Salamanque

La cathédrale de Salamanque

La cathédrale de Salamanque est un monument unique en Espagne, remarquable par sa structure particulière qui lui permet de conserver son extension postérieure ; elle renferme en effet à la fois la « vieille » cathédrale et son extension, la « nouvelle ». Cette singularité lui confère une grande valeur architecturale, car au lieu de démolir la partie ancienne pour ∆, il a été décidé de préserver au mieux sa structure existante et de construire par-dessus. On peut donc dire qu’il y a deux cathédrales en une. De ses terrasses et de ses tours, on jouit d’une vue panoramique sur la ville. Elle fut construite en même temps que l’université, témoignant du savoir de tous les professeurs qui y enseignèrent dans ses salles de classe inconfortables et froides


La Nouvelle Cathédrale de Salamanque

La « nouvelle » cathédrale, dont le nom complet est cathédrale de l’Assomption de la Vierge Marie, est un édifice du XVIᵉ siècle de style gothique. Sa construction, ordonnée par Ferdinand II d’Aragon, débute en 1513… pour ne s’achever que deux siècles plus tard. Une patience presque monastique.

Avec ses dimensions imposantes, elle figure parmi les plus grandes cathédrales d’Espagne. Son clocher, culminant à 92 mètres, domine la ville comme un phare de pierre.

À l’époque, l’essor de Salamanque et la renommée croissante de son université rendaient nécessaire un édifice plus vaste. Le tremblement de terre de 1755 causa d’importants dégâts, mais aujourd’hui, rien ne laisse vraiment deviner cette blessure passée.

On peut d’ailleurs apercevoir les cathédrales depuis certains coins inattendus de la ville, notamment du côté de San Esteban, où elles surgissent presque par surprise. (Statue de Jean de la Croix à Salamanque)


L’extérieur de la cathédrale

Aujourd’hui, l’entrée principale se fait par la Puerta de Ramos, située au nord. Elle s’ouvre sur la Plaza de Anaya, avec le palais du même nom en vis-à-vis.

Le portail de Ramos présente un ensemble iconographique remarquable, notamment le groupe sculptural représentant l’entrée de Jésus à Jérusalem, ainsi que les évangélistes encadrant la porte. À l’instar du portail ouest, il associe des sculptures des XVIIe et XVIIIe siècles, ces dernières correspondant aux figures évoquées. Fidèle au principe de mise en valeur du contexte historique lors des restaurations, une série d’éléments contemporains a été intégrée en 1993.

C’est à cette occasion qu’un détail pour le moins inattendu a fait son apparition : un astronaute. Une signature discrète, presque malicieuse, laissée par le sculpteur Jerónimo García, dans la grande tradition des artisans qui glissent un fragment de leur époque dans la pierre des siècles passés.
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Autre porte au nord. Moins connue et sans figure emblématique pour attirer les regards, elle a les mêmes lignes élégantes et le même esprit décoratif que la porte Sud. Souvent éclipsée par sa voisine et son astronaute, elle mérite qu’on s’y attarde un instant, comme un écho silencieux.


Nichée dans une rue étroite et faisant face au palais épiscopal, cette façade forme un véritable livre de pierre. La richesse des détails y est saisissante : au-dessus des portes se déploient les scènes de la Nativité et de l’Épiphanie, abritées sous une grande arche en ogive dominée par un impressionnant Calvaire, encadré des figures de saint Pierre et saint Paul. L’ensemble mêle harmonieusement les sculptures du XVIe et du XVIIe siècle, composant un programme iconographique d’une remarquable richesse.

La Puerta del Nacimiento (porte de la Nativité), dont les deux battants composent l’entrée principale, est la plus utilisée. C’est la porte “officielle”, celle que prennent la plupart des visiteurs… souvent sans imaginer qu’ils franchissent bien plus qu’un seuil, mais une véritable page d’histoire sculptée.


La porte sud, quant à elle, s’ouvre sur la Plaza de los Leones.

C’est d’ailleurs un petit tour de passe-passe architectural assez élégant : la nouvelle et la vieille cathédrale sont accolées, presque imbriquées comme deux chapitres d’un même livre. On passe de l’une à l’autre sans toujours s’en rendre compte… sauf quand le style change brusquement de ton.


L’intérieur de la cathédrale.

Dès que l’on franchit le seuil de la Nouvelle cathédrale de Salamanque, le silence s’impose presque naturellement. Le regard se perd dans les hauteurs, happé par les voûtes élancées et la lumière qui filtre doucement à travers les vitraux.

La cúpula (ou dôme) de la Catedral Nueva de Salamanca est l’un des éléments les plus impressionnants de l’édifice. Elle couronne la croisée du transept et s’élève sur un tambour octogonal percé de fenêtres, laissant filtrer la lumière sur l’intérieur gothique et baroque de la cathédrale.


Son architecture combine les influences tardives du gothique avec des touches du style baroque, particulièrement visibles dans la décoration sculptée du lanternon et des arcs qui soutiennent le dôme. La cúpula offre ainsi un point focal central, à la fois pour la structure et pour la lumière, attirant immédiatement le regard vers le ciel lorsque l’on pénètre dans la cathédrale.

Le Chœur des chanoines, situé dans le chœur central de la cathédrale, est un espace d’une grande solennité. Entouré de stalles finement sculptées, il était réservé aux chanoines lors des offices et des cérémonies liturgiques.

Chaque stalle est ornée de motifs sculptés représentant des scènes bibliques, des saints ou des symboles religieux, témoignant du savoir-faire des artisans de l’époque.

Le chœur central est magnifiquement encadré par deux orgues qui témoignent de la richesse de la musique sacrée espagnole.

Du côté de l’épître, une orgue de style Renaissance.

Du côté de l’évangile, le grand orgue baroque de Pedro Manuel de LIBORNA ECHEVARRÍA , construit entre 1742 et 1744 et considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de cette époque.

Ces deux instruments, complémentaires, ne sont pas seulement des chefs-d’œuvre de facture : ils transforment le chœur en un espace où la musique dialogue avec la sculpture et la lumière.


Les chapelles

La chapelle principale ou « Capilla Mayor » de la cathédrale, constitue le cœur liturgique de l’édifice, elle abrite le maître-autel, véritable centre spirituel et artistique, entouré de stalles richement sculptées et de retables baroques qui captent immédiatement le regard.

La chapelle est éclairée par de grands vitraux qui laissent filtrer une lumière douce, mettant en valeur les dorures, les peintures et les détails architecturaux.

Les autres chapelles

De part et d’autre, les chapelles se succèdent, chacune avec sa propre identité. Certaines sont sobres, d’autres richement décorées, mais toutes racontent une histoire, à travers retables dorés, statues et jeux de lumière.

La chapelle d’Orée reste sans doute la plus saisissante. Les figures d’Adam et Ève y côtoient celles de patriarches, d’apôtres, de saints, mais aussi de sibylles et de prophètes, composant un ensemble d’une richesse symbolique remarquable. Nichée dans une niche murale, la représentation de la mort frappe par son réalisme troublant, presque dérangeant. Dominant l’ensemble, la scène du Calvaire s’impose avec force, sur fond d’une remarquable peinture d’Adiosdado de Olivares, donnant à ce retable une intensité à la fois artistique et spirituelle.

Très bien, on enchaîne doucement, comme une visite qui se poursuit sans faire de bruit 🙂

La chapelle de la Solitude invite au recueillement, avec une atmosphère plus intime où la figure de la Vierge seule face à la souffrance prend toute sa dimension. La chapelle du Christ des Batailles, plus chargée d’histoire, évoque la protection divine invoquée lors des conflits, autour d’une représentation du Christ empreinte de force et de gravité. Quant à la chapelle Notre-Dame des Douleurs, elle touche par son intensité émotionnelle, centrée sur la douleur de Marie, offrant un espace où la foi se mêle profondément à l’émotion humaine.

Les sacristies.

Les sacristies de la cathédrale, souvent discrètes aux yeux des visiteurs, jouent pourtant un rôle essentiel. Ce sont des espaces fonctionnels où sont conservés les objets liturgiques, les vêtements sacerdotaux et les trésors nécessaires aux cérémonies. Mais au-delà de leur usage, elles révèlent aussi un certain raffinement, avec un mobilier travaillé et parfois de belles œuvres d’art, prolongeant, dans une atmosphère plus feutrée, la richesse et l’élégance du reste de l’édifice.

Ce qui me frappe dans cette cathédrale, c’est l’impression d’espace et de verticalité. Tout semble conçu pour élever le regard… et peut-être aussi l’esprit.


Plan de la nouvelle cathédrale .

Légende :

1- Chapelle principale
2- Chœur des chanoines
3- Chapelle Saint-Clément
4- Chapelle de don Diego de Neyla & portail des Rameaux
5- Chapelle de Almansa ou de saint Jacques et sainte Thérèse
6- Chapelle de la Vierge de la Vérité
7- Chapelle de saint Antoine
8- Porte Nord
9- Chapelle de la Virgen de la Cabeza
10- Chapelle de San Tirso ou de Notre-Dame de Lourdes
11- Chapelle de la Virgen del Pilar
12- Chapelle de Notre Dame de la Soledad
13- Chapelle del Carmen ou du Christ des Batailles
14- Chapelle de San José
15- Chapelle del Sagrario
16- Chapelle de saint Nicolas de Bari
17- Accès aux sacristies
18- Chapelle du Nazaréen
19- Porte Sud sur le Patio Chico
20- Chapelle de la Vierge du Recours
21- Accès a l’ancienne Cathédrale
22- Chapelle del Presidente
23- Chapelle Dorée ou de Tous les Saints
24- Chapelle de saint Laurent
25- Clocher ou Torre de las Campanas
26- Portes latérales
27- Portail de la Nativité
28- Portes latérales
30- et 31 Sacristies
32- L’ancienne Cathédrale.


L’Ancienne Cathédrale de Salamanque

Juste à côté de sa grande sœur, presque collée à elle comme une mémoire que l’on n’a pas voulu effacer, se trouve l’ancienne cathédrale. Elle n’a pas d’entrée principale directe depuis l’extérieur pour les visiteurs. On y accède généralement en passant par la « Catedral Nueva ». Plus discrète, plus intime, elle est pourtant la plus ancienne, construite entre le XIIᵉ et le XIIIᵉ siècle dans un style roman avec des influences gothiques.

C’est dans son cloître que furent dispensés certains des premiers cours de l’université, celle-ci étant la plus ancienne institution d’Espagne à avoir reçu ce titre conféré par le pape à Rome.


Son élément le plus remarquable est sans doute sa coupole, surnommée la Torre del Gallo (tour du coq) ainsi nommée en raison de la girouette en forme de coq qui la surmonte.

Avec ses écailles de pierre et sa silhouette si particulière, elle attire immédiatement le regard. Elle semble posée là depuis des siècles, imperturbable, comme un vieux gardien veillant sur la ville.

Moins spectaculaire que la nouvelle cathédrale, son extérieur n’en est pas moins chargé de caractère. Ici, pas de démonstration, mais une élégance plus sobre, presque austère.


L’intérieur

En franchissant les portes de l’ancienne cathédrale de Salamanque, l’atmosphère change radicalement. La lumière est plus douce, les volumes plus contenus, et le temps semble ralentir.

Dans cette « vieille » église se trouve la chapelle des diplômes, ou chapelle Sainte-Barbe, où les étudiants passaient la nuit précédant leur soutenance de thèse pour méditer et solliciter les conseils de l’évêque Lucero en vue de cette épreuve difficile. L’échec à l’obtention du diplôme entraînait une stigmatisation que l’étudiant était contraint d’affronter publiquement.

L’un des plus beaux éléments de l’ancienne cathédrale est son retable, orné d’une cinquantaine de peintures, pour la plupart inspirées de l’œuvre du peintre Daniel (Dello) Deli. Tel une mosaïque complexe, cet immense tableau illustre différents chapitres du Nouveau Testament. Il permettait de transmettre les épreuves et les tribulations de Jésus tout au long de sa vie aux populations illettrées du XVe siècle. Ce texte est encore aujourd’hui cité comme un exemple du talent artistique de l’époque.

Les fresques, les chapiteaux sculptés, les pierres patinées par les siècles donnent au lieu une profondeur particulière. Les peintures religieuses sont réalisées directement sur les murs, et non sur des toiles ou des panneaux, ce qui leur donne une présence presque brute, ancrée dans la pierre.

On y découvre également plusieurs tombeaux et de petites chapelles disséminées le long des murs.

Ce qui marque ici, c’est le contraste avec la nouvelle cathédrale.


Plan de la vieille Cathédrale

1- La tour du coq
2- Maître-Autel
3- Le clocher et la chapelle de San Martín, sous la tour de la Nouvelle Cathédrale.
4- Torre Moka
5- Chapelle du Salvador ou Talavera
6- Chapelle Sainte-Barbe
7- Salles capitulaires, Musée
8- Chapelle Sainte-Catherine
9- Chapelle de San Bartolomé ou Anaya
10- Cloître
11- Porte principale
12- Porte de Santa Lucía
13- Porte des Carrosses
14- Porte de acre.
15- Accès Nouvelle Cathédrale