Le pyjama au Cambodge, un vêtement comme un autre
Qui a dit que les pyjamas n’étaient faits que pour dormir ? Certainement pas les Cambodgiennes !
Au Cambodge, le pyjama se porte de jour comme de nuit, au travail ou pour faire quelques courses, à la campagne comme en ville, à pied, à vélo ou, plus souvent encore, sur un scooter. Coloré, fleuri, à motifs animaliers ou inspiré des personnages de dessins animés, il est devenu une tenue parfaitement ordinaire dans les rues du pays.
La première fois que je me suis rendu au Cambodge, j’ai été frappé par le nombre de femmes que je croisais ainsi vêtues. Pendant quelques instants, je me suis même demandé si elles n’étaient pas simplement sorties de chez elles sans prendre le temps de s’habiller. Puis, à force de les voir partout, j’ai compris que je me trompais complètement : elles étaient bel et bien habillées… en pyjama !

Et le phénomène est loin d’être limité aux femmes restant tranquillement à la maison. Une Cambodgienne peut enfiler son ensemble, monter sur son scooter, déposer ses enfants à l’école, aller au marché, faire ses courses ou discuter avec ses voisines, sans jamais avoir l’impression d’être en tenue d’intérieur. Dans certaines rues, il suffit de regarder passer les scooters pour voir défiler une véritable collection de pyjamas : rose, bleu, violet, jaune, imprimé de fleurs ou de petits personnages.
Pourquoi cette étrange habitude ?
La première explication est probablement la plus simple : le confort. Les températures cambodgiennes sont élevées et les vêtements de pyjama, généralement légers et amples, sont particulièrement agréables à porter sous la chaleur. Ils sont également peu coûteux et faciles à trouver sur les marchés et dans les boutiques.
Mais réduire cette pratique à une simple recherche de confort serait passer à côté de l’aspect culturel le plus intéressant. Au Cambodge, le pyjama n’est pas nécessairement associé à l’intimité de la chambre à coucher comme il peut l’être en Europe. Il constitue plutôt un ensemble vestimentaire pratique, et son usage dans l’espace public s’est progressivement banalisé.
Les Cambodgiens savent parfaitement ce qu’est un pyjama. Il ne s’agit donc pas d’une méconnaissance de sa fonction originale. En khmer, l’expression utilisée renvoie d’ailleurs à l’idée de « vêtement pour dormir ». La particularité est simplement qu’ici, la frontière entre vêtement de nuit et vêtement de journée est beaucoup plus floue.
Il existe même une véritable esthétique du pyjama. Les ensembles sont vendus dans une multitude de couleurs et de motifs. Certains sont très sobres, d’autres particulièrement voyants. Les fleurs, les personnages de dessins animés, les petits animaux et les imprimés colorés sont omniprésents. Chez certaines femmes, l’ensemble est tellement assorti et soigné qu’il ressemble davantage à une tenue coordonnée qu’à un vêtement de nuit.
C’est probablement ce qui surprend le plus le voyageur occidental : ce que nous considérons comme une tenue privée est ici devenu une tenue sociale.

Le pyjama cambodgien raconte finalement quelque chose de plus profond sur les différences culturelles. Nous avons tendance à considérer comme universelles certaines règles vestimentaires qui ne le sont absolument pas. Chez nous, sortir dans la rue en pyjama peut donner l’impression d’avoir oublié quelque chose en quittant son domicile. Au Cambodge, personne ne semble avoir oublié quoi que ce soit.
Et lorsque l’on voit une femme en pyjama fleuri traverser la rue sur son scooter, téléphone à la main et casque sur la tête, on comprend que le véritable sujet n’est finalement pas le pyjama.

C’est notre propre définition de ce qu’est une « tenue correcte » qui vient de prendre un sérieux coup de chaud.



























