Kampong Cham

La communauté des Chams

.Les Chams, une minorité musulmane au Cambodge

Les Chams sont une communauté musulmane relativement méconnue qui vit au Cambodge depuis plusieurs siècles.

Originaires du royaume de Champa, installé autrefois sur une partie du territoire de l’actuel Vietnam, les Chams sont arrivés au Cambodge par plusieurs vagues de migrations. La chute de Vijaya, capitale de Champa, en 1471, provoqua notamment un important déplacement de populations vers le royaume khmer. D’autres migrations se poursuivirent au cours des siècles suivants, jusqu’à la disparition définitive de Champa au XIXe siècle.

Au Cambodge, ils se sont principalement installés le long du Mékong et du Tonlé Sap. Le fleuve occupe une place centrale dans leur histoire et leur mode de vie. Beaucoup de villages chams étaient établis sur les rives des cours d’eau et la pêche constituait traditionnellement une activité économique majeure.

Mais les Chams ne sont pas uniquement des pêcheurs. Ils ont également exercé de nombreux métiers : agriculteurs, commerçants, artisans, éleveurs et, fait plus surprenant, bouchers.

Cette dernière activité mérite une explication. Dans la société khmère bouddhiste, le principe de ne pas tuer les êtres vivants occupait une place importante. Cela n’empêchait évidemment pas la consommation de viande, mais l’abattage pouvait être confié à des personnes appartenant à d’autres communautés.

Les Chams ont ainsi traditionnellement occupé, dans certaines régions, le métier de boucher pour leurs voisins khmers. Une étude consacrée au Cambodge le mentionne explicitement : les Chams étaient notamment connus pour abattre le bétail destiné à leurs voisins khmers bouddhistes.

Ce rôle économique est intéressant car il montre une forme d’interdépendance entre les deux communautés. Les Chams conservaient leur identité religieuse et culturelle tout en occupant une place bien particulière dans l’économie locale.

Les Chams d’Imam San

Mais parmi les Chams du Cambodge, certains pratiquent une forme d’islam particulièrement originale : les Imam San, également appelés Kan Imam San.

Ils représentent une branche minoritaire de la population cham et ont conservé des traditions religieuses qui les distinguent fortement des musulmans sunnites majoritaires du pays.

Chez eux, la pratique religieuse est organisée différemment. Les membres ordinaires de la communauté ne pratiquent traditionnellement pas les cinq prières quotidiennes du sunnisme. La prière communautaire a lieu le vendredi, dans la mosquée.

Les Imam San se désignent d’ailleurs parfois comme les « Sept », en référence aux sept jours de la semaine, tandis qu’ils désignent les musulmans sunnites comme les « Cinq », en référence à leurs cinq prières quotidiennes.

La mosquée possède également une dimension initiatique. Dans certaines communautés, seuls les hommes ayant reçu une initiation religieuse peuvent entrer dans la mosquée et participer à la prière. Les autres restent à l’extérieur.

Cette tradition particulière témoigne de la manière dont l’islam s’est mêlé, au fil des siècles, aux anciennes traditions culturelles et religieuses cham.

À Kampong Cham

C’est justement à Kampong Cham que nous avons rencontré des Chams.

De l’autre côté du Mékong, face à la ville, leurs habitations s’étendent au bord du fleuve, dans le secteur de Tonlé Bet.

Ici, le Mékong n’est pas simplement un décor. Il fait partie de leur quotidien. Les maisons sont installées au plus près de l’eau, les embarcations sont amarrées devant les habitations et la pêche reste une activité importante.

En regardant ces villages depuis l’autre rive, on pourrait presque oublier l’histoire mouvementée de ce peuple. Derrière ces maisons du bord du Mékong se trouve pourtant l’histoire d’un ancien royaume, de migrations successives, d’une identité religieuse particulière et d’une communauté qui a réussi à conserver ses traditions tout en trouvant sa place dans la société cambodgienne.

C’est peut-être cela qui m’a le plus frappé chez les Chams : leur histoire ne se lit pas seulement dans les livres. Elle est encore là, devant nous, dans leurs maisons, leurs bateaux, leurs métiers et dans le va-et-vient tranquille du Mékong.

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