Italie

Italie – Le Castello di Sammezzano, 1987 et 2004

En mai 1987, lors d’un tour d’Europe, nous avions fait étape au Castello di Sammezzano, situé à Leccio, dans la commune de Reggello, près de Florence, en Toscane.

À cette époque, le château était encore un établissement hôtelier et un restaurant. Nous y avions déjeuné et avions pu visiter les lieux. À l’extérieur, un petit bar était ouvert. Il constituait un point de rassemblement pour de nombreuses familles et des jeunes qui fréquentaient le parc. Certains venaient simplement prendre un goûter, installés sur la pelouse devant le château.

Mais Sammezzano n’était pas un château comme les autres. Derrière sa façade se cachait un univers architectural étonnant, très différent de ce que l’on pouvait rencontrer dans les demeures historiques de Toscane.

Au XIXe siècle, son propriétaire, Ferdinando Panciatichi Ximenes d’Aragona, avait consacré une grande partie de sa vie à transformer le domaine. Passionné par les arts et les architectures orientales, il avait imaginé un ensemble inspiré notamment de l’art mauresque. Il avait fait de cette demeure une œuvre singulière, où chaque pièce semblait raconter une histoire différente.

Le château comptait soixante-dix pièces, toutes différentes les unes des autres. Parmi elles, la Chambre Blanche, la Galerie reliant la Salle des Glaces au Fumoir octogonal, la Salle des Paons, la Salle des Lys, la Salle des Stalactites, la Salle des Bassins Espagnols ou encore la Salle des Amoureux. Le domaine possédait même une petite chapelle.

Ces espaces, souvent vastes et communicants, formaient un véritable labyrinthe. Des niches, des recoins, des ouvertures et des passages se succédaient. Les fenêtres, les colonnes, les chapiteaux, les arcs, les voûtes en éventail et les coupoles composaient un ensemble d’une étonnante richesse.

Les murs et les plafonds étaient couverts de motifs géométriques, d’arabesques et de couleurs éclatantes. Chaque salle avait son propre décor, ses formes et ses couleurs. Aucune ne ressemblait à la précédente. On ne visitait pas simplement un château, on découvrait une succession d’univers imaginés par un homme qui avait voulu faire de cette demeure une œuvre à part.

À l’extérieur, un immense parc romantique entourait le château. Créé lui aussi par Ferdinando Panciatichi Ximenes d’Aragona, il abritait de nombreuses essences d’arbres, dont de remarquables séquoias géants. Ses allées, ses pelouses et ses grands arbres formaient un cadre magnifique. En 1987, ce domaine était encore un lieu de vie, de promenade et de rencontres.


Dix-sept ans plus tard, en 2004, alors que je souhaitais rejoindre la Corse en passant par Piombino, puis l’île d’Elbe, mon itinéraire me ramenait dans cette région de Toscane. Le souvenir du Castello di Sammezzano était toujours présent.

Mais le contraste était saisissant. Le château était désormais complètement abandonné et fermé au public. Comme tant d’autres lieux délaissés, il avait subi les pillages et les dégradations. De nombreuses fenêtres étaient brisées, les lampadaires en ruine, les volets s’effondraient et les barreaux avaient été coupés.

À l’intérieur, tout semblait avoir été emporté.

Il ne restait plus grand-chose de l’animation que j’avais connue en 1987. Le restaurant où nous avions déjeuné, le petit bar où se retrouvaient les familles, les promeneurs sur la pelouse… tout cela appartenait désormais au passé.

Dix-sept années avaient suffi pour transformer un lieu de vie en un palais abandonné.