Le Passage de l’Ancien Courrier
Un des secrets le mieux gardé du centre historique de Narbonne
Il existe encore, au cœur du centre historique de Narbonne, des lieux que l’on peut traverser sans vraiment les voir. Des endroits discrets, presque effacés derrière une simple entrée, qui attendent que l’on pousse la porte pour révéler leur âme.
Le Passage de l’Ancien Courrier est de ceux-là.

Situé dans une rue chargée d’histoire, ce passage confidentiel semble suspendu entre deux époques. Son nom évoque les temps anciens où les courriers parcouraient les routes, transportant nouvelles et messages bien avant l’ère moderne des communications. La tradition locale présente ce lieu comme un ancien relais de poste du XIXᵉ siècle. Une histoire qui reste à confirmer précisément par les archives, mais qui donne au passage une atmosphère particulière : celle d’un endroit où voyageurs, échanges et rencontres auraient marqué les murs avant de laisser place aux artistes d’aujourd’hui.


Car le temps a changé la vocation du lieu. Les chevaux et les messagers ont laissé place aux créateurs, aux artisans et aux amoureux de culture. L’ancien passage est devenu un véritable petit village artistique au cœur de Narbonne.
Derrière ses portes, chaque échoppe raconte une histoire.
La librairie indépendante Narbonne Pages invite à ralentir, à feuilleter, à voyager entre les mots. Espace Création.s met en avant les talents et les créations locales. Au Cafecoutures, le fil, les aiguilles et les conversations se mêlent dans une ambiance chaleureuse. La galerie État d’Excellence, portée par l’artiste sculpteur Jean-Yves Invernon, ouvre quant à elle un espace dédié à l’art et à la création.

Ici c’est le passage
Mais ici, l’art ne se limite pas aux ateliers. Il déborde sur les murs et s’invite dans le quotidien des passants.

Dès l’entrée, une œuvre attire le regard : un collage coloré, à l’esprit rétro-pop, affiche en lettres capitales « Ici c’est le passage ». Une phrase simple, presque évidente, mais qui agit comme une invitation. Elle annonce que derrière cette ouverture se cache un lieu différent, un espace où l’imagination prend le pas sur le banal.
Un peu plus loin, un panneau revisité par l’artiste Christophe Stouvenel, dit KIKI, détourne avec humour les codes des affichages officiels. Sous la traditionnelle formule :
« Défense d’afficher sous peine de poursuites… »
l’artiste ajoute une touche poétique :
« (Mais), écrire est autorisé. Mais… »


Une phrase volontairement suspendue, comme une porte entrouverte vers toutes les histoires que chacun pourrait écrire. L’interdiction devient une invitation, le mur administratif devient un espace de liberté.

Une autre œuvre attire le regard dans le Passage de l’Ancien Courrier : La louve.
Le choix de la louve n’a rien d’anodin. À Narbonne, la louve est bien plus qu’un motif décoratif. Elle renvoie directement à la Louve capitoline, symbole de Rome allaitant Romulus et Rémus, offerte à la ville en 1982 pour célébrer le 2 100ᵉ anniversaire de la fondation de Narbo Martius, première colonie romaine créée hors d’Italie.

Mais le parcours artistique continue au-delà du passage.
À sa sortie, rue Henri-et-Charles-Cros un portail devient lui aussi un support de création. L’artiste Richard Linares y a gravé un hommage au rugby, une passion profondément enracinée dans l’identité narbonnaise.
Ce portail n’est plus seulement une fermeture métallique. Il devient un trait d’union entre la ville et sa mémoire sportive. Dans cette gravure, c’est toute l’histoire de l’Ovalie qui semble ressurgir : les joueurs, les générations de supporters, les émotions des jours de match et cette relation particulière entre Narbonne et le ballon ovale.

Quelques mètres plus loin, à l’angle de la rue Henri-et-Charles-Cros et de la rue Mondonville, un autre visage apparaît sur un mur.

L’artiste Mister P y a réalisé un portrait stylisé du Général de Gaulle. Une figure historique majeure revisitée par le langage du street art contemporain. Le contraste est saisissant : une grande figure de l’Histoire nationale rencontre un art urbain spontané, celui qui transforme les façades en espaces d’expression.
👉 Découvrez notre article sur Mister P et les autres emplacements des portraits

Ainsi, en quelques pas seulement, ce quartier narbonnais offre un étonnant voyage.
On passe de la mémoire des anciens courriers à la création contemporaine, des libraires aux artistes, du rugby aux grandes figures de l’Histoire. Les murs, les portails et les façades ne sont plus de simples décors : ils deviennent des témoins.
Mais la balade ne s’arrête pas là.
En poursuivant quelques mètres jusqu’à la rue Mondonville, une autre institution narbonnaise invite à prolonger le voyage : La Jument Verte. Comptant parmi les plus anciennes pizzerias de la ville, cette adresse fait partie de la mémoire des Narbonnais. Depuis des décennies, elle accueille habitants et visiteurs dans une ambiance chaleureuse où les pizzas se dégustent… sans modération.


C’est peut-être cela, finalement, le charme de ce quartier. En quelques pas seulement, on traverse plus de deux mille ans d’histoire, on découvre des artistes qui font parler les murs, on croise les symboles de Narbonne, du rugby à la louve romaine, avant de s’attabler dans un lieu devenu lui aussi un morceau du patrimoine local.
Le Passage de l’Ancien Courrier n’est pas un musée à ciel ouvert. C’est un lieu vivant qui change au fil des saisons, des expositions et des artistes. La meilleure façon de le découvrir reste encore de s’y perdre… puis d’y revenir.






















