Lavache …!
Vous connaissez l’histoire de La Vache qui rit et de La Vache sérieuse ?
Un peu le David contre Goliath du fromage fondu… sauf que, dans ce conte-là, David finit par se faire avaler par la grande industrie ! 😄
Il était une fois, en 1921, à Lons-le-Saunier, un dessinateur malicieux nommé Benjamin Rabier. Inspiré par l’idée qu’un fromage fondu pouvait sourire autant que ses consommateurs, il donna naissance à une vache espiègle, aux boucles d’oreilles pendantes et au regard coquin. Sa devise ? « Le rire est le propre de l’homme ». Un message simple, mais diablement efficace : le monde entier voulait goûter à ce sourire.

Cinq ans plus tard, surgit des terres jurassiennes un challenger audacieux : les frères Grosjean. Ils lancèrent La Vache sérieuse, un bovin appliqué, digne, presque austère, qui proclamait avec gravité :
« Le rire est le propre de l’homme ! Le sérieux celui de la vache ! La vache sérieuse. On la trouve dans les maisons sérieuses. »
On peut imaginer la vache sérieuse, perchée sur un bureau en bois, hochant la tête avec un sérieux imperturbable, pendant que La Vache qui rit faisait des clins d’œil aux enfants sur les affiches et dans les assiettes.


Pourtant, La Vache sérieuse n’était pas totalement sans charme : elle devint la star des ondes radio en sponsorisant le Tour de France des années 50, séduisant les auditeurs en manches courtes et les cyclistes transpirants. Mais, face à la bonne humeur irrésistible de son concurrent, son sérieux sonnait parfois… un peu trop sérieux.
Alors la société Bel entra en scène, armée d’une plume acérée et d’un sens aigu de la stratégie marketing : plainte pour contrefaçon. S’ensuit une épopée judiciaire qui dura 33 ans ! Trente-trois ans de batailles, de noms changés et de logos réinventés. La Vache sérieuse devint successivement :
- La Vache Grosjean (après 1959),
- puis Le Grosjean,
- et enfin La Bonne Vache, une appellation qui sonne un peu comme un conseil de grand-mère.












À force, elle ne savait plus très bien qui elle était.
Et puis vint l’ultime métamorphose.
Fatigués des vaches, échaudés par les avocats, les Grosjean tentèrent une échappatoire :
👉 Grosjeanbon.
Plus de mascotte.
Plus de sourire.
Plus même de vache.
À la place :
un fromage pour tartines au jambon,
5 % de jambon maigre,
50 % de matières grasses,
et un nom qui sonnait comme une tentative désespérée de rester dans la course.
Ce n’était plus une histoire.
C’était un produit.
Grosjeanbon marquait la fin d’un monde : celui où le fromage avait encore une personnalité.
Après lui vinrent la Belle Vache, la Nouvelle Vache, puis toute une armée de pâtes à tartiner sans rire, sans caractère, sans mémoire.
Aujourd’hui, le fromage ne fait plus sourire.
Il rassure.
Il promet.
Il s’excuse presque d’exister.
Et pendant que La Vache qui rit continue de nous narguer depuis un siècle,
les autres ont disparu, une à une,
victimes non pas du goût…
mais de l’absence de légende.
👉 Morale :
en matière de fromage comme en matière de vie,
on peut être sérieux, responsable, bien formulé…
mais sans un bon rire,
on finit toujours fondu dans la masse. 🧀😄

Au fil des décennies, notre vache sérieuse passa de mains en mains : Nestlé en 1969, puis Besnier/Lactalis en 1985. Et finalement… elle disparut des rayons. Pourquoi ?
Parce que Lactalis possédait désormais 24 % de Bel. Ironie du sort : le sérieux devait céder la place au rire… pour des raisons purement commerciales.
Et c’est ainsi que dans les contes du fromage fondu, le sourire triomphe toujours. La morale ? Même un bovin sérieux, aussi appliqué soit-il, ne peut rivaliser avec une bonne dose de malice, un packaging malin et un marketing redoutable. 🧀😄
Et puis sont arrivées La Belle Vache, la Nouvelle Vache,
et toute une transhumance de vaches modernes, alternatives, engagées, revisitées,
accompagnées d’une avalanche de pâtes à tartiner “autrement”.



Il y en a pour tous les goûts :
au lait d’amande qui n’a jamais vu une amande,
au soja militant,
au chèvre urbain,
au brebis branchée,
sans lactose, sans sel, sans gras… parfois même sans goût.
Le rire ? Jugé trop provocant.
Le sérieux ? Trop clivant.
Alors on a inventé des vaches neutres, belles, nouvelles,
politiquement correctes jusque dans la texture.




Aujourd’hui, le fromage fondu ne fait plus sourire,
il s’excuse.
Il ne promet plus le plaisir,
il promet de ne froisser personne.
Résultat :
plus personne ne rit,
plus personne ne proteste,
et tout le monde tartine en silence.
Morale de l’histoire :
entre une vache qui rit trop fort
et une vache qui pense trop bien faire,
on a surtout perdu le goût de la liberté… et celui du fromage. 🧀😄
















