Estrémadure,  Urbex Espagne

Une journée en Estrémadure : d’Almansa à Peloche

Depuis deux jours déjà, nous sommes installés à Herrera del Duque. Une petite ville tranquille d’Estrémadure, posée là sans agitation inutile, entourée de collines sèches et de plaines agricoles. Le genre d’endroit où l’on prend vite le rythme local : lent, mesuré, presque méditatif.

Ce jour-là, nous partons tôt vers Almansa, attirés par ce village abandonné dont on nous a parlé comme d’un rêve interrompu.

La route traverse une campagne large et silencieuse. Les champs s’étendent à perte de vue, découpés par d’anciens canaux d’irrigation. On sent que cette terre a été travaillée avec méthode et ambition. Ici, rien n’est laissé au hasard… du moins, pas à l’origine.

Almansa apparaît sur une légère élévation, dominant la vallée. Le village semble posé là comme une vigie oubliée. En entrant, le silence s’impose immédiatement. Les maisons aux arcades, les entrepôts, l’école, l’église : tout est encore lisible, structuré, presque ordonné. On comprend vite que ce lieu n’est pas né par hasard.

Dans les années 1950, Almansa fut un projet audacieux : un complexe agro-industriel moderne, porté par Don Eusebio González, dans le sillage du plan Badajoz. Des familles venues d’Alía, de Castilblanco, de Valdecaballeros ou de Guadalupe s’y installèrent pour travailler une terre fertile, tester des machines importées d’Allemagne et des États-Unis, et bâtir un avenir collectif.

En 2011, pourtant, tout cela appartient déjà au passé.
Très vite, les panneaux se multiplient : risque d’effondrement, accès interdit, propriétés privées.

Le décor est posé.
Cela ne nous empêche pas de flâner le long de la route principale, depuis laquelle on embrasse l’essentiel du village. Sur le versant droit, le bâtiment dominant la colline est en ruine, presque entièrement éventré, comme si le temps avait insisté davantage ici qu’ailleurs.
En face, un édifice plus structuré attire le regard ; la tour centrale laisse penser qu’il s’agissait autrefois de l’hôtel de ville.
En tournant à gauche, nous débouchons sur l’ancienne place. Une fontaine asséchée occupe le centre, figée dans un silence épais. L’église apparaît un peu plus loin. L’accès à l’intérieur est interdit, mais la façade mérite qu’on s’y attarde : les arches d’origine du portique sont encore lisibles, et la porte est ornée d’étoiles à six branches, détail inattendu qui interroge et intrigue.
Le village est presque désert, sans être totalement abandonné. On aperçoit parfois une silhouette derrière une fenêtre, ou des moutons rassemblés dans une bergerie. La vie s’est retirée, mais elle n’a pas complètement disparu.
À droite de l’église, l’intérieur d’un fenil s’ouvre brièvement au regard. Juste à côté, sur une façade fatiguée, quelques carreaux représentent saint Isidore, survivance modeste mais tenace d’un passé agricole encore proche.

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Autour d’Almansa, les parcelles agricoles sont toujours visibles. Les canaux sont là, silencieux, témoins d’une organisation rigoureuse. . Et puis la chute brutale, après la disparition de son fondateur, quand l’élan collectif s’est dissous.

📍 Coordonnées GPS :
➡️ Latitude : 39.3387° N
➡️ Longitude : -5.1754° W
🔎 Altitude : environ 395 m
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En suivant le chemin jusqu’à son terme, la route nous mènera finalement vers Guadalupe, refermant cette parenthèse hors du temps.

Almansa n’est pas seulement abandonnée : elle est suspendue dans le temps.


En repartant, nous faisons une halte à Castilblanco. Le contraste est saisissant. Ici, la vie continue. Les habitants se croisent, les volets sont ouverts, le village respire. Après Almansa, Castilblanco rappelle que tout ne disparaît pas en Estrémadure — certains lieux résistent, simplement parce qu’ils ont su rester vivants.

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La journée se termine à un endroit totalement inattendu : Les berges de Peloche. Il s’agit plutôt des berges de l’embalse, avec quelques zones où l’on peut s’approcher de l’eau, des coins de sable clair mêlés aux cailloux, des herbes hautes, une ambiance brute et naturelle. Rien d’aménagé, rien de balisé.

Mais le charme est là.
Après la chaleur de la journée, l’eau apporte une fraîcheur bienvenue. On s’assoit, on regarde le soleil décliner, presque surpris de se retrouver là, loin de la mer, dans cette Estrémadure que l’on n’imaginait pas offrir ce genre de pause.

La boucle est parfaite.
Une ville fantôme, un village vivant, et une fausse plage pour conclure. Une journée faite de contrastes, de mémoire et de simplicité — exactement ce que l’Estrémadure sait offrir à ceux qui prennent le temps de s’y perdre un peu.