Bosa Sardaigne
Bosa, la perle colorée de la côte ouest sarde
17 octobre. En quittant Alghero, la route côtière qui serpente vers le sud nous offre l’un des panoramas les plus saisissants de Sardaigne.
Entre falaises abruptes et mer d’un bleu profond, chaque virage dévoile un nouveau spectacle. Après une heure de route, nous faisons une alte a Cane Malu.
Niché à deux pas de Bosa Marina, Cane Malu offre un spectacle naturel à couper le souffle. Ce coin secret de la côte sarde semble tout droit sorti d’un rêve : des roches blanches sculptées par la mer, des eaux translucides qui oscillent entre le turquoise et l’émeraude, et des piscines naturelles où le temps suspend son vol.







Accessible après une courte marche sur un sentier pittoresque, Cane Malu séduit autant les aventuriers que les contemplatifs.
Un lieu presque irréel, à la fois apaisant et sauvage, qui annonce déjà la magie de Bosa.

Au loin, la silhouette de la tour de Bosa Marina apparaît bientôt, fièrement dressée sur son promontoire rocheux.
Édifiée au milieu du XVIᵉ siècle sous domination espagnole, la tour d’Isola Rossa figure parmi les tours côtières les plus imposantes de Sardaigne. Dressée sur un îlot rocheux à l’entrée du fleuve Temo, elle avait pour mission de protéger la ville et son port des incursions pirates. Dotée de six canons et de plusieurs pièces d’artillerie, elle était occupée par un petit détachement composé d’un commandant, de six soldats et d’un canonnier.




À quelques pas de la plage, le fortin de Bosa complète ce dispositif défensif. Lui aussi construit par les Espagnols au XVIᵉ siècle, il occupe un promontoire dominant Bosa Marina. Modeste par sa taille mais remarquable par sa situation, il offre aujourd’hui un panorama saisissant sur la côte et sur le cours paisible du Temo, contraste parfait entre vocation militaire et beauté du site.


👉 Découvrons l’article sur les bunkers de Bosa et les plages de Turas
Depuis la marina, le regard est immédiatement happé par le village. Bosa se dévoile comme un tableau vivant : un enchevêtrement de maisons aux teintes pastel, accrochées aux pentes de la colline de Serravalle et dominées, tout en haut, par la silhouette austère du château Malaspina.
Roses poudrés, ocres chauds, bleus tendres et verts délicats s’entrelacent sans jamais s’affronter. L’ensemble compose une palette étonnamment douce, presque irréelle, que la lumière de l’automne vient caresser et magnifier. Le fleuve Temo, paisible et brillant, reflète ces couleurs comme un miroir imparfait, ajoutant encore à la magie du lieu.
Ici, chaque façade semble raconter une histoire, et l’on comprend rapidement pourquoi Bosa est souvent décrite comme l’un des villages les plus photogéniques de Sardaigne — un arc-en-ciel posé au bord de l’eau, hors du temps.

Le Ponte Vecchio et les tanneries de Sas Conzas
En suivant le cours du Temo, nous atteignons le Ponte Vecchio, ce pont de pierres rouges à trois arches qui relie la vieille ville à la rive gauche.

De ce côté se trouvent les anciennes tanneries de Bosa, appelées Sas Conzas.
Classées monument national en 1989, elles rappellent le passé artisanal et industriel de la ville.



Depuis cette rive, le panorama sur Bosa est tout simplement magique : les façades colorées se reflètent dans la rivière.

Au XIXᵉ et XXᵉ siècle, Bosa devint l’un des centres les plus actifs de Sardaigne dans ce domaine : on y travaillait le cuir avec soin, selon un savoir-faire transmis de génération en génération. L’odeur forte des peaux, les bruits des marteaux et le va-et-vient incessant des artisans animaient autrefois tout le quartier.
Aujourd’hui, le temps semble s’être arrêté. Les ateliers sont silencieux, les bassins vides, mais les murs gardent la mémoire d’un passé laborieux.
L’un des bâtiments les mieux conservés, datant de 1700, abrite désormais le Museo delle Conce où l’on découvre les outils, les presses et les bassins utilisés autrefois pour le tannage du cuir.

Au rez-de-chaussée, on peut encore voir le puits, la presse et les bassins où les cuirs étaient autrefois immergés. À l’étage, une petite exposition présente des outils d’époque, des photographies anciennes et des témoignages du travail des tanneurs, ces hommes qui ont façonné l’identité économique et sociale de la ville.










Depuis les abords du musée, la vue sur la vieille ville de Bosa est superbe : les maisons colorées se reflètent dans les eaux calmes du Temo, tandis que la silhouette du château de Serravalle domine la scène, rappelant combien ici, l’histoire et la beauté s’entrelacent à chaque pas.
Sur la même rive, la Cathédrale de l’Immaculée Conception nous accueille.

Reconstruite au XIXe siècle sur les fondations d’une église médiévale, elle se distingue par ses dômes en majolique colorée et son clocher en grès rouge.
L’intérieur, orné de fresques réalisées par Emilio Scherer (1877-78), mêle les styles baroque et néoclassique avec élégance.
C’est un symbole fort de la prospérité passée de la cité.








Le cœur de Bosa s’articule autour du Corso Vittorio Emanuele II, artère principale bordée de maisons colorées, de balcons en fer forgé, de boutiques artisanales et de petits cafés.
On y croisela Chiesa del Rosario, reconnaissable à sa façade en pierre rouge et à son horloge double, ainsi que le Museo Casa Deriu, installé dans une demeure bourgeoise du XIXe siècle.
Ce dernier présente un appartement d’époque et une collection dédiée au peintre sarde Melkiorre Melis, originaire de Bosa.










Tout en haut, le château Malaspina (ou de Serravalle) domine la vallée.
Construit en 1112 par la famille toscane du même nom, il conserve encore ses remparts bien préservés et abrite la chapelle de Nostra Signora de Sos Regnos Altos, ornée de fresques du XIVe siècle.

Perché sur la colline de Serravalle, le il domine fièrement la ville et la vallée du fleuve Temo. Depuis des siècles, cette forteresse médiévale veille sur les maisons colorées qui s’étendent à ses pieds, offrant aujourd’hui encore un panorama spectaculaire sur la ville, la campagne et la mer au loin.


Édifié entre le XIᵉ et le XIIᵉ siècle par les Malaspina, le château séduit par l’authenticité de son architecture médiévale, remarquablement bien conservée. Ses murailles imposantes, bâties en pierre selon les techniques défensives de l’époque, entourent l’ensemble de la colline et rappellent la vocation stratégique du site : protéger la ville contre les invasions venues de la mer.





Les tours de défense, disséminées le long des remparts, offrent une vue imprenable sur les environs. Certaines ont été restaurées et l’on peut aujourd’hui y grimper pour profiter d’un panorama exceptionnel sur Bosa et sur les collines couvertes de vignes de Malvasia.





À l’intérieur de l’enceinte, on découvre des cours .

Mais la véritable surprise se cache à l’intérieur : de précieuses fresques médiévales décorent les murs d’une chapelle. Ces peintures, aux couleurs encore vibrantes malgré les siècles, représentent des scènes religieuses et symboliques — un témoignage rare de l’art gothique en Sardaigne.



Le drapeau sarde domine Bosa du haut du château Malaspina (ou de Serravalle), planté là comme un gardien immobile. Depuis les remparts, il veille sur le dédale de ruelles colorées, les toits serrés les uns contre les autres et le ruban tranquille du Temo qui serpente jusqu’à la mer. Quatre têtes de Maures, un fond blanc, une croix rouge : tout un symbole qui flotte au-dessus de la ville, rappelant que, même ici, entre pastel et douceur de vivre, l’histoire n’est jamais bien loin et garde toujours un œil ouvert

Le Street art ou murales a Bosa
La première fresque du « Festival de la résilience 2020 »a pris vie à Bosa Marina avec une œuvre du Mauro Patta, un hommage à la ville et à sa mer, dans une célébration visuelle de la résilience locale (et peut‑être un clin d’oeil à la mer qui, elle, ne cesse jamais de revenir sur la plage)

L’édition #Resilienza2020 était la 6e du genre et s’est déroulée en 2020 autour d’un concours international de street art intitulé “Oltre il muro” (Au‑delà du mur), invitant des muralistes et illustrateurs à imaginer des oeuvres symbolisant la capacité des communautés à s’adapter, se transformer, rester unies et, surtout, à regarder au‑delà des obstacles.
C’est un festival de street art et d’initiatives citoyennes, ‘un événement culturel et artistique qui met la résilience au cœur de la création publique en transformant les murs urbains en messages d’espoir, d’inclusion et de reconstruction après la crise du COVID‑19.
Les Murales du cimetière de Bosa de la rue du château, aujourd’hui disparu (photos 2009)




Ligne Trenino Verde Macomer – Bosa
Il ne s’agit pas d’un simple tour de ville, mais d’un vrai voyage dans le temps : la ligne du Trenino Verde Macomer – Bosa.
Le départ est donné à 9 h 45, depuis Macomer, à bord d’une voiture historique qui semble avoir pris son temps — et invite le voyageur à en faire autant.

Première halte majeure : l’ancienne abbaye cistercienne de Santa Maria di Corte, fondée en 1147, considérée comme l’une des plus anciennes d’Europe. La visite guidée du complexe monastique pose le décor : ici, la Sardaigne parle bas, mais elle raconte loin.
Le train reprend ensuite sa lente progression à travers le plateau basaltique, traversant des territoires marqués par de très anciennes traditions pastorales. Les paysages s’ouvrent, austères et beaux, jusqu’à la station de Tinnura, véritable pays de l’art, où les murales transforment le village en galerie à ciel ouvert.

Plus loin, arrêt à Tresnuragher, cette fois pour flatter des sens plus immédiats : dégustation de produits locaux et du célèbre vin Malvasia, qui résume à lui seul le caractère du territoire — sec, solaire, et sans compromis.
Vers 13 h 15, le train entame la dernière partie du parcours. Il serpente à travers une succession de paysages dominés par les vignobles de Malvasia, grimpe lentement les courbes des collines entourant Bosa, puis redescend vers la mer. Après avoir longé la côte sablonneuse et le golfe de Bosa, il atteint enfin son terminus : Bosa Marina.
Un voyage en train historique, accompagné d’un guide touristique agréé, ponctué de visites culturelles, d’art mural, de patrimoine monastique et de plaisirs gourmands. Un itinéraire qui ne relie pas seulement deux villes, mais plusieurs couches de la Sardaigne — certaines très anciennes, d’autres délicieusement vivantes.
À l’heure du dîner, nous nous installons dans un petit restaurant du Corso Vittorio Emanuele II.
Nous passons la nuit à Bosa, bercés par le murmure du fleuve et la brise marine qui descend de la vallée.
Au petit matin, nous reprenons la route, décidés à explorer les villages de la Planargia, cette région de collines et de plateaux qui s’étend à l’est de Bosa.

L’accueil y est simple et chaleureux, les plats préparés avec des produits locaux : salades fraîches, sandwichs, burgers maison et bières artisanales sardes.
Sur la terrasse, nous savourons la quiétude du lieu, bercés par le va-et-vient tranquille des habitants.
Après le repas, nous flânons encore un peu dans les ruelles de Bosa, portées par la lumière dorée du soir. Les façades colorées s’embrasent sous les derniers rayons, les conversations s’animent sur les terrasses, et le fleuve Temo se couvre d’un léger voile rosé. La journée s’achève dans une atmosphère douce et paisible, comme suspendue.






L’idée des Murales : faire une boucle à travers Suni, Tinnura, Flussio Sagama, Sennariolo, …. avant de regagner Bosa en fin de journée. Un itinéraire court sur la carte, mais d’une richesse incroyable pour qui aime l’art mural, les paysages ruraux et les villages authentiques de Sardaigne.
👉 C’est parti pour la boucle a travers les villages authentique de la Planargia.

Conseils de visite
⏱ Durée : comptez une journée complète pour profiter de Bosa, de son château et de Bosa Marina.
🚗 Accès : la route côtière Alghero – Bosa (SP49) est superbe, ponctuée de belvédères naturels.
👉 Voir l’article sur la route de Bosa
🎟 Musées : le Tour dei Musei Civici di Bosa (5,50 €) donne accès à la Casa Deriu, à la Pinacoteca Atza et au Museo delle Conce.
👉 Voir l’article sur la Tour dei Musei Civici di Bosa
❤️ En guise de conclusion
Avec ses façades pastel, son fleuve tranquille et son atmosphère hors du temps, Bosa est sans conteste l’une des plus belles cités de Sardaigne.
Arriver par la mer, longer la marina puis pénétrer dans la vieille ville, c’est comme entrer dans une peinture italienne — celle d’une île qui se dévoile dans toute sa douceur et sa poésie.
Un lieu où l’on aime flâner, respirer, et simplement laisser le temps s’étirer au rythme du Temo.
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