l’art du chemin de Compostelle s’invite
Quand, de passage à Souvigny, l’art du chemin de Compostelle s’invite
Le 03.
Oui, le 03…
Un chiffre, un département, presque une date tant il revient souvent dans cette histoire.
Et Souvigny, donc.
Certains vous diront que c’est le centre de la France.
Moi, je dis la même chose de mon village : le centre du monde.
Question de point de vue, sans doute. Ou d’attachement.
Alors va-t’en savoir pourquoi, ce jour-là, je me retrouve à Souvigny.
À l’origine, rien de mystique ni de patrimonial : j’avais rendez-vous avec Lucie, rencontrée en Corse en mai 2016, à Porto-Vecchio. C’est là qu’elle m’avait parlé pour la première fois d’un projet un peu fou à Lurcy-Lévis, dans le département 03.
Un village d’environ 2 000 habitants avait décidé qu’un ancien centre de formation P.T.T., laissé à l’abandon depuis 1993, ne finirait pas comme tant d’autres. Il deviendrait Street Art City :
une résidence tremplin pour les street artistes du monde entier,
un lieu de création,
un espace où les styles d’art urbain graphique se mêlent,
une œuvre collective,
appelée à ouvrir ses portes au public en avril 2017.
Le rendez-vous était pris.
La route aussi.
Mais le voyage, lui, avait décidé d’improviser.
Plouf.
Panne sur la route.
Arrêt forcé.
Et parfois, ce sont précisément ces arrêts-là qui donnent du sens au trajet.
C’est ainsi que je fais connaissance avec Souvigny.
Et, presque naturellement, avec le GR® 300, ce chemin qui relie deux des grands itinéraires de Saint-Jacques-de-Compostelle et traverse ici le paysage comme une ligne discrète mais chargée d’histoires.
À Souvigny, le chemin ne se contente pas de passer. Il s’exprime.
Entre Agonges et Châtel-de-Neuvre, le GR® 300 devient un sentier de sculptures, une galerie à ciel ouvert où l’art accompagne le marcheur sans jamais l’interrompre.
C’est là que je rencontre Jacques.
Du moins, c’est ainsi que je l’appelle.
Le Marcheur, d’Alain Bourgeon, aussi nommé Le Retour du pèlerin. Je n’ai pas fait un bout de chemin avec lui — chacun son rythme — mais sa stature m’a immédiatement arrêté. Droite, silencieuse, habitée. Une figure qui ne parle ni du départ ni de l’effort, mais de l’après. De ce que l’on rapporte quand on a beaucoup marché.

Autour de lui, d’autres œuvres jalonnent l’espace, comme autant de respirations :
- La Pause du pèlerin — Frédéric Boiron
L’instant suspendu, celui où le corps s’arrête avant que l’esprit ne reparte. - Arrête-toi — Cama
Une injonction simple, presque amicale. Ici, ne pas s’arrêter serait manquer l’essentiel. - La Barrière pèlerine — Michel Mazzoni
Une frontière symbolique, plus mentale que matérielle. - Colonne de vie — Patrice Michel
Verticale et stable, comme un repère dans le flux continu des passages.




À Souvigny, l’art du chemin de Compostelle ne cherche pas à impressionner. Il accompagne. Il rappelle que marcher, ce n’est pas seulement avancer, mais aussi regarder, s’arrêter, accepter les détours.
Finalement, la panne m’aura conduit exactement là où je devais être.
À quelques kilomètres de Lurcy-Lévis, sur ce même territoire du 03 où l’art s’exprime autrement : ici, par la sculpture et le silence du pèlerin ; là-bas, bientôt, par les murs investis par le street art.
Deux formes d’expression.
Un même territoire.
Et une certitude : les plus belles rencontres ne sont pas toujours prévues au programme.





















