Abu Dhabi

L’envers du décor Abu Dhabi

Publication envoyée après avoir pris l’avion à Mascate.

Abu Dhabi.

Quand on prononce ce nom, on imagine immédiatement les gratte-ciel, les voitures de luxe, les hôtels démesurés, les centres commerciaux climatisés et les réalisations architecturales qui semblent avoir été dessinées avec une règle et un chéquier sans limite.

Mais il existe un autre Abu Dhabi.

Celui que l’on aperçoit moins dans les magazines, celui qui se trouve derrière les façades brillantes de la capitale des Émirats arabes unis.

C’est cette ville-là que j’ai essayé de regarder.

Abu Dhabi, comme Dubaï, est une ville profondément cosmopolite. Une immense partie de sa population est constituée d’étrangers venus travailler ici. Indiens, Philippins, Pakistanais, Bangladais, Sri-Lankais, mais aussi de nombreux autres ressortissants d’Asie et du monde arabe : ils sont partout, même si leur présence reste souvent discrète.

On estime que les étrangers représentent autour de 85 % de la population des Émirats.

Et cette réalité change complètement la perception que l’on peut avoir de la ville.

Car derrière l’image d’un pays extrêmement riche se trouve une autre population, beaucoup moins visible dans les représentations habituelles des Émirats : celle de ceux qui construisent, entretiennent, nettoient, conduisent, livrent, servent dans les hôtels, travaillent dans les commerces ou font fonctionner, chaque jour, cette gigantesque mécanique urbaine.

On nous montre beaucoup le luxe.

On montre beaucoup moins ceux qui le rendent possible.

Il ne s’agit évidemment pas de dire que tous ces travailleurs vivent dans la misère. Beaucoup sont venus chercher ici des revenus qu’ils n’auraient pas pu obtenir dans leur pays d’origine. Mais leur situation reste très différente de celle des citoyens émiratis et des populations les plus aisées.

Dans les rues, cette différence sociale saute parfois aux yeux.

Les vêtements, les lieux fréquentés, les moyens de transport, les logements, les conditions de travail racontent une autre histoire de la ville.

Une histoire faite de contrastes.

Et c’est probablement cela qui m’a le plus intéressé.

Abu Dhabi n’est pas seulement cette cité futuriste posée au milieu du désert. C’est aussi une ville construite par des centaines de milliers de personnes venues d’ailleurs.

Une ville où l’on peut passer, en quelques minutes, de l’opulence la plus spectaculaire à une réalité beaucoup plus ordinaire.

Et puis il y a une autre question, plus difficile à éviter.

Que devient une ville construite en grande partie sur la présence de travailleurs étrangers lorsque ceux-ci repartent ?

Aux Émirats, le droit au séjour est étroitement lié à l’emploi pour une grande partie des travailleurs étrangers. Perdre son emploi peut donc signifier, à terme, devoir quitter le pays. C’est l’une des particularités de ce modèle économique : une population immense peut être présente pendant les périodes de croissance et repartir rapidement lorsque les conditions économiques changent.

Dubaï en a fait l’expérience lors de la crise financière de 2008-2009. Des projets ont été stoppés, le marché immobilier s’est effondré et de nombreux expatriés ont quitté l’émirat.

Aujourd’hui, Dubaï a largement rebondi et il serait faux de la présenter comme une ville fantôme. Mais cette histoire rappelle quelque chose d’essentiel : derrière les tours de verre et les projets pharaoniques, une ville reste dépendante des hommes et des femmes qui la font vivre.

Abu Dhabi possède toutefois un avantage considérable sur sa voisine.

Le pétrole.

L’émirat concentre environ 96 % des réserves pétrolières des Émirats arabes unis et dispose encore de ressources considérables.

Mais même Abu Dhabi sait que le pétrole ne peut pas être l’unique réponse à l’avenir. Depuis plusieurs années, l’émirat cherche donc à diversifier son économie et à développer d’autres secteurs.

Alors, jusqu’à quand ce modèle pourra-t-il fonctionner ?

Je n’ai évidemment pas la réponse.

Et je ne prétends surtout pas avoir découvert Abu Dhabi en quelques jours.

Mon séjour a été beaucoup trop court pour cela.

Mes photos et ce petit récit ne sont donc qu’un aperçu, une parenthèse, quelques images prises avant de reprendre l’avion.

Mais c’est justement ce que j’aime dans le voyage.

Ne pas forcément chercher à tout voir.

Parfois, il suffit de regarder autrement.

Derrière les gratte-ciel, les voitures extraordinaires et les architectures qui impressionnent, il y a des hommes et des femmes venus de dizaines de pays.

Et finalement, c’est peut-être eux qui racontent le mieux Abu Dhabi.

Une ville que l’on croit connaître parce qu’on en voit les façades, alors qu’il suffit parfois de regarder un peu plus loin pour découvrir une tout autre histoire.


Tout fini par un bon repas indien

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