Canal du midi

Le Somail, un coin de paradis au fil de l’eau

À une vingtaine de kilomètres de Narbonne, il existe un endroit où j’aime revenir sans jamais avoir l’impression de faire la même visite. Le Somail fait partie de ces lieux qui ont le don de ralentir le temps. On y vient parfois pour déjeuner, parfois pour boire un café, parfois simplement pour marcher quelques minutes le long du Canal du Midi… et finalement, on y reste bien plus longtemps que prévu.

Difficile d’imaginer qu’il y a plus de trois siècles, ce paisible hameau était déjà une escale incontournable pour les voyageurs qui empruntaient le Canal du Midi. Conçu au XVIIe siècle lors de la construction de l’ouvrage de Pierre-Paul Riquet, Le Somail a conservé son âme. La chapelle des nautoniers, le pont de pierre à une seule arche, l’ancienne auberge, les entrepôts et surtout la remarquable glacière, unique survivante du Canal du Midi, témoignent encore de cette époque où les barques remplaçaient les voitures.


Originellement incluse dans un magasin du Canal, unique survivante de celles qui existaient autrefois sur d’autres sites d’étape, la glacière, dans laquelle on conservait des blocs de glace acheminés à dos d’âne ou de mulet depuis les Pyrénées.


Mais Le Somail ne garde pas seulement la mémoire de Pierre-Paul Riquet et des premiers voyageurs du canal. En levant les yeux vers la chapelle des nautoniers, on découvre une plaque discrète qui rappelle le passage d’un visiteur illustre : Thomas Jefferson.

Avant de devenir le troisième président des États-Unis, Jefferson était ambassadeur de son pays en France. Passionné par les sciences, l’architecture et les grands ouvrages, il parcourut le Canal du Midi en 1787 pour admirer cette prouesse technique du siècle précédent. Lors de ce voyage, il fit halte au Somail, comme tant d’autres voyageurs avant lui.

Aujourd’hui, cette simple plaque sur le mur de la chapelle relie un petit hameau de l’Aude à la grande histoire internationale. Un détail presque invisible pour le promeneur pressé, mais qui rappelle que, depuis plus de trois siècles, Le Somail accueille des voyageurs venus de loin.


Au bout du pont la chapelle

Mais Le Somail n’est pas un décor de carte postale figé dans le passé. Il vit. Dès les beaux jours, les péniches se succèdent, les plaisanciers accostent, les terrasses se remplissent et les conversations se mêlent aux clapotis de l’eau. On entend parler français, anglais, néerlandais ou allemand. Ce n’est pas un hasard : la majorité des visiteurs viennent de l’étranger pour découvrir le Canal du Midi, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1996.


J’aime particulièrement m’installer quelques instants sur le quai. Il suffit d’observer la vie qui s’écoule. Un bateau passe lentement sous le pont. Les enfants saluent les équipages. Les cyclistes s’arrêtent quelques minutes avant de reprendre leur route. Ici, personne ne semble pressé.


Impossible également de passer au Somail sans pousser la porte du Trouve Tout du Livre. Cette étonnante librairie ancienne est un véritable labyrinthe où les ouvrages semblent raconter autant d’histoires que le lieu lui-même. Même sans rechercher un titre précis, on finit toujours par feuilleter un livre ou deux.


Puis vient le moment de choisir une terrasse. Une glace en été, un café à l’ombre des platanes ou un déjeuner au bord de l’eau… les bonnes adresses ne manquent pas. Pour ceux qui souhaitent prolonger la balade, il est même possible de louer un petit bateau électrique. Sans permis, il permet de découvrir le canal autrement, au rythme paisible de l’eau. Les enfants adorent prendre le volant le temps d’une promenade.

Lorsque je vais au Somail, il m’arrive souvent de poursuivre jusqu’à La Garenne, à Mirepeisset. Les deux lieux se complètent parfaitement. D’un côté, l’animation discrète d’un port historique ; de l’autre, la fraîcheur des berges de la Cesse, où l’on vient se détendre à l’ombre des arbres. Deux ambiances différentes, mais le même sentiment de sérénité.

Le Somail n’a rien d’un parc d’attractions. Son charme est ailleurs. Il se cache dans les pierres patinées par le temps, dans le reflet des façades sur l’eau, dans le bruit d’une péniche qui approche lentement ou dans cette sensation étrange que, pendant quelques heures, le temps a décidé de ralentir.

Au Somail, chacun a souvent son adresse favorite. Certains ne jurent que par une terrasse au bord de l’eau, d’autres font systématiquement une halte à La Tamata, une institution du hameau. S’installer quelques instants face au canal, regarder les péniches manœuvrer en dégustant une glace, une boisson fraîche ou un repas, fait presque partie du rituel. C’est aussi cela, Le Somail : un lieu où l’on ne vient pas seulement pour voir, mais pour prendre le temps de vivre.


« J’y vais plusieurs fois par an. Il m’arrive même de faire le détour juste pour boire un café ou manger une glace avant de rentrer. À chaque visite, l’ambiance est différente, mais le plaisir est toujours le même. »