1907 : La révolte des Gueux ou l’histoire d’un Midi en feu
Le 11 mars 1907, quatre-vingt-sept vignerons déterminés, conduits par Marcelin Albert, engagent un combat qui marquera l’histoire du Midi. Leur cause est simple et juste : défendre le vin naturel contre les vins trafiqués, les fraudes et les mélanges chimiques qui ruinent les producteurs honnêtes et plongent tout un pays dans la misère. La terre d’Oc ne nourrit plus ses enfants, et ceux-ci refusent de mourir en silence.

À Argeliers, petit village du Minervois, il est quatre heures du matin. Sous les platanes de la place, un homme attend. Marcelin Albert, vigneron ardent, tribun improvisé, visage sec et osseux que beaucoup compareront à celui d’un Christ espagnol. Depuis des années, il dénonce l’injustice et la fraude. Ce matin-là, il a donné rendez-vous à ses compagnons pour porter leur détresse jusqu’à Narbonne, où siège une commission parlementaire chargée d’étudier la crise viticole qui, depuis sept ans, ravage le Languedoc et le Roussillon.
Au fil des kilomètres et des villages traversés, le cortège grossit. À l’arrivée devant la gare de Narbonne, ils sont une centaine à attendre les parlementaires. Pourtant, l’histoire ne retiendra que quatre-vingt-sept noms : ceux des pionniers.

Reçue à la sous-préfecture, la délégation ressort sans la moindre promesse. Marcelin Albert doit annoncer aux siens que la commission a écouté leur misère, pris des notes… puis s’en est tenue là. Les « 87 » repartent déçus, mais non vaincus.

À Paris, le gouvernement de Georges Clemenceau ne mesure pas la portée de cette première marche vigneronne. Dans les ministères, on ironise. On parle de « tartarinade », de « farandole méridionale ». Les puissants se trompent.
Car ce 11 mars 1907 n’est pas une fin, c’est un commencement.
Autour de Marcelin Albert et du Comité d’Argeliers, c’est bientôt tout le Midi qui se soulève. Les foules deviennent immenses. Les municipalités démissionnent. La grève de l’impôt s’étend. Les soldats hésitent à réprimer leurs propres familles. La contestation gagne chaque ville, chaque village, chaque cave. Le mouvement culminera dans le sang avec les tragiques journées de Narbonne et leurs six morts.
Jamais jusque-là le Midi viticole n’avait parlé d’une seule voix. Jamais la colère d’un peuple n’avait pris une telle ampleur. Jean Jaurès y verra « l’un des plus grands événements sociaux qui se soient produits dans notre pays ».
Tout est parti de ces quatre-vingt-sept hommes partis d’Argeliers avant l’aube.
Ils marchaient pour sauver leur vin.
Ils allaient réveiller tout un peuple.
Les Causes : Pourquoi le Midi crève-t-il de faim?
Au début des années 1900, le Languedoc vit exclusivement de la vigne. C’est une monoculture absolue. Or, depuis 1900, les cours du vin se sont effondrés : le prix du muid de vin passe de 30 francs à moins de 4 francs. Les vignerons ne vendent plus, les ouvriers agricoles ne sont plus payés, les commerces font faillite. Le Midi a faim.

Trois facteurs principaux expliquent ce désastre :
- La surproduction mécanique : Après la crise du phylloxéra (un pucerons ravageur), le vignoble a été replanté en masse dans les plaines avec des cépages à gros rendement (comme le Aramon). Le vin coule à flots, mais il est de piètre qualité.
- La fraude et le vin « artificiel » : C’est le grand coupable désigné par les vignerons. Pour ravitailler le pays pendant la crise du phylloxéra, l’État a autorisé la fabrication de « vins » de seconde zone : des vins de sucre, de raisins secs ou coupés à l’eau.
- La chaptalisation légale : Une loi de 1903 sur le sucrage permet d’augmenter artificiellement le degré d’alcool des petits vins du Nord de la Loire, leur permettant de concurrencer déloyalement les vins naturels du Midi.




Le Comment : L’engrenage d’une mobilisation unique
Suite à la déception du 11 mars, le mouvement prend une forme singulière. Il s’organise dans un esprit pacifique, fédérateur et étonnamment transversal pour l’époque.

Dans cette dynamique, le « Comité d’Argelliers » (ou Comité de défense viticole) structure la mobilisation. Il met en place un système de meetings itinérants organisés chaque dimanche, comme une caravane politique sillonnant les villages du Midi.
24 mars 1er meeting à Salleles d’Aude : 300 personnes.
Marcelin Albert, se fait remarquer par ses dons d’orateur et son charisme. Pour les viticulteurs présents, il devient l’apôtre, le roi des gueux, le rédempteur.
Le principe de tenir chaque dimanche un meeting dans une ville différente est adoptée
31 mars 1907 : Bize-Minervois entre dans la lutte
Cette fois, le mouvement ne passe plus inaperçu. La presse régionale commence à lui accorder une véritable attention, et La Dépêche lui consacre une demi-colonne.
À leur arrivée dans le village, les délégations d’Argeliers et de Sallèles-d’Aude défilent ensemble derrière leurs tambours et leurs clairons. La délégation d’Argeliers compte à elle seule près de 150 personnes. Cette entrée solennelle donne à la manifestation une ampleur nouvelle et témoigne de l’enracinement croissant de la révolte viticole dans tout le Minervois.
Une fois le comité de défense viticole de Bize constitué, les orateurs se succèdent à la tribune devant une foule estimée à plus de 350 personnes, certains témoins avançant même le chiffre de 600 participants.
Parmi eux, Marius Ratier, conseiller général radical-socialiste du canton de Ginestas, affirme son soutien au mouvement tout en mettant en garde contre toute récupération politique. Il se présente comme un simple combattant de la cause commune :
« Avec mon nom, la politique pourrait se glisser dans vos rangs et c’est avant tout ce qu’il faut éviter pour arriver à la victoire finale. L’union de tous, sans distinction d’opinions, sous les plis du drapeau viticole sera le facteur essentiel de cette victoire. »
Son intervention résume l’esprit qui anime alors la mobilisation : dépasser les clivages politiques, rassembler vignerons, commerçants, artisans et élus autour d’une seule revendication, la défense du vin naturel et la lutte contre la fraude. À Bize-Minervois, comme dans les villages déjà gagnés par le mouvement, l’unité apparaît désormais comme l’arme la plus puissante des viticulteurs du Midi.
7 avril Ouveillan : 1 000 personnes.Le dimanche suivant,
Les délégations de Bize, de Sallèles et d’Argeliers, accompagnées d’une partie des populations de ces communes se rendent à Ouveillan. On dénombre de 500 à 2 000
personnes.
Le 14 avril, à Coursan, le meeting viticole rassemble de 8500 à 9000 personnes.
Le déroulement de la manifestation ne diffère guère de celui des rassemblements précédents. Le comité local de défense viticole est constitué.
Les discours se succèdent, affirmant la neutralité politique et religieuse du mouvement, dressant « un tableau saisissant et véridique de la situation lamentable faite aux populations méridionales par la crise viticole dont meurt le Midi » et stigmatisant « les fraudeurs qui ont contribué à la ruine du pays ».
Les délé- gués des ouvriers agricoles sont, quant à eux, partagés : la plupart, en dépit des différends qu’ils ont avec les grands propriétaires, se déclarent solidaires du mouvement mais certains refusent de « pactiser avec les patrons ».
21 avril Capestang : 15000 personnes. Ce dimanche a eu lieu la publication du premier numéro du Tocsin édité par le comité d’Argeliers. C’est un hebdomadaire dont Marcelin Albert assume la direction et Louis Blanc la rédaction. Ce numéro contient une adresse au parlement afin que soit votée une loi contre la fraude.
28 avril Lézignan : 28000 personnes
Le meeting de Lézignan est un moment décisif dans l’affirmation du mouvement avec l’adhésion du maire radical de Lézignan, Léon Castel, lieutenant politique d’Albert Sarraut alors sous-secrétaire d’Etat à l’Intérieur.
Les autorités politiques et judiciaires du département voient dans ce soutien un moyen d’éviter que le mouvement né de la crise économique soit récupéré par les partis politiques conservateurs hostiles à la République :
« Quelques manifestants sans aucun doute ont eu la pensée dans le principe de profiter du malaise général pour provoquer un mouvement politique contre les institutions actuelles au profit des partis de réaction. Mais leur plan a été déjoué par l’initiative des chefs du parti républicain qui n’ont pas hésité dans les différentes communes à entrer dans le mouvement pour lui conserver un caractère purement économique et autant que possible pacifique » (lettre du procureur de la République à Narbonne au procureur général à Montpellier, 6 mai 1907)
5 mai Narbonne : 80 000 personnes – Une véritable marée humaine entoure l’estrade placée Cours Mirabeau, près des Halles. Le Maire de Narbonne, Ernest FERROUL, prend la parole et salue les viticulteurs du Midi rassemblés pour la défense de leurs droits.

À l’occasion de cette manifestation, les leaders viticoles affirment leur solidarité avec les ouvriers agricoles qui jusque là sont réticents à s’unir avec les propriétaires depuis la répression des grèves de Pouzols et de Cruzy : « M. Ferroul intervient et propose que les 80 000 manifestants présents demandent la libération immédiate des [ouvriers agricoles encore] prisonniers. Cette motion est votée par acclamation ».

À l’issue du meeting, lors de la réunion des comités de défense viticole qui clôt la manifestation, Marcelin Albert prononce ce qu’on a appelé plus tard le « serment des fédérés », référence explicite au serment du Jeu de Paume : « Constitués en Comité de Salut Public pour la défense de la viticulture, nous jurons de nous unir pour la défense viticole, nous la défendrons par tous les moyens. Celui ou ceux qui, par intérêt particulier, par ambition ou par esprit politique, porteraient préjudice à la motion première et par ce fait nous mettraientdans l’impossibilité d’obtenir gain de cause, seront jugés, condamnés et exécutés séance tenante ».
12 mai Béziers : 150 000 personnes.
En dépit des précautions prises pour encadrer les manifestations et pour faciliter l’acheminement des participants (contacts pris avec la Compagnie du Midi pour prévoir des trains supplémentaires), quelques incidents sont à déplorer.
Ainsi le 12 mai, dès six heures du matin, les habitants de Marcorignan, Névian, Montredon, Saint-Marcel et Saint-Nazaire (2 à 3 000 personnes) attendent en gare de Marcorignan le train pour Béziers. Ils ne parviennent à monter dans aucun des trains en provenance de Carcassonne, tous bondés.

Vers 10 heures et demie, exaspérés, persuadés qu’on veut les empêcher d’assister au meeting, ils bloquent la voie avec des fûts de vin et un wagon-foudre. Le sous-préfet de Narbonne, Icard, tente d’intervenir mais doit se retirer sous les huées.
Marcelin Albert, averti, demande aux manifestants par télégraphe de libérer la voie, ce qui est fait vers 18 heures. La manifestation du 12 mai à Béziers dépasse en ampleur celle de Narbonne.

Plus d’un millier de charrettes prennent place au Champ de Mars et le meeting rassemble près de 150 000 personnes.
À la fin de la journée, lors de la réunion des comités, Ernest Ferroul engage à étendre le mouvement et fait accepter le principe de l’ultimatum au gouvernement : « Si, à la date du 10 juin, le gouvernement, tout en prenant les dispositions les plus radicales pour provoquer le relèvement du cours des vins, n’a pas mis le Parlement en demeure de luifournir d’urgence les armes dont il croira avoir besoin pour faire cessercette effroyable crise, la grève des contribuables sera proclamée et des mesures plus énergiques seront immédiate-ment envisagées et appliquées successivement jusqu’à ce que complète et entière satisfaction soit accordée par les pouvoirs publics ».
19 mai – Perpignan : 170 000 personnes.
La foule se masse sur les allées des Platanes.
La presse parisienne s’étonne et salue le calme autant que la force dégagée par les manifestants :
« Je ne crois pas que, dans l’histoire, on trouve l’exemple d’une manifestation aussi puissante que celle dont Perpignan fut hier le théâtre. Elle fut imposante par le nombre… ; elle est respectable et juste par le but qu’elle poursuit et la cause qu’elle défend ; elle rencontre l’unanime sympathie de l’opinion en France, car ces centaines de milliers de voix réclament de la justice et du pain ».

Dans leurs discours, Albert et Ferroul reprennent des thèmes communs.
Marcelin Albert, appelant à l’union au-delà des haines et des intérêts particuliers, conserve une posture de pacificateur. Ernest Ferroul, en revanche, met davantage l’accent sur l’opposition entre le Nord et le Midi, rappelant le mépris culturel dont souffriraient les méridionaux, illustré selon lui par les propos attribués à Joseph Caillaux, ministre des Finances, au sujet du « battage » des gens du Midi.
26 mai – Carcassonne : 250 000 personnes.
Le préfet prévoit d’importantes forces de l’ordre, mais souhaite que leur présence reste discrète : « Il est préférable de cacher, autant que possible, la vue des uniformes aux manifestants. Ils en prennent ombrage comme d’une mesure de défiance et d’hostilité et en deviennent plus irritables ».
La municipalité de Carcassonne affiche sa solidarité avec les manifestants. C’est Gaston Faucilhon, premier adjoint de la commune, qui préside l’organisation du meeting, le député et maire Jules Sauzède étant retenu à l’Assemblée nationale.

M. Faucilhon semble, dans certaines décisions, chercher à atténuer la mauvaise impression laissée par les préparatifs jugés insuffisants de la municipalité de Béziers. Un grand arc de triomphe portant les mots « à nos frères de misère » est érigé à l’entrée de la ville. Les bâtiments publics sont pavoisés et illuminés le soir venu.
L’affluence est considérable, d’autant que, à l’initiative du maire de Limoux, le mouvement s’étend à cet arrondissement jusque-là peu représenté.
2 juin 1907 : manifestation à Nîmes (250 à 300 000 per- sonnes)
Le 2 juin, la manifestation de Nîmes réunit environ 300 000 personnes, chiffre prodigieux si on tient compte de la situation excentrée de la capitale du Gard.
La tribune officielle est drapée de rouge, marque perceptible d’une radicalisation du mouvement à forte participation socialiste ce jour-là.

Ernest Ferroul maire de Narbonne n’hésite pas à défier le gouvernement : «Les manifestations splendides ne sont pas tout : un ultimatum a été adressé au gouvernement. Comme vos frères des autres départements l’acclamerez-vous ? Il y a des paroles données ; le 10 juin, j’abandonnerai l’hôtel de ville de Narbonne et le tocsin de la misère sonnera ».
Marcelin Albert fait renouveler à la foule rassemblée le serment des fédérés et lui donne rendez-vous pour le dimanche suivant à Montpellier, le dernier meeting avant l’expiration de l’ultimatum.

9 juin Montpellier : Le paroxysme. Plus de 600 000 personnes envahissent la place de la Comédie. C’est la moitié de la population de la région qui est dans la rue.
Devant le silence du gouvernement parisien dirigé par Georges Clemenceau, les vignerons lancent un ultimatum : si l’État ne vote pas une loi contre la fraude d’ici le 10 juin, le Midi entre en grève de l’impôt et les municipalités démissionnent en masse. Le 10 juin, l’ultimatum expire. Le Midi déclare la désobéissance civique.

Le 10 juin 1907, le maire de Narbonne Ernest FERROUL (Docteur) a décrété la grève municipale en jetant son écharpe de maire à la foule venue l’acclamer, et en ayant cette phrase qui est restée dans les mémoires : «Citoyens, je tiens mon pouvoir de vous, je vous le rends».
Ferroul, était aussi un docteur qui, à l’époque où n’existait pas encore la Sécurité sociale, soignait gratuitement les plus démunis. Georges Ferré le rappelle aussi : «Le docteur Ferroul avait augmenté le montant des bourses d’études, exonéré les pauvres de la contribution mobilière, de la taxe d’octroi sur le gaspillage, mis l’électricité dans les demeures et avait assaini la ville».

Face à la paralysie totale du Sud, Clemenceau commet l’erreur d’envoyer l’armée pour rétablir l’ordre et faire arrêter les leaders du Comité d’Argelliers. C’est le début de la dérive violente.
Le 19 juin, Ernest Ferroul est arrêté au petit matin à son domicile à Narbonne par le 139e régiment de cuirassiers, et emprisonné à Montpellier. Trois autres membres du comité de défense viticole se livrent aux gendarmes à Argeliers. La nouvelle de l’arrestation programmée de tous les membres du Comité d’Argeliers met le feu aux poudres

Le 19 et le 20 juin le sang coule à Narbonne.
Le 19 juin, l’arrestation des membres du comité provoque des émeutes à Narbonne. Les soldats du 139e régiment d’infanterie, retranchés dans l’hôtel de ville, tirent sur la foule : deux morts dont un adolescent.
Le lendemain, le 20 juin, la tension est à son comble. Le sous-préfet panique, la troupe tire à nouveau sur les boulevards de Narbonne. Cinq personnes sont tuées, dont une jeune fille de 20 ans, Cécile Bourrel, venue en ce jour de marché de Cuxac à Narbonne, et qui prend une balle perdue en pleine poitrine. Cécile l’Innocente deviendra le symbole martyr d’un peuple opprimé, et à l’endroit où elle tombe, rue du Pont (« Carrièra del Pont »), les Narbonnais érigent un mausolée de pierre à sa mémoire.. Le Midi est sous le choc, la colère est noire.



La Mutinerie des « Pioupious » du 17e
Clemenceau a déplacé le 17e régiment d’infanterie de ligne de Béziers vers Agde pour éviter qu’ils ne fraternisent avec la population. Peine perdue : ces soldats sont des appelés locaux, des fils de vignerons. En apprenant la fusillade de Narbonne, 500 soldats du 17e se mutinent.
Ils pillent l’armurerie, parcourent les 25 kilomètres à pied de nuit et reviennent à Béziers. Le 21 juin, au matin, ils s’installent sur les allées Paul Riquet, mettent crosse en l’air, soutenus et nourris par une population en liesse. La République frôle l’insurrection militaire.

Le piège de Clemenceau et la chute du « Rédempteur »
Marcelin Albert, qui a échappé aux arrestations, se rend clandestinement à Paris pour rencontrer Clemenceau le 23 juin. C’est le tournant psychologique. Albert, homme naïf et christique, est impressionné par le « Tigre ».




Clemenceau lui promet de faire voter la loi contre la fraude si Albert calme les esprits. À la fin de l’entretien, Albert avoue n’avoir pas un sou pour payer son billet de retour. Clemenceau lui glisse un billet de 100 francs.
C’est un piège machiavélique. Dès qu’Albert part, Clemenceau distille l’information aux journaux : le chef des rebelles a été acheté par le gouvernement. De retour dans le Midi, Marcelin Albert est hué, traité de traître et de vendu. Le « Rédempteur » est brisé politiquement, contraint de se cacher.
Malgré la tragédie et le complot politique, la révolte des gueux a atteint ses objectifs techniques. Pressé par l’urgence de la situation, le Parlement adopte à la hâte les lois des 29 juin et 15 juillet 1907 :
- Le sucrage des vins est fortement taxé et réglementé.
- L’obligation de déclarer les récoltes est instaurée.
- La falsification et le mouillage (coupage à l’eau) deviennent sévèrement punis.
Pour pérenniser cette victoire et protéger leurs prix, les vignerons s’unissent en créant la Confédération Générale des Vignerons du Midi (CGV) et développent massivement le système des caves coopératives, qui façonnera le paysage social et architectural du Languedoc pour le siècle à venir.
Le 11 mars 1907 reste gravé dans la mémoire locale comme le jour où les exclus de la République se sont levés pour exiger la dignité de leur travail, léguant au Midi une culture de la lutte et de la solidarité paysanne.

Caricature publiée dans le journal satirique illustré Le Télégramme du 8 juillet 1907.
Elle fait écho à la lettre adressée par Georges Clemenceau aux maires démissionnaires du Midi, dans laquelle le président du Conseil affirme avec fermeté : « La loi sera appliquée. » Cette déclaration marque la volonté du gouvernement de reprendre en main la situation après les démissions massives d’élus solidaires du mouvement viticole de 1907.























