Phnom Penh alentours

Visite de Phnom-Penh et de l’île de la soie

Quelques mois après avoir arpenté Phnom Penh à pied sous une chaleur capable de faire fondre la patience d’un moine bouddhiste, je décide cette fois d’abandonner mes jambes au profit d’un tuk-tuk. Une journée entière à travers la capitale cambodgienne, portée par le grondement des scooters, l’odeur des brochettes grillées et le ballet permanent de la circulation.

Le rendez-vous est fixé au pied du Monument de l’Indépendance.
Le soleil du matin éclaire déjà les façades couleur sable tandis qu’un tuk-tuk bariolé m’attend au bord de l’avenue. Sambath, mon chauffeur du jour, m’accueille avec un large sourire et un programme soigneusement préparé. Mais Phnom Penh se découvre mieux en laissant un peu de place à l’imprévu. Je lui explique rapidement que je préfère suivre mes envies, m’arrêter quand une scène attire mon regard, changer de direction sans prévenir. S’ensuit cette tradition locale presque incontournable : la négociation.

Car avant même de visiter la ville, il faut d’abord livrer une bataille courtoise avec celui qui vous y emmènera. Après quelques sourires, des calculs approximatifs et plusieurs “special price for you”, l’affaire est conclue : 20 dollars pour un aller-retour depuis notre hôtel près du Wat Botum Park, avec une grande boucle jusqu’à Koh Dach, l’île de la Soie. Une journée complète, de 9h à 17h, et plus de cinquante kilomètres à travers Phnom Penh et ses alentours.

Le tuk-tuk s’élance alors dans la circulation. Phnom Penh défile comme un décor vivant où chaque rue semble improviser sa propre chorégraphie. Les scooters surgissent de partout, les vendeurs ambulants transportent des montagnes de fruits ou des marmites fumantes, tandis que des mini-échoppes entières tiennent miraculeusement en équilibre sur une moto fatiguée.

Pour ceux qui veulent mieux ressentir cette agitation permanente, j’avais déjà raconté cette ambiance dans :
« Phnom Penh à pied »
« La rue 93 et sont street art »


À chaque carrefour, la ville semble hésiter entre chaos et poésie. Des hôtels clinquants côtoient des immeubles défraîchis, des temples surgissent derrière des enseignes lumineuses, et les klaxons composent une bande-son continue.

Puis viennent ces détails qui rendent Phnom Penh immédiatement reconnaissable. Ici, le pyjama ne reste pas enfermé dans la chambre. Les femmes khmères le portent partout, à toute heure : au marché, sur un scooter, devant une échoppe de street food ou attablées dans un restaurant. Motifs fleuris, carreaux colorés, satin brillant… le vêtement de nuit devient tenue du quotidien avec une désinvolture totalement assumée.

J’avais consacré un article entier à cette étonnante habitude locale :
« Le pyjama au Cambodge, un vêtement comme un autre »


Au fil des rues, Phnom Penh révèle aussi son incroyable théâtre de métiers improvisés. Un homme nettoie des chaussures sur un coin de trottoir avec une précision d’orfèvre. Plus loin, une vieille balance mécanique attend les passants pour quelques riels. Des bouteilles d’essence alignées devant une maison deviennent station-service de fortune. Sur un parking minuscule, un gardien parvient à faire entrer des voitures dans un espace où même l’air semble manquer.

Cette économie de rue, inventive et débrouillarde, raconte une autre facette de la capitale. Une ville où chacun semble avoir trouvé sa manière de survivre, d’inventer un commerce ou de transformer un simple trottoir en gagne-pain.

Sur ce sujet, voir aussi :
« La Street 172 entre métiers de rue et conquistadors »


Après cette immersion dans le tumulte urbain, nous quittons progressivement Phnom Penh en direction de Koh Dach, l’île de la Soie. Le trafic devient plus fluide, les immeubles s’effacent derrière les maisons sur pilotis et les rizières commencent à apparaître.

À bord du tuk-tuk de Sambath, le voyage prend alors un autre rythme. L’air devient plus léger, les routes plus calmes. L’île promet une parenthèse presque rurale à seulement quelques kilomètres de la capitale. Plusieurs étapes nous attendent : le Wat Norea Rattanaram perdu dans la campagne, le marché animé de Koh Dach, quelques pauses improvisées au bord du Mékong, ou encore des temples paisibles comme le Wat Chheng Heh et le Wat Sorsor Mouy Roy.

La suite du voyage est à découvrir dans :
« Koh Dach : Exploration de l’île de la Soie »


Le retour vers Phnom Penh nous ramène peu à peu à l’agitation de la capitale. Mais avant de terminer cette journée, Sambath propose un dernier détour. Un lieu rarement évoqué dans les guides : le cimetière de Smor San.

Ici, entre les tombes et les mausolées, des familles entières vivent dans de petites maisons de tôles construites sur pilotis. Des enfants jouent dans les allées poussiéreuses, des hamacs se balancent entre deux sépultures, tandis que des cuisines improvisées diffusent des odeurs de riz et de poisson grillé.

Le lieu déstabilise autant qu’il fascine. La vie quotidienne s’y organise au milieu des morts avec une forme de normalité troublante. Phnom Penh montre alors un autre visage, bien loin des cartes postales : celui d’une ville où l’on s’adapte à tout, même à vivre dans un cimetière.

Pour voir davantage de photos et découvrir ce lieu hors du commun :
« Vivre dans le cimetière de Smor San »


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