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Une oeuvre Carcassonnaise Tronquée

Quand l’art public devient un mur ordinaire

Finalement, à Carcassonne, il suffit qu’un employé communal de maçonnerie juge de l’état de “dégradation” d’une œuvre d’art pour que tout devienne permis. Inutile d’alerter la DRAC, inutile de prévenir les héritiers de l’artiste : eux, visiblement, n’ont pas voix au chapitre.

Imaginons un instant un tableau de Dalí amputé d’un tiers. Resterait-il toujours un Dalí ?
À Carcassonne, apparemment oui.
Ici, on peut tronquer, percer, saigner une œuvre au nom du pragmatisme. Dès lors, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Qu’attend-on pour raser la Cité médiévale au prétexte que certaines pierres sont “dégradées” ?

Mais une question simple se pose : à qui appartenait réellement cette fresque ?

La mosaïque murale de l’école Jules-Ferry (avenue Jules Verne), réalisée vers 1960 par Jean Camberoque, a été financée dans le cadre du « 1 % artistique ». Ce dispositif, instauré par l’État en 1951, impose que 1 % du budget de construction d’un bâtiment public soit consacré à la création d’une œuvre d’art originale intégrée à l’architecture.
Il ne s’agit pas d’une décoration optionnelle, mais bien d’une commande publique, pensée dès l’origine comme partie intégrante du bâtiment.

Dès lors, les choses sont claires :

  • l’œuvre est indissociable du bâtiment,
  • elle relève du patrimoine public,
  • et sa modification, son déplacement ou sa destruction devraient, en toute logique, faire l’objet d’une concertation avec les services compétents, au premier rang desquels la DRAC, ainsi que les ayants droit de l’artiste.

La commune est certes dépositaire de l’œuvre, mais elle n’en est pas propriétaire au sens absolu. Elle en a la garde, pas le droit de la mutiler à sa convenance. Une œuvre issue du 1 % artistique n’est pas un mur porteur que l’on perce selon les besoins du moment ; c’est un élément patrimonial, protégé par le bon sens — et souvent par le droit.

Or ici, sous couvert de dégradation, la mosaïque a été tronquée d’un tiers, amputée pour laisser place à une porte et à une grille métallique. L’œuvre existe encore, dit-on. Certes. Mais diminuée, mutilée, privée de son intégrité plastique.
Un Camberoque amputé reste-t-il un Camberoque ? La question mérite d’être posée.

Ce cas illustre une dérive plus large : celle de l’art public invisible, toléré tant qu’il ne gêne pas, sacrifié dès qu’il devient contraignant. Un art que l’on respecte en théorie, mais que l’on maltraite en pratique, faute de le considérer pour ce qu’il est : un bien commun.


Le « 1 % artistique » : de quoi parle-t-on exactement ?

Le « 1 % artistique » est un dispositif instauré par l’État français en 1951.
Son principe est simple : lors de la construction ou de la rénovation lourde d’un bâtiment public, 1 % du coût des travaux doit obligatoirement être consacré à la commande ou à l’acquisition d’une œuvre d’art originale.

🎯 Objectifs

  • Soutenir la création contemporaine
  • Permettre l’accès à l’art dans la vie quotidienne, hors des musées
  • Intégrer l’art au cœur même de l’architecture publique (écoles, lycées, universités, hôpitaux, administrations)

🧱 Une œuvre intégrée, pas décorative

Les œuvres issues du 1 % artistique ne sont pas des objets rapportés.
Elles sont conçues en lien direct avec le bâtiment, souvent dès la phase de projet, et font partie intégrante de l’architecture : mosaïques murales, sculptures, bas-reliefs, fresques, revêtements, etc.

Les retirer, les déplacer ou les modifier revient donc à altérer le bâtiment lui-même.

⚖️ À qui appartient l’œuvre ?

  • L’œuvre relève du patrimoine public
  • La collectivité (commune, département, région ou État) en est dépositaire, non propriétaire absolu
  • Toute modification substantielle devrait faire l’objet d’une consultation des services de l’État (DRAC) et, le cas échéant, des ayants droit de l’artiste

🛑 Ce que le 1 % n’autorise pas

Le dispositif n’autorise en aucun cas :

  • la destruction arbitraire d’une œuvre,
  • sa mutilation sous prétexte de dégradation,
  • une décision prise sans expertise artistique ou patrimoniale.

Une œuvre issue du 1 % artistique n’est ni un mur ordinaire, ni un simple élément fonctionnel : c’est une commande publique, financée par l’argent public, destinée à durer.

🧠 En résumé

Le 1 % artistique engage la collectivité sur le long terme.
Il ne s’agit pas seulement de construire un bâtiment, mais de transmettre un patrimoine.


une Oeuvre Narbonnaise disparu

une Oeuvre Narbonnaise disparu

ladmin Fév 5, 2026 2 min read

« Ce soir, j’ai appris que la fresque de la sirène, avenue du Dr-Paul-Pompidor à Narbonne, avait été recouverte. » C’est aussi cela, l’art du street art : un art éphémère, inscrit dans le temps des murs, soumis aux ravalements,…