Hotel Caprile, Olbia — Urbex
L’utopie qui regardait la mer
L’Hotel Caprile n’est pas un château hanté à la Stephen King (désolé pour les amateurs de frissons), mais c’est le genre de lieu qui évoque une Sardaigne alternative : pas seulement plages turquoise et hôtels cinq étoiles de la Costa Smeralda, mais aussi ces vestiges d’un tourisme balbutiant, restés coincés entre rêve moderne et abandon prématuré.
En réalité, l’Hotel Caprile, je l’avais déjà croisé en 2015.Ou plutôt… aperçu. Une silhouette en retrait, un bâtiment un peu trop calme pour être honnête, à quelques mètres de la mer. Le genre de lieu qui accroche l’œil, puis se fond dans le décor quand on n’a pas encore appris à écouter ces appels discrets.

Ce jour-là, j’ai continué ma route.Par manque de temps, par distraction, ou simplement parce qu’on ne visite pas encore les ruines quand on voyage comme tout le monde. Le Caprile était là, immobile, patient. Moi, pas encore prêt.
En octobre 2021, après la visite de la fameuse auberge fantôme d’Olbia me revoilà sur les lieux.
Deux lieux distincts, deux histoires différentes, mais un même parfum d’utopie avortée. L’auberge comme manifeste social jamais abouti. Le Caprile, lui, comme pari touristique face à la mer — ambitieux, solaire, et finalement condamné.
Contrairement à l’auberge, l’Hotel Caprile n’était pas un projet expérimental ou communautaire.
C’était un hôtel balnéaire à part entière, pensé pour accueillir vacanciers, plongeurs, pêcheurs, familles. Implanté à quelques mètres de l’eau, du côté du Lido del Sole, il regardait la mer avec assurance, comme si l’avenir lui appartenait.







Architecture simple, lignes droites, volumes ouverts : rien d’ostentatoire, mais une idée claire du confort moderne des années 60. Chambres lumineuses, espaces communs, piscine, accès direct au rivage. À l’époque, tout semblait aligné : le soleil, le tourisme naissant, la Sardaigne qui s’ouvrait au monde.
Sur le papier, ça devait marcher.
Avec le recul, le Caprile apparaît comme une utopie touristique.
Pas une folie architecturale, mais un projet sincère, presque candide, qui croyait encore qu’il suffisait d’un bel emplacement et d’un bâtiment bien pensé pour faire naître un lieu de vie.
Mais l’histoire en a décidé autrement.
Trop en avance ou déjà dépassé. Trop discret face à l’explosion de la Costa Smeralda et de son luxe tapageur. Le Caprile n’a jamais trouvé sa place dans la carte postale officielle de la Sardaigne.
Quand nous y entrons, le silence est total.
Rien de spectaculaire, rien d’effrayant. Le sel a rongé le béton, les ouvertures laissent passer le vent, les couloirs mènent à des chambres vides qui donnent encore sur la mer.




















Ce qui frappe, c’est l’absence de drame.
Pas de graffiti agressifs, pas de mise en scène morbide. Juste un lieu qui s’est retiré, doucement, sans bruit.
Face à la mer, on imagine sans effort les parasols, les serviettes, les verres qui s’entrechoquent au bar. Puis le présent revient, implacable.
L’auberge fantôme d’Olbia et l’Hotel Caprile ne racontent pas la même histoire.
Mais ensemble, ils disent quelque chose de fort sur une époque : celle où l’on croyait encore que l’architecture, le tourisme ou les idéaux pouvaient suffire à créer un avenir.
L’un était un manifeste pour la jeunesse qui n’a jamais vu le jour.
L’autre, un hôtel face à la mer qui n’a pas survécu aux modes.

Aujourd’hui, l’Hotel Caprile ne fait peur à personne.
Il fait mieux que ça : il fait réfléchir.




















