque où elle était au cœur d’un royaume tamoul.

Encore une fois, je regarde davantage ce qui reste que ce qui manque.
Une pierre. Une façade. Un morceau d’architecture.
Et derrière, toute une histoire.
👉 Les vestiges du palais du roi Sangiliyan et le Mantri Manai
Puis nous quittons Jaffna.
Les rues s’espacent et notre tuk-tuk prend les routes de la péninsule.
À partir de maintenant, nous allons voir ce qu’il y a derrière la ville.
La route traverse des villages, longe des maisons basses et nous rapproche progressivement de la mer. Le paysage s’ouvre. Le vent se fait sentir, les palmiers se découpent dans le ciel.
Nous arrivons à Point Pedro, la ville la plus septentrionale du Sri Lanka, située à l’extrémité nord de l’île, dans la péninsule de Jaffna. Connue en tamoul sous le nom de Paruthithurai, qui signifie « port du coton », elle tire son nom actuel d’une déformation, par les colons portugais, de l’expression Punta das Pedras, ou « pointe rocheuse ».
Une fois arrivés au bout de la péninsule, nous prenons la direction du phare.
Notre première halte est le Northern Palm Pole, ou monument du pilier de palmier du Nord.
Une pierre posée près d’un palmier marque symboliquement cette extrémité septentrionale de l’île.
Rien de spectaculaire. Pas de grand monument, pas d’aménagement particulier.
La plage est belle, propre et presque déserte. Le vent souffle fort et la baignade peut être dangereuse. Nous restons donc au bord et profitons simplement du paysage.
Nous continuons vers le phare et la fameuse petite boîte aux lettres de Point Pedro.
Deux objets assez ordinaires, mais qui prennent une autre dimension ici, à l’extrémité nord de la péninsule.
Et là, surprise.
Devant nous, sur la route qui mène au phare, une bonne centaine d’hommes sont installés sur de petites chaises autour de petites tables. Tous prennent le thé, discutent tranquillement et semblent avoir fait de cet endroit leur rendez-vous quotidien.
Nous traversons cette drôle d’assemblée pour essayer de nous approcher du phare et voir s’il est possible d’y accéder et de grimper au sommet.
Mais non.
L’accès nous est refusé.
Nous faisons demi-tour, un peu gênés par la situation, surtout avec Réglisse. Nous avons l’impression de nous être invités dans un endroit qui, finalement, ne nous était pas destiné.
Alors nous restons un moment à observer cette scène assez étonnante : une centaine d’hommes, leurs petites tables, leurs chaises, les verres de thé et, derrière eux, le phare.
Finalement, cette scène restera davantage dans ma mémoire que le phare lui-même.
Nous poursuivons ensuite vers la fameuse petite boîte aux lettres de Point Pedro. Un objet parfaitement banal en apparence, mais qui prend une autre dimension lorsque l’on sait que nous sommes à l’extrémité nord de la péninsule.
Puis nous poursuivons vers Moorkkam Beach.
Une immense plage quasiment déserte. Pas de rangée de transats, pas de restaurants, pas de musique. Juste la plage, la mer et le vent.
Nous sommes loin du Sri Lanka touristique que l’on peut imaginer depuis l’Europe.
Un peu plus loin, nous découvrons Saint Anthony’s Church and Cemetery.
Les tombes locales sont aujourd’hui en grande partie recouvertes par le sable mouvant. Le site abrite notamment les sépultures de victimes du tsunami de 2004.
Je reste un moment devant ces tombes à moitié englouties.
Le sable avance doucement et finit par recouvrir les traces du passé.
Puis nous découvrons la Manalkaadu Dutch Church, vestige d’une ancienne église construite en briques de corail et en pierre, dont une partie est ensevelie sous les dunes de sable. L’église aurait été construite à l’origine par les Portugais, avant d’être modifiée pendant la période néerlandaise.
L’histoire coloniale n’est pas ici derrière une vitrine. Elle est devant nous, abîmée, ensablée, presque abandonnée.
Le paysage semble reprendre lentement possession des pierres.
Après Moorkkam Beach, Saint Anthony’s Church and Cemetery et la Manalkaadu Dutch Church, nous revenons sur nos pas.
Nous retrouvons le port de pêche de Point Pedro.
Changement d’ambiance.
Les bateaux sont amarrés, les filets s’entassent sur les quais et les pêcheurs s’affairent autour des embarcations.
Ici, la mer n’est plus seulement un paysage. Elle est un métier.
Quelques bateaux reviennent de la pêche tandis que d’autres semblent attendre leur prochain départ.
Je pourrais rester longtemps à photographier ces scènes ordinaires qui, pour nous, ne le sont pas.
Nous quittons ensuite le port et poursuivons notre route vers les Limestone Caves of Jaffna.
Le paysage change encore. La roche calcaire apparaît dans le décor et nous découvrons ces formations façonnées par l’érosion.
Le lieu est assez brut. Nous avançons, observons quelques détails, puis repartons.
Nous poursuivons jusqu’au Selvasannidhi Temple, à Thondamanaaru.
Après les plages et les formations rocheuses, nous retrouvons cette présence très forte de la religion dans la vie quotidienne de la péninsule.
Ici, nous ne sommes pas devant un simple monument à visiter. Le temple est vivant, fréquenté, intégré au quotidien.
Nous regardons les fidèles, les bâtiments, les gestes.
Nous sommes de passage.
Eux sont chez eux.
Cette différence suffit à me rappeler que nous ne visitons pas seulement des lieux. Nous traversons des vies qui ne sont pas les nôtres.
Nous passons par Thiruppor Beach, une plage beaucoup plus tranquille, où la côte semble soudain presque déserte. Pas de grands aménagements, pas de foule. Simplement la mer, le vent et quelques traces de vie.
Puis, en poursuivant notre route, changement radical d’ambiance. Nous arrivons au Fishery Harbour de Myliddy, un port de pêche très actif. Les bateaux sont à quai, les filets s’entassent, les caisses circulent et les hommes s’affairent autour des embarcations. Chacun semble connaître sa tâche.
Les odeurs de la mer et du poisson, le bruit des bateaux, les gestes précis autour des filets et des caisses donnent au port une tout autre atmosphère. Ici, la mer n’est plus seulement un paysage, elle fait vivre tout un monde.
Et puis, à peine 800 mètres après le port, nous découvrons une épave, témoin marquant et silencieux de l’histoire mouvementée de la région et de la longue guerre civile sri-lankaise.
Elle est là, posée sur le bord du littoral, un bateau échoué et marqué par le temps.
Mais ce qui me surprend, c’est ce qu’il est devenu.
Un spot pour les photographies de mariage.
Des couples viennent ici se faire photographier devant l’épave, avec la mer et cette lumière particulière du littoral comme décor.
Je trouve le contraste assez savoureux.
Nous, nous voyons une épave.
Eux y voient le décor d’une photographie de mariage.
Le même endroit, deux regards complètement différents.
Et c’est peut-être cela qui m’intéresse dans cette péninsule : les lieux ne sont jamais tout à fait ce qu’ils semblent être.Après l’épave, nous reprenons la route. Une épave peut être un souvenir de mer, un morceau de paysage ou le décor d’une photo de mariage. Tout dépend de celui qui regarde.
Je photographie, puis nous continuons vers les sources sacrées de Kīrimalai, également connues sous le nom de Keerimalai.
Le site est étonnant. À quelques mètres seulement des vagues de l’océan Indien, séparées de la mer par un simple mur de pierre, des sources naturelles d’eau douce jaillissent du sous-sol. Leur eau, fraîche et réputée pour ses vertus purificatrices, alimente plusieurs bassins publics.
Le bassin réservé aux hommes est une grande piscine à gradins construite en pierre, ouverte sur la mer. Celui des femmes, plus petit, est entouré de hauts murs qui préservent l’intimité des baigneuses.
Pour les hindous, ces eaux possèdent des propriétés miraculeuses et thérapeutiques. On vient s’y baigner pour se purifier, apaiser le corps et l’esprit. L’endroit dégage une atmosphère particulière, à la fois simple, populaire et profondément spirituelle.
A quelques pas se trouve le temple de Naguleswaram, l’un des plus anciens et des plus vénérés sanctuaires dédiés à Shiva au Sri Lanka.
Une dizaine de kilomètres plus loin, nous découvrons Dambakolapatuna, un autre lieu chargé d’histoire. La tradition bouddhiste considère cet endroit comme celui où Sangamiththa Theri, religieuse bouddhiste et fille de l’empereur Ashoka, aurait débarqué en provenance de l’Inde.
Le site est paisible. Un petit temple, le Sri Sangamiththa Vihara, domine la côte et offre une belle ouverture sur la mer. Après l’agitation des ports et des routes, nous retrouvons ici une atmosphère beaucoup plus sereine.
Nous poursuivons ensuite vers le temple Vaakai Vairavar, puis vers le temple Varatharaja Perumal, l’un des sanctuaires dédiés à Vishnu dans la région de Jaffna. Une inscription à l’intérieur indique que le temple aurait été fondé en 1600.
Avant de rentrer à Jaffna, notre guide tient absolument à nous conduire à la plage de Casuarina. C’est une très belle plage, plus ouverte, plus lumineuse, où nous profitons encore un peu du bord de mer.
Il nous emmène ensuite jusqu’au phare de Karanagar. Mais ici, le paysage prend une autre dimension. Le phare apparaît comme un vestige marqué par la guerre, un bâtiment qui semble porter dans ses murs une partie de l’histoire récente de la péninsule.
Nous terminons cette longue journée sur les routes du nord par le retour à Jaffna. Nous avons parcouru des plages, des ports, des temples, des lieux sacrés et des traces de guerre. Une journée finalement à l’image de cette péninsule : multiple, contrastée, et impossible à réduire à un seul visage.
Bilan de notre voyage
Ces quelques jours passés à explorer la péninsule de Jaffna nous ont profondément marqués. Ici, la modernité semble encore lointaine, et l’authenticité de la région nous a offert un voyage hors du temps. Entre temples majestueux, vestiges coloniaux et paysages sauvages, nous avons découvert un Sri Lanka différent, fier de son identité et de son histoire.


