L’homosexualité aux Philippines
Entre acceptation et héritage culturel
Vous connaissez les termes Bakla, Bayot, Tomboy ou Binalake ?
- Bakla : Terme désignant les hommes homosexuels ou efféminés.
- Bayot : Utilisé pour parler des hommes gays, principalement dans la région de Visayas.
- Tomboy / Binalake : Désignent les femmes homosexuelles ou masculines.
Aux Philippines, l’homosexualité est largement acceptée et visible dans la société. Dans des villes touristiques comme El Nido et Coron, il n’est pas rare de croiser de nombreux homosexuels assumant leur identité sans crainte du regard des autres.
Un pays étonnamment gay-friendly
Les Philippines sont souvent citées comme l’un des pays les plus gay-friendly d’Asie, malgré leur fort ancrage catholique. Ici, les homosexuels ne se cachent pas : ils travaillent dans les hôtels, restaurants, bars, salons de massage et même dans le tourisme, avec des agences spécialisées pour les voyageurs LGBTQ+.
Sur Manille, une troupe de transformistes composée de seniors gays anime des spectacles pour des événements privés (mariages, anniversaires…) ou se produit dans des cabarets et discothèques. Chaque année, le pays organise des concours de beauté comme « Miss Gay », célébrant la diversité et la communauté LGBTQ+.
On estime qu’environ un homme sur quatre pourrait être gay, d’après des expatriés européens vivant sur place. Si ce chiffre est difficile à vérifier, il témoigne d’une communauté particulièrement visible et intégrée.
Un héritage culturel précolonial
Contrairement à d’autres pays asiatiques, cette acceptation ne date pas d’hier. Bien avant la colonisation occidentale, les Bakla étaient considérés comme des êtres possédant une double essence, et cela leur conférait un statut particulier.
Dans les sociétés indigènes philippines, ils occupaient souvent le rôle de chamans (« Babaylan » en langue locale). Ces derniers :
- Guérissaient les malades
- Conservaient l’histoire des ancêtres
- Servaient d’intermédiaires spirituels avec les « Anitos » (esprits de la nature et des ancêtres)
- Pouvaient devenir des chefs de communauté
Ce respect a été brutalement remis en question avec la colonisation espagnole (1565-1898). L’Église catholique a mené une chasse aux sorcières, assimilant ces chamans à des prêtres du diable, conduisant à leur persécution.
Plus tard, la colonisation américaine (1898-1946) a renforcé cette stigmatisation, introduisant l’idée que l’homosexualité était une maladie. Ce discours a perduré jusqu’à l’ère moderne, en témoigne le président Rodrigo Duterte, qui affirmait en 2019 que l’homosexualité était une maladie dont il s’était « guéri » grâce aux femmes.
Une acceptation qui perdure malgré tout
Malgré ces influences étrangères, les Philippines n’ont jamais totalement effacé leur vision ambivalente et tolérante des identités sexuelles et de genre. Dans certaines familles, le plus jeune garçon pouvait être élevé comme une fille lorsqu’il n’y avait pas de descendante féminine, bien que ce soit une coutume sujette à débat.
Aujourd’hui, les Bakla sont partout, et leur présence massive pourrait être vue comme une forme de résistance culturelle face aux siècles de colonisation. Pendant près de 200 ans, être homosexuel était illégal dans la plupart des colonies britanniques, notamment pour éviter que les soldats ne « s’égarent ».
Les Philippines, malgré leur influence chrétienne et coloniale, ont donc su préserver une ouverture d’esprit unique en Asie, en partie héritée de leurs traditions précoloniales. Une réalité fascinante qui fait du pays un refuge LGBTQ+ méconnu, mais incroyablement accueillant et authentique.