Le canal de Jonction
Le canal de Jonction est un ouvrage essentiel du réseau des canaux du Languedoc. Mis en service en 1787, il assure la liaison entre le canal du Midi et le canal de la Robine, offrant ainsi une voie navigable continue entre Toulouse, Narbonne et la Méditerranée.
Une liaison longtemps attendue
L’idée de relier le canal du Midi à Narbonne remonte à la fin du XVIIe siècle. Sur les conseils de Vauban, l’ancien lit de l’Aude est aménagé afin de devenir le canal de la Robine. Il ne manque alors plus qu’un canal de raccordement entre le canal du Midi et cette nouvelle voie navigable.
Cependant, les propriétaires du canal du Midi s’opposent pendant longtemps à ce projet. Le futur canal de Jonction devant être alimenté par les eaux du canal du Midi, ils craignent que les ressources en eau, déjà limitées dans cette région, ne soient insuffisantes pour faire fonctionner les deux canaux simultanément.
Il faut attendre les années 1770 pour qu’une solution technique soit trouvée et que les réticences soient levées. Les travaux peuvent alors être engagés et le canal de Jonction est finalement mis en service en 1787, complétant ainsi le grand réseau de navigation entre le canal du Midi, Narbonne et la Méditerranée.
Aujourd’hui, long d’environ 5 kilomètres, il serpente au milieu des vignes et des pinèdes. Une partie de son tracé est bordée de magnifiques pins parasols et de platanes qui lui confèrent un charme particulier. Malgré sa courte longueur, le canal de Jonction doit franchir un important dénivelé de 23 mètres grâce à une succession de sept écluses à bassin unique. Celles-ci conduisent progressivement les bateaux vers la rivière Aude, que les navigateurs doivent traverser pour rejoindre l’écluse de Moussoulens, porte d’entrée du canal de la Robine située sur l’autre rive.



Les sept écluses du canal de Jonction sont, d’amont en aval :
• Cesse
• Truilhas
• Empare
• Argelliers qui a conservé son ancien nom avec deux « l ».
• Saint-Cyr
• Sallèles-d’Aude
• Gailhousty, l’ouvrage le plus monumental du canal de Jonction
Écluse d’Argelliers



Les platanes du canal
« Les platanes du canal de Jonction à Sallèles-d’Aude formaient jusqu’à récemment l’un des plus beaux tunnels végétaux du réseau du Midi. »



Car ce patrimoine vivant est aujourd’hui menacé par le chancre coloré, un champignon microscopique qui s’attaque exclusivement aux platanes. Apparue sur le canal du Midi au début des années 2000, cette maladie incurable entraîne inexorablement la mort des arbres contaminés. Pour éviter sa propagation, les sujets atteints doivent être abattus puis détruits selon un protocole sanitaire très strict.
À visiter aux environs
Sur la commune de Sallèles-d’Aude, le musée Amphoralis mérite une halte. Installé sur le site archéologique d’un important atelier de potiers gallo-romains, il témoigne du rôle majeur joué par la région de Narbonne dans l’activité économique et industrielle durant l’Antiquité.

Le musée permet de découvrir les vestiges des fours, des ateliers de fabrication et des habitations des artisans qui produisaient notamment les amphores destinées au transport du vin et d’autres marchandises à travers l’Empire romain. Une visite passionnante qui plonge le visiteur au cœur d’une véritable entreprise antique, à quelques pas seulement du canal de Jonction.
Le site de Gailhousty

Le site de Gailhousty constitue l’un des ensembles hydrauliques les plus remarquables du canal de Jonction. Il réunit plusieurs ouvrages d’une grande qualité architecturale, conçus pour répondre à une contrainte majeure : la maîtrise des crues de l’Aude, dont les débordements ont toujours représenté une menace pour la navigation et les terres environnantes.

Cette partie du canal de Jonction est en effet aménagée dans le champ naturel d’expansion des crues du fleuve. Les différents aménagements réalisés à Gailhousty permettent ainsi de protéger le canal tout en contrôlant l’écoulement des eaux lors des épisodes les plus violents.
L’écluse de Gailhousty
Dernière écluse du canal de Jonction avant la traversée de l’Aude, l’écluse de Gailhousty est également la plus monumentale. Dotée d’un seul sas, elle permet de franchir un dénivelé d’environ trois mètres.

Son rôle ne se limite pas à la navigation. Elle participe également à la protection du canal contre les crues du fleuve. En amont, le canal est protégé par un système de digues qui l’accompagne jusqu’à Sallèles-d’Aude. En aval, un vaste espace appelé épanchoir a été aménagé pour pouvoir être volontairement submergé lors des fortes crues, limitant ainsi les risques pour les ouvrages et les zones habitées.
Le pont de Gailhousty
Situé sur la tête aval de l’écluse, le pont de Gailhousty se distingue par l’élégance de son architecture. Sa voûte en arc surbaissé et ses quatre escaliers en quart de cercle disposés à chaque angle lui confèrent une silhouette particulièrement harmonieuse.



Au-delà de ses qualités esthétiques, cet ouvrage répond à une fonction pratique essentielle. Il permettait aux agents chargés de la surveillance du canal d’accéder rapidement à tous les points stratégiques du site afin de manœuvrer les dispositifs de protection lors des périodes de crue. Intégré au système d’endiguement, le pont contribue lui aussi à la défense du canal face aux plus fortes montées des eaux de l’Aude.
L’épanchoir de Gailhousty
Entre l’écluse de Gailhousty et l’Aude se dresse un impressionnant bâtiment de près de 30 mètres de long, construit sur la rive gauche du canal.

Côté canal, sa façade est percée de hautes ouvertures verticales qui plongent dans l’eau. À l’arrière, cinq grandes arcades s’ouvrent sur un canal d’évacuation appelé la Saignée.

Long d’environ 8 kilomètres, ce canal conduit les eaux excédentaires vers l’étang de Capestang. Lors des fortes crues de l’Aude, l’épanchoir permet ainsi d’évacuer une partie des eaux et de protéger le canal de Jonction ainsi que ses ouvrages.
Aujourd’hui encore, l’épanchoir de Gailhousty constitue un élément majeur du système hydraulique du canal de Jonction et rappelle l’importance de la maîtrise de l’eau dans l’histoire de la navigation intérieure.
La cale sèche de Gailhousty
La cale sèche de Gailhousty a été aménagée dans les années 1980 afin de remplacer celle de Sallèles-d’Aude, disparue lors des travaux de modernisation du canal.

Ces aménagements avaient notamment pour objectif l’allongement des écluses, ce qui a entraîné la destruction de certains équipements anciens. La nouvelle cale sèche a ainsi été construite à Gailhousty pour maintenir une zone de mise à sec et d’entretien des bateaux.
Elle s’inscrit aujourd’hui dans l’ensemble des ouvrages du site, en complément des dispositifs hydrauliques et de navigation du canal de Jonction.
De Gailhousty à Moussoulens : quand le canal emprunte la rivière
Après l’écluse de Gailhousty, le canal de Jonction touche à sa fin, on quitte momentanément le monde feutré des canaux pour rejoindre la rivière Aude.
Cette particularité fait de ce secteur l’un des plus originaux du réseau fluvial languedocien. Ici, les eaux du canal de Jonction confluent avec celles de l’Aude, obligeant les embarcations à parcourir un court tronçon sur le fleuve avant de retrouver un canal artificiel.
À peine sorti de l’écluse, le bateau s’engage sur la rivière et passe sous le viaduc ferroviaire du Gailhousty. Cette traversée ne mesure que quelques centaines de mètres, mais elle offre un changement d’ambiance saisissant. Les berges rectilignes du canal laissent place à un cours d’eau plus large et plus naturel, témoin du rôle historique de l’Aude dans les échanges et le commerce du Narbonnais.


Cette navigation est rendue possible grâce au barrage de Moussoulens qui maintient un niveau d’eau suffisant pour permettre le passage des bateaux entre les deux canaux.
Au bout de cette courte incursion fluviale apparaît l’écluse de Moussoulens. Construite pour protéger Narbonne et le canal des caprices de l’Aude, cette imposante écluse de garde marque l’entrée du canal de la Robine.

À partir de ce point, une nouvelle aventure commence. Le canal de la Robine déroule alors ses 31 kilomètres vers Narbonne, les anciens marais littoraux, puis Port-la-Nouvelle et la Méditerranée.










