Street Art Narbonne

La gitane Almarita

La gitane Almarita, une fresque qui cache bien des secrets

Impossible de commencer ce parcours sans s’arrêter devant Almarita, l’une des fresques les plus célèbres de Narbonne. Réalisée en mai 2019 par AL Sticking, elle ne se contente pas d’offrir un magnifique portrait d’une femme gitane. Elle invite le visiteur à jouer les détectives.

Né en 1984 à Saint-Lô, AL Sticking débute le collage urbain dans les rues de Caen avant de s’installer à Montpellier en 2006. Son univers est peuplé de personnages populaires et profondément humains, porteurs d’histoires et d’émotions.

Avec Almarita, l’art prend une dimension supplémentaire : chaque détail a une signification.

L’artiste a lui-même révélé avoir dissimulé de nombreux symboles dans son œuvre : le Soleil, la cathédrale Saint-Just et Saint-Pasteur, le Temps (1332-2019), le peuple gitan, les serrures et surtout les clés, la Nature, les païens, La Rue Kétanou, les sans-papiers, les gens avec du cœur, la chatoyance, la belle étoile et les âmes vagabondes.

À chacun ensuite de partir à la chasse aux indices. Certains sautent aux yeux, d’autres sont beaucoup plus subtils.

Le nom Almarita n’a sans doute pas été choisi au hasard. C’est également le titre d’une chanson du groupe La Rue Kétanou, cité explicitement par AL Sticking parmi les symboles cachés. Les paroles évoquent « une robe de gitane », « ton cœur vole au vent » ou encore « ton âme en caravane », des images qui rappellent les âmes vagabondes, la liberté, le voyage, la vie bohème et les gens du voyage. Il est donc probable que plusieurs éléments de la fresque soient un clin d’œil à cette chanson, et pas uniquement au peuple gitan.

La clé qu’Almarita tient dans sa main renvoie naturellement aux serrures et aux clés. Son personnage incarne le peuple gitan. Les fleurs et les épis de blé évoquent la nature, tandis que la croix ornant sa ceinture rappelle la cathédrale Saint-Just et Saint-Pasteur.

Les boucles d’oreilles méritent également qu’on s’y attarde. Elles représentent deux horloges affichant 13 h 22 et 20 h 19, soit 1322 et 2019. La première date correspond à l’achèvement du chœur de la cathédrale, la seconde à l’année de réalisation de la fresque. Elles symbolisent ainsi le Temps, même si l’artiste évoque 1332-2019, une légère différence qui demeure aujourd’hui inexpliquée.

Et les autres indices ? Où se cachent le Soleil, les païens, les sans-papiers, les gens avec du cœur, la belle étoile ou encore les âmes vagabondes ? L’artiste n’a jamais livré toutes les réponses. À vous désormais d’ouvrir l’œil et de mener l’enquête devant cette œuvre fascinante.

Enfin, impossible de ne pas remarquer la signature visuelle d’AL Sticking : le corps d’Almarita est découpé en facettes géométriques, comme traversé par une diffraction de la lumière, un procédé devenu la marque de fabrique de l’artiste.

📍 Localisation : place de Verdun, à Narbonne derrière la poste.


Article du 4 août 2026:

Aujourd’hui, Narbonne met à l’honneur les fresques murales. C’est une excellente nouvelle. Elles embellissent la ville, attirent les regards et racontent des histoires.

Mais il y a une question que je me pose…

Pourquoi laisser disparaître certaines œuvres qui font désormais partie de notre patrimoine urbain ?

La fresque Almarita, réalisée par AL Sticking place de Verdun, n’est pas un simple portrait. C’est une œuvre qui dialogue avec l’histoire de Narbonne. L’artiste y a caché une multitude de symboles : la cathédrale, le Temps, la clé de la ville, le peuple gitan, la nature, La Rue Kétanou, les âmes vagabondes… Autant de références que très peu de Narbonnais connaissent aujourd’hui.

Et pourtant, avec les années, cette fresque s’efface lentement.

J’espère sincèrement qu’elle ne connaîtra pas le même destin que la Sirène de Zeklo, avenue du Dr Paul-Pompidor, ou que L’Hymne au Soleil de Camberoque, aujourd’hui disparues.

Une fresque n’est pas seulement une décoration. C’est un message, une émotion, parfois même une énigme laissée aux passants. Lorsqu’elle disparaît, c’est une part de la mémoire de la ville qui s’efface avec elle.

Ne serait-il pas temps de réfléchir à la préservation des œuvres les plus emblématiques de Narbonne, avant qu’il ne soit trop tard ?