Le pont des marchands Narbonne
Comme souvent, ce matin, j’ai emprunté la rue du Pont des Marchands. Un lieu que l’on traverse parfois rapidement, mais qui concentre pourtant une partie importante de la mémoire de Narbonne.
Ce matin-là, plusieurs images ont retenu mon attention : la nouvelle fresque anamorphique représentant une barque semblant naviguer sur la Robine, les panneaux décorés annonçant « En travaux » sur certains immeubles, mais aussi ce coup de gueule qui ne laisse personne indifférent.

Les panneaux décorés annonçant


« En travaux » sur certains immeubles, mais aussi un coup de gueule qui ne laisse personne indifférent.
Une devanture est entièrement masquée par des dessins. Au centre, une grande croix noire surmontée d’une simple étiquette : « 1 € ». En dessous, le message est sans détour : « 1 € pour deux immeubles ».
Difficile de passer devant sans s’arrêter quelques instants.
Ce coup de gueule est celui d’Henri Bouscarle. Au 17 de la rue du Pont des Marchands se trouvait la maison Bouscarle-Sallis, un nom bien connu des Narbonnais. Pendant des décennies, cette famille de photographes a immortalisé la ville, ses habitants, ses rues, ses commerces, ses fêtes et ses événements. Grâce à eux, une partie de la mémoire visuelle de Narbonne a été préservée.

Henri Bouscarle assume pleinement ce coup de gueule. Il explique les raisons de sa colère :
« Ces deux immeubles m’appartiennent, la Ville m’exproprie et me donne généreusement 1 €, affirmant que mes immeubles menacent ruine. Or vous pouvez le constater, il n’y a aucune fissure. Et si le péril était réel, la Ville aurait placé des filets de sécurité sur les façades et n’aurait jamais rouvert la rue après l’avoir fermée pendant quelques mois. »

Derrière ces quelques mots se cache un dossier particulièrement complexe. Il est question d’immeubles fragilisés, d’arrêtés de sécurité, d’une procédure d’expropriation, de la sauvegarde du Pont des Marchands, de la protection des habitants et de l’avenir d’un des lieux les plus emblématiques de Narbonne.
Cette histoire m’a conduit à une réflexion plus générale.
Le patrimoine ne se résume-t-il qu’aux pierres que l’on restaure ? Ou comprend-il également les femmes et les hommes qui ont contribué à raconter l’histoire d’une ville ?

La famille Bouscarle n’a pas seulement occupé un immeuble du Pont des Marchands. Elle a conservé pendant des décennies le visage de Narbonne. Des milliers de photographies témoignent aujourd’hui de ce que la ville était hier. C’est une autre forme de patrimoine, moins visible, mais tout aussi précieuse.
Puis une autre question m’est venue à l’esprit.
Lorsqu’un immeuble est mis en danger parce que le terrain s’affaisse, parce qu’une ancienne carrière menace de s’effondrer, parce qu’une galerie de mine provoque des désordres ou parce qu’un ouvrage public vieillit, qui doit supporter le coût des travaux ?
Le propriétaire ?
La collectivité ?
L’État ?
Existe-t-il une règle unique ou chaque situation est-elle un cas particulier ?
En France, plusieurs situations montrent que la réponse n’est pas toujours évidente. Les anciennes carrières de Paris sont surveillées et consolidées par les pouvoirs publics. Les conséquences de certains anciens sites miniers ont conduit l’État à intervenir pour sécuriser les lieux ou indemniser les victimes. Des collectivités financent également des travaux sur des digues, des falaises instables ou d’autres ouvrages lorsque la sécurité publique est en jeu.
Le Pont des Marchands relève-t-il de l’une de ces situations ? Ou son histoire est-elle totalement différente ?
Je n’ai pas la prétention d’apporter la réponse.
En revanche, je pense qu’avant de se faire une opinion, il est toujours utile de se poser les bonnes questions. Derrière une simple étiquette marquée « 1 € », il y a peut-être une réalité bien plus complexe que ce qu’elle laisse apparaître.





















