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La prostitution

La réputation sulfureuse de la Thaïlande en matière de prostitution n’est plus à faire…

​Depuis la fin des années 1980, les magazines télévisés à la recherche d’audience nous resservent régulièrement le même couplet sur le tourisme sexuel et la misère sentimentale de l’Occident. Cet article n’a pas pour objectif de décerner à la Thaïlande le titre de « plus gros bordel d’Asie », ni de trancher s’il faut interdire ou non la prostitution. Le but est simplement de comprendre le phénomène au-delà des clichés.

​Les gouvernements successifs aiment affirmer leur volonté d’éradiquer ce commerce — qui entacherait l’image du pays — pour privilégier un tourisme exclusivement familial. Difficile de croire à de telles annonces, plus proches de la démagogie politique que d’un réel projet d’avenir. Comment changer des habitudes culturelles si profondément ancrées, tant chez les voyageurs de passage que chez les locaux ? De plus, si ce secteur venait à être brutalement interdit, on imagine mal le sort des centaines de milliers de travailleurs sexuels qui dépendent de cette économie…


Une industrie ancrée dans l’Histoire

​Il faut savoir que la prostitution en Thaïlande fut institutionnalisée dès la fin du XVIIe siècle par le pouvoir royal, en raison des taxes et des revenus qu’elle procurait. Plus tard, l’industrie du sexe a explosé lors des guerres de Corée et du Vietnam, lorsque les militaires américains venaient en masse à Pattaya pour leurs périodes de repos (R&R). Dans les années 1990, une enquête universitaire révélait même que ce secteur représentait jusqu’à 14 % du PIB national.

​Le grand public l’ignore souvent, mais la demande locale est bien supérieure à la demande touristique. Pour les hommes thaïlandais, la sexualité est perçue comme un divertissement sans tabou religieux lourd. Aller au salon de massage ou fréquenter un karaoké (qui sert rarement juste à chanter) n’a rien de honteux. Historiquement, y perdre sa virginité constituait un rite initiatique, et s’y retrouver entre collègues, une forme de socialisation ordinaire.


La fin de l’impunité pour les réseaux criminels

​Si le gouvernement ferme les yeux sur le marché des adultes pour des raisons financières, un énorme progrès a en revanche été fait concernant la lutte contre la pédophilie. Sans prétendre qu’elle soit éradiquée à 100 %, elle ne se pratique plus du tout au grand jour comme dans les années 70-80. Sous la pression internationale, la police sévit et sanctionne lourdement. Les criminels sexuels n’ont plus carte blanche.

Malheureusement, si ces réseaux s’essoufflent en Thaïlande, ils ont tendance à déplacer leurs ramifications vers des pays voisins, actuellement moins regardants ou moins armés pour surveiller leurs frontières.


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