Narbonne,  Street Art Narbonne

En 2026, la Révolution côtoie la monarchie…

En 2026, la Révolution côtoie la monarchie… et, à Narbonne, tout ce petit monde semble plutôt bien s’entendre.

Au cœur de la ville, le jardin Thérèse-et-Léon-Blum, anciennement jardin de la Révolution, offre aujourd’hui un curieux raccourci de notre histoire.

Une fresque y rend hommage à quatre femmes ayant exercé une influence ou joué un rôle exceptionnel à des époques où le pouvoir était largement masculin : Galla Placidia, impératrice romaine ; Ermengarde, vicomtesse de Narbonne ; Françoise de Cezelli, gouverneure de Leucate ; et Thérèse Blum, engagée dans la vie politique et sociale du XXᵉ siècle.

Sur le principe, difficile de critiquer l’intention. Mettre en lumière des femmes qui ont marqué l’histoire est évidemment une excellente idée.

Mais personnellement…

Dans un jardin de la Révolution, j’aurais peut-être imaginé un casting un peu plus… révolutionnaire.

Car il y a quelque chose d’assez amusant dans ce décor.

On commence avec une impératrice, on poursuit avec une vicomtesse, on passe par une gouverneure de place forte et l’on termine avec une militante du XXᵉ siècle.

On pourrait presque croire que la Révolution française a finalement décidé de ne renverser personne et de simplement réorganiser le mobilier.

Et le lieu lui-même ajoute une petite dose d’ironie à l’affaire.

Avant de devenir le jardin de la Révolution, cet emplacement était celui de la Porte Royale, également appelée Porte de Béziers, par laquelle entraient les rois et les princes à Narbonne.

À la fin du XIXᵉ siècle, avec la transformation de la ville et la disparition des anciennes fortifications, l’endroit devient un jardin public.

Nous voilà donc avec un joli raccourci :

Porte Royale → Jardin de la Révolution → Jardin Thérèse-et-Léon-Blum.

À Narbonne, même les noms de lieux ont parfois une vie politique plus mouvementée que certains conseils municipaux.

Personnellement, j’aurais aimé voir d’autres Narbonnaises mises en lumière.

Attention, je ne dis évidemment pas que les quatre femmes représentées ne méritent pas leur place.

Mme Pech-Dalcy, dont le legs permit notamment, en 1954, de contribuer à la modernisation du centre de long séjour de l’hôpital de Narbonne.

Marguerite Sol, écrivaine, enseignante et félibresse, première femme membre titulaire de la Société scientifique de l’Aude et engagée dans la défense et la renaissance de la langue d’oc.

Yvette Chassagne, résistante pendant la Seconde Guerre mondiale, l’une des premières femmes admises à l’ENA, première femme préfète de France en 1981, puis présidente de l’UAP. Elle terminera son parcours à Narbonne, où elle sera également conseillère municipale. Une femme qui, tout au long de sa carrière, a poussé des portes qui étaient jusque-là réservées aux hommes.

Émilie Palomo, dont le nom est aujourd’hui celui d’une promenade et d’un équipement public de Narbonne, mais dont le parcours reste étonnamment difficile à retrouver dans les sources accessibles. Une femme dont la ville a conservé le nom, mais dont elle semble avoir quelque peu perdu l’histoire.

Ginette Mazel, internationale française de basket-ball à 97 reprises, championne de France et figure importante du développement du sport féminin à Narbonne.

Et puis il y a Marie Cuny

Je me permets ici une petite parenthèse très personnelle : Marie Cuny, c’est ma mère.

L’une des premières femmes agents généraux d’assurances à Narbonne, elle a exercé son métier pendant près de quarante-cinq ans.

Pas d’empire à gouverner.
Pas de vicomté à administrer.
Pas de forteresse à défendre.

Mais quarante-cinq années de vie professionnelle dans une ville, à une époque où une femme devait encore largement pousser les portes avant qu’on lui en ouvre.

Alors oui, forcément, lorsque je regarde cette fresque consacrée aux femmes qui ont marqué l’histoire, je me dis que j’aurais aimé voir aussi ce genre de parcours.

Pas seulement parce qu’il s’agit de ma mère.

Mais parce que l’histoire d’une ville ne se résume pas aux personnages qui portent une couronne, un titre ou un uniforme.

Elle se construit aussi avec celles qui travaillent, entreprennent, résistent, transmettent et participent, discrètement mais durablement, à la vie de la cité.

Et puis, soyons honnêtes : avoir sa mère sur une fresque narbonnaise, ça aurait quand même simplifié quelques réunions de famille. 😏


Une Révolution devenue bien sage ?

Et sur le mur, une impératrice, une vicomtesse, une gouverneure et une militante se retrouvent côte à côte.

Il ne manque finalement plus qu’un roi.

À ce rythme-là, pourquoi ne pas peindre Louis XIV au milieu du Jardin de la Révolution ?

Ce serait cohérent : après avoir renversé la monarchie, la Révolution pourrait au moins lui offrir un banc.

On ne sait jamais, il pourrait avoir des choses à raconter.

Mais personnellement, je préférerais une autre révolution.

Une fresque consacrée aux Narbonnaises qui ont fait les XIXᵉ, XXᵉ et XXIᵉ siècles.

Pas pour effacer les impératrices, les vicomtesses ou les gouverneures.

Mais pour compléter le récit.

Parce qu’une ville qui sait raconter ses reines devrait aussi savoir raconter ses femmes.

Et finalement, il y aurait peut-être là une véritable petite révolution :

ne plus seulement célébrer celles qui ont eu le pouvoir, mais aussi celles qui ont contribué à faire évoluer la société.

Car une révolution est censée bouleverser les hiérarchies.

Ici, elle semble surtout avoir appris à les encadrer.

👉 En savoir plus sur la fresque