Bordalo II à Nancy : l’ours qui nous regarde
Un de mes artistes préférés en déplacement en France, précisément à Nancy… et pas pour faire dans la discrétion.
Sur un mur de la rue Saint-Thiébaut, trois ours polaires ont pris leurs quartiers. Pas des ours sages, bien lisses, sortis d’un tube de peinture. Non. Ceux-ci sont nés d’un bric-à-brac de notre époque : morceaux de plastique, carcasses d’objets, fragments oubliés. Bref, tout ce qu’on abandonne derrière nous… et qui revient ici nous fixer droit dans les yeux.
Derrière cette apparition, il y a Arthur Bordalo, alias Bordalo II. Un artiste portugais qui a trouvé une manière bien à lui de parler du monde : il récupère les déchets et leur donne une seconde vie, souvent sous la forme d’animaux en trois dimensions. Et pas n’importe lesquels. Des animaux fragiles, menacés, en première ligne face au dérèglement climatique.
Ce qui frappe ici, c’est le jeu de perception. De loin, on croit à une fresque classique. Une image bien posée, presque tranquille. Puis on s’approche, on change légèrement d’angle… et tout bascule. Le mur prend du relief, la matière déborde, l’illusion se fissure. L’ours devient presque tangible. On pourrait presque sentir son souffle froid, si le plastique ne nous rappelait pas brutalement d’où il vient.
Le choix de l’ours polaire n’a rien d’un hasard. Symbole universel d’un monde qui se réchauffe, il incarne à lui seul une inquiétude globale. Bordalo II le résume sans détour : son travail sert à parler des peurs contemporaines, du climat qui déraille, des espèces qui disparaissent, de la pollution qui s’installe partout.
Et ici, le message est limpide : cet ours est fait de ce qui contribue à sa disparition.
L’œuvre a été réalisée en février 2020, en collaboration avec la Galerie Mathgoth, une référence dans le paysage de l’art urbain.
📍 Localisation : 16 rue Saint-Thiébaut, à Nancy
📅 Date : février 2020
🎨 Artiste : Bordalo II
⭐ Intérêt : 5/5
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Ce que j’aime chez Bordalo II, c’est qu’il ne cherche pas à décorer. Il dérange un peu, juste ce qu’il faut. Il transforme nos déchets en miroir, et soudain, ce qu’on ne voulait plus voir devient impossible à ignorer.
À Nancy, l’ours ne grogne pas.
Il observe.
Et franchement… ça suffit largement.
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