Canal du midi,  Lieux à Port la Nouvelle

Le canal de la Robine

Le canal de la Robine est une véritable artère vivante : tantôt urbain à Narbonne, tantôt nature au cœur des lagunes, il accompagne chaque pas de celui qui prend le temps de le suivre.

Long de 31 kilomètres, le canal de la Robine assure un lien entre le canal du Midi et la mer Méditerranée. Juste après le canal de Jonction, il débute à Moussoulens, passe par Narbonne et finit à Port-La-Nouvelle.
Les canaux de Jonction et de la Robine sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO au titre du Bien « canal du Midi ». 

Né à Narbonne, j’ai toujours vu ce canal comme une veine qui irrigue ma ville, un miroir d’eau où se reflètent les façades, les platanes et les histoires de générations passées. Ici, on peut louer des bateaux électriques ou de plaisance, embarquer à bord d’une gabarre pour une balade commentée, ou tout simplement flâner à pied ou à vélo le long de ses berges ombragées.

La gabarre est une embarcation de transport à fond plat, elle était utilisée pour acheminer les marchandises sur les rivières et les canaux avant l’arrivée du chemin de fer et du transport routier.


Un peu d’histoire

Le mot « Robine » vient de l’occitan roubine, qui signifie « canal ». Pourtant, la Robine est bien plus ancienne que le canal que nous connaissons aujourd’hui. Elle suit en grande partie l’ancien lit de l’Aude, alors appelée Atax, que les Romains empruntaient déjà pour rejoindre Narbo Martius, l’un des plus importants ports de la Gaule romaine. Cette voie d’eau permettait de relier la ville à la mer et jouait un rôle essentiel dans le commerce antique.

Au Moyen Âge, après les divagations et les changements de cours de l’Aude, cet ancien bras du fleuve devient progressivement la Robine. Dès le XIVᵉ siècle, il est aménagé pour alimenter les moulins et soutenir l’activité économique de la ville.

Avec le succès du Canal du Midi, inauguré en 1681, l’idée d’intégrer Narbonne au grand réseau de navigation du Languedoc s’impose. En 1686, sous l’impulsion de Vauban, l’ancien bras de l’Aude est réaménagé et rendu navigable. Un premier tronçon relie alors Narbonne à l’Aude au niveau de l’écluse et de l’épanchoir du Gailhousty.

La liaison avec le Canal du Midi ne sera toutefois achevée qu’un siècle plus tard, en 1787, avec l’ouverture du canal de Jonction, permettant enfin aux bateaux de rejoindre directement Narbonne depuis Toulouse et la Méditerranée.

On pourrait donc résumer ainsi :
– Époque romaine (IIᵉ siècle av. J.-C.) : bras navigable de l’Aude reliant Narbonne à la mer.
– XIVᵉ siècle : l’Aude change de cours, l’ancien lit devient la Robine.
– 1686 : aménagement de la Robine par Vauban pour la navigation moderne.
– 1787 : ouverture du canal de Jonction, qui raccorde enfin directement la Robine au canal du Midi.

Conclusion: La Robine est bien plus ancienne que le canal du Midi. Le canal du Midi est une création du XVIIᵉ siècle, tandis que la Robine suit une voie d’eau utilisée depuis plus de 2 000 ans. C’est ce qui la rend si particulière dans l’histoire de Narbonne.


Le site de Moussoulens : une écluse et une porte de garde contre les crues de l’Aude

Situé à l’entrée du canal de la Robine, au point de jonction avec l’Aude, le site de Moussoulens constitue un ouvrage stratégique pour la navigation et la protection contre les inondations. L’écluse de Moussoulens a été construite entre 1690 et 1724 sous la direction de l’ingénieur Antoine de Niquet, afin de permettre aux bateaux de franchir les différences de niveau entre la rivière et le canal.

Contrairement à de nombreux canaux alimentés de manière indépendante, le canal de la Robine est directement relié à l’Aude. Il subit donc les mêmes variations de niveau que le fleuve, notamment lors des épisodes de crues parfois violentes qui caractérisent la région.

Pour protéger le canal et les territoires situés en aval, une porte de garde a été aménagée à Moussoulens. Son rôle est d’isoler le canal de la rivière lorsque les eaux de l’Aude deviennent menaçantes, évitant ainsi que les crues ne se propagent jusqu’à Narbonne et aux communes riveraines.

L’importance de cet ouvrage apparaît de façon spectaculaire lors de la crue historique d’octobre 1940. Les eaux submergent alors l’écluse et provoquent d’importantes inondations à Narbonne. À la suite de cet événement, les portes de l’écluse sont rehaussées d’environ 4,60 mètres grâce à une structure en béton destinée à renforcer la protection contre les débordements.

En 1978, l’écluse est modernisée et allongée afin d’être adaptée au gabarit Freycinet. Sa longueur est portée à 40 mètres, permettant ainsi le passage de péniches plus importantes et assurant la continuité de la navigation commerciale et touristique.

Aujourd’hui, le site de Moussoulens s’intègre dans un vaste dispositif de protection contre les crues de l’Aude. Des digues édifiées sur la rive droite du canal protègent Narbonne et les zones environnantes. Le canal constituant naturellement une ouverture dans cette ligne de défense, la porte de garde joue un rôle essentiel en permettant de fermer cette « brèche » lorsque les conditions l’exigent.

La porte de garde de Moussoulens : un dispositif de protection adaptable

Le fonctionnement de la porte de garde varie selon le niveau de l’Aude et s’adapte à l’intensité des crues.

Cas n°1 : absence de crue

Lorsque l’Aude est à un niveau normal, aucune isolation n’est nécessaire entre la rivière et le canal. Les portes amont et aval de l’écluse restent ouvertes. Les bateaux franchissent alors l’ouvrage sans manœuvre particulière, comme si l’écluse n’existait pas.

Cas n°2 : crue modérée

Lorsque le niveau de l’Aude s’élève, l’écluse est mise en service. Les portes permettent d’isoler le canal des variations de la rivière tout en maintenant la navigation. Les bateaux peuvent continuer à circuler grâce au fonctionnement normal de l’écluse.

Cas n°3 : crue importante

Lorsque l’Aude atteint un niveau jugé dangereux, la priorité devient la sécurité des personnes et la protection des territoires situés en aval. Les portes de garde sont alors fermées afin d’isoler totalement le canal de la rivière. La navigation est interrompue jusqu’au retour de conditions plus favorables.

Par son ingénieux système de portes et son rôle dans la gestion des eaux, le site de Moussoulens demeure aujourd’hui l’un des ouvrages hydrauliques les plus importants du canal de la Robine, illustrant trois siècles d’adaptation aux caprices de l’Aude.


L’aménagement du canal de la Robine au fil du temps

À la fin du XVIIᵉ siècle, d’importants travaux sont entrepris pour rendre la Robine pleinement navigable. À cette époque, le cours d’eau correspond encore en grande partie à l’ancien lit de l’Aude, dont les nombreux méandres ralentissent la circulation des bateaux. Afin d’améliorer la navigation, plusieurs boucles du fleuve sont coupées et le chenal est aménagé pour offrir un tracé plus direct et une profondeur suffisante.

Trois écluses sont alors construites afin de réguler le niveau de l’eau et garantir un tirant d’eau adapté à la navigation :

  • l’écluse de Raônel ;
  • l’écluse du Gua ;
  • l’écluse de la Charité.

Cette dernière, située au cœur de Narbonne, joue un rôle essentiel puisqu’elle permet aux embarcations d’accéder au Port des Barques, principal port urbain de la cité. Pendant plusieurs siècles, marchandises, voyageurs et activités commerciales transitent ainsi au centre même de la ville.

L’écluse de Moussoulens a été aménagée un peu plus tard, au début du XVIIIᵉ siècle.


Narbonne, la magnifique

Le canal traverse le centre historique de Narbonne, donnant au cœur de ville une atmosphère unique. La Promenade des Barques et le cours Mirabeau l’entourent, invitant à la flânerie. Depuis la passerelle, on contemple le Pont des Marchands, l’un des rares ponts habités de France, toujours vibrant d’activité.

Mise a jour en 2022.
De là, tout est à portée de pas :

  • vers l’est, le musée Narbo Via dévoile les secrets de la Narbonne romaine. (le musée a ouvert au public le 19 mai 2021)
  • vers l’ouest, le jardin médiéval du Moulin du Gua plonge dans l’univers des plantes médicinales et magiques du Moyen Âge.
  • et au cœur du marché, les Halles de Narbonne battent comme une seconde Robine : effluves de charcuterie, fromages affinés, poissons de Méditerranée, fruits éclatants… une cathédrale gourmande.

Tout près encore, le Port de Narbonne aligne ses quais paisibles, rappelant que la Robine fut aussi un axe de commerce et d’échanges.


Le pont des marchands Narbonne

👉Découvre l’histoire du pont des Marchands de Narbonne


Vers la mer : de Narbonne à Port-la-Nouvelle

En quittant la ville, la Robine se fait plus sauvage.

Elle traverse les lagunes, frôle les étangs et se laisse encadrer par les reliefs de la Clape et des îles au loin.

À chaque détour, un paysage nouveau s’offre, mélange de garrigues, de vignes et de ciel immense.


Les écluses de Mandirac et de Sainte-Lucie

Pendant longtemps, la navigation dans cette vaste zone lagunaire s’est révélée délicate. Les niveaux d’eau, fortement influencés par les saisons, les vents marins et les apports d’eau douce, variaient constamment, entraînant un manque récurrent de profondeur qui limitait le passage des embarcations

Écluse de Mandirac

Afin de remédier à ces problèmes, l’écluse de Mandirac est construite en 1806. Son aménagement permet de mieux contrôler les niveaux d’eau sur cette partie du canal et d’assurer un mouillage suffisant pour la navigation.

Écluse Sainte Lucie

Quelques décennies plus tard, le développement du trafic fluvial et maritime conduit à la réalisation d’un nouvel ouvrage. En 1872, l’écluse de Sainte-Lucie est mise en service à proximité de l’île du même nom. Elle facilite les échanges entre le canal et les espaces lagunaires proches de Port-la-Nouvelle, tout en améliorant la régulation des niveaux d’eau.

Grâce à ces deux ouvrages, la navigation devient plus sûre et plus régulière sur la partie aval du canal de la Robine. Ils contribuent au développement économique de la région en favorisant le transport des marchandises entre Narbonne, les étangs littoraux et la Méditerranée. Aujourd’hui encore, les écluses de Mandirac et de Sainte-Lucie demeurent des éléments essentiels du fonctionnement hydraulique et patrimonial du canal.


L’île de Sainte-Lucie

À l’approche de Port-la-Nouvelle, le canal longe l’île de Sainte-Lucie, joyau du Parc naturel régional de la Narbonnaise. Ses salins, classés Réserve naturelle régionale, offrent un décor changeant au fil des saisons : flamants roses, salicornes, miroirs d’eau salée.Sainte-Lucie se découvre à pied, à vélo ou en bateau. Chaque visite est différente : l’île surprend par la diversité de ses paysages, entre lagunes, pinèdes, anciens marais salants et plages secrètes.

👉 Visite de l’île de Sainte Lucie


👉 Chaque étape du canal de la Robine raconte un morceau d’histoire, de nature et de vie narbonnaise. C’est un fil d’eau qui relie la mémoire des Romains, l’ingéniosité des ingénieurs, et la douceur des balades d’aujourd’hui.


De Carcassonne à Sète

Je t’invite à suivre le canal du Midi à travers les paysages du Languedoc. Entre histoire, patrimoine et nature, le voyage mène des remparts de la cité médiévale aux eaux de l’étang de Thau, en passant par les écluses, les villages vignerons, le canal de Jonction et la Robine, témoins du génie de Pierre-Paul Riquet et de l’histoire fluviale de la région.

👉 Promenade Le long du Canal du Midi de Carcassonne à Sète