Narbonne

Les ponts et les passerelles de Narbonne

Des liens entre les hommes, mais parfois des oubliés

Je viens d’apprendre que la SNCF ne réparera pas la passerelle qui enjambe la voie ferrée et relie le quartier Anatole-France au centre-ville.

À première vue, ce n’est qu’une passerelle métallique. Quelques mètres d’acier au-dessus des rails. Mais pour ceux qui l’empruntaient chaque jour, elle était bien plus que cela.

Elle était un véritable lien de vie.

Un lien pour les parents qui accompagnent leurs enfants à l’école, pour les personnes âgées qui choisissent de marcher afin de conserver leur autonomie, pour les habitants qui rejoignent le centre-ville ou les transports en commun.

Cette passerelle constituait un passage essentiel dans le quotidien de nombreux Narbonnais. Elle facilitait l’entrée et la sortie de la ville, rapprochait un quartier du cœur historique et permettait à beaucoup d’habitants de conserver une mobilité simple et naturelle.

Aujourd’hui, sa fermeture impose un détour d’environ un kilomètre. Un kilomètre qui, sur une carte, peut sembler insignifiant, mais qui devient une véritable contrainte lorsqu’il est répété chaque jour : plus de fatigue, plus de temps perdu, plus de difficultés pour les personnes les plus fragiles.

Alors une question se pose : cette passerelle ne méritait-elle pas d’être considérée comme un véritable ouvrage d’utilité publique ?

Car en 2016, une autre passerelle narbonnaise avait connu une tout autre destinée : celle du Moulin-du-Gua.

Fermée depuis septembre 2015 pour des raisons de sécurité, elle avait pourtant retrouvé une nouvelle vie. Déposée, entièrement restaurée puis remise en place au-dessus du canal de la Robine, elle était redevenue accessible aux habitants après plusieurs mois de travaux.

Cette opération démontrait qu’un ouvrage du quotidien pouvait être sauvé lorsqu’une volonté commune existait.

Alors forcément, la comparaison interpelle : pourquoi certains ponts et passerelles trouvent-ils une seconde vie tandis que d’autres semblent condamnés à disparaître ?

Je ne parlerai pas ici de la passerelle des Barques, dont le déplacement a déjà suscité son lot de débats, de réactions et de légendes. Elle mériterait à elle seule un article tant son histoire est riche en rebondissements.


Mais aujourd’hui, le sujet est ailleurs.

Il concerne ces ouvrages qui relient les quartiers, facilitent les déplacements et participent à la vie quotidienne des Narbonnais. Ces ponts et ces passerelles parfois modestes en apparence, mais qui deviennent essentiels pour ceux qui les empruntent chaque jour.

Car ces ouvrages ne sont pas seulement des structures de métal, de pierre ou de béton.

Ils racontent une ville, ses déplacements, ses quartiers, son évolution.

Le pont de la voie ferrée vers Carcassonne en est un autre exemple. Pendant des décennies, il a été présenté comme fragile, menacé, presque oublié. Un ouvrage suspendu entre abandon et espoir.

Pendant plus de trente ans, on nous a expliqué qu’il était en péril, qu’il ne pouvait plus être utilisé, qu’il représentait un danger.

Et puis, presque comme par enchantement, il a retrouvé un accès.

Cette situation pose forcément question : comment un ouvrage peut-il rester aussi longtemps dans l’incertitude avant de retrouver finalement une utilité ?

Voici la retranscription du texte de l’article :


Le pont de Carcassonne est condamné

Depuis trois ans, la plus grande attention se porte sur la structure fatiguée. Il pourrait être détruit.

Narbonne. Depuis 2011 et les premières restrictions de circulation, ciblées au départ sur les poids lourds, le pont de la route de Carcassonne est surveillé de très près. Il est vrai que l’ouvrage souffre de son usage devenu intensif au fil des années.

Tout récemment, des problèmes de structure ont été décelés. La SNCF notamment, a tiré la sonnette d’alarme. Une réunion technique s’est déroulée dans ce cadre-là en préfecture de l’Aude.

Pas de renforcement possible

Avec la Ville, il a été question des aménagements à apporter pour conforter le pont dans son rôle de passeur de trafic routier.

Mais selon nos informations, le renforcement de la structure, un temps envisagé, aurait été refusé, les problèmes de corrosion étant trop aigus.

Dès lors, la destruction du pont serait envisagée, à très court terme.

L’ouvrage serait entièrement reconstruit, un chantier pris en charge à cent pour cent par l’État. La durée des travaux n’est pas encore déterminée, mais il faudra compter sans doute un à deux ans pour que l’ensemble de l’œuvre soit réalisé. Ce qui ne sera pas sans conséquence sur le trafic routier et sur le trafic ferroviaire.

Des solutions devront être trouvées pour assurer la continuité des liaisons. La Ville communiquera sur ce dossier le vendredi 28 novembre prochain, après une entrevue entre les élus municipaux et la sous-préfecture, au cours d’une séance du conseil à huis clos le même jour.

Il semble que les responsabilités de chacun (Ville-État) aient été établies récemment. Le coût des travaux du pont sera supporté par l’État : le tronçon de route entre la place des Pyrénées et le dernier rond-point en sortie de ville, en direction de Carcassonne, étant encore classé « route nationale ». Une exception administrative.

Le « pont de Carcassonne », initié sous la IIIe République par le député de l’Aude et ministre des Transports Adolphe Turrel, un enfant d’Ornaisons, vit sans doute ses dernières semaines, la circulation ses ultimes franchissements, et les automobilistes leurs derniers jours de quiétude.

X. C. et J.-P. Ch.


L’article semble dater de novembre (probablement 2014), puisqu’il évoque une annonce prévue « vendredi 28 novembre prochain » et des restrictions commencées en 2011.


Un pont n’est jamais seulement un assemblage de métal et de béton. Il est le témoin d’une époque, d’une activité, d’une façon de vivre et de se déplacer.

Et puis il y a le Pont des Marchands.

Celui que Narbonne montre fièrement dans ses brochures, ses vidéos et ses images touristiques.

Ce pont habité exceptionnel est une véritable signature de la ville. Il représente un morceau de l’histoire narbonnaise, un patrimoine rare en France.

Peu de villes peuvent se vanter de posséder un tel témoignage du passé, un pont où les maisons et les commerces semblent suspendus au-dessus de l’eau.

Mais derrière cette magnifique image existent d’autres réalités : des immeubles privés, des habitants, des commerçants et des propriétaires qui doivent vivre avec les contraintes d’un patrimoine exceptionnel.

Le Pont des Marchands appartient à la mémoire collective. Il est utilisé comme symbole de Narbonne, comme une vitrine de la ville, comme un élément fort de son identité.

Mais son entretien repose aussi sur des personnes bien réelles.

Alors une question demeure : comment une ville peut-elle valoriser un patrimoine, en faire son image, tout en accompagnant réellement ceux qui vivent avec ce patrimoine au quotidien ?

Car un pont n’est jamais seulement un passage d’une rive à une autre.

C’est un passage entre les quartiers, entre les générations, entre les souvenirs et le quotidien.

Une ville ne se construit pas uniquement avec de grands projets et de belles images. Elle se construit aussi avec ces petits liens qui permettent aux habitants de vivre ensemble.

La question n’est donc pas seulement de savoir combien coûte une réparation.

La vraie question est de savoir quelle valeur nous accordons à ces ouvrages qui font partie de notre histoire et de notre vie quotidienne.

Car parfois, perdre une passerelle, ce n’est pas seulement perdre quelques mètres d’acier.

C’est perdre un morceau de la vie quotidienne.