Georgetown Penang,  Street Art

Marking George Town Malaisie

À George Town, il suffit de lever les yeux, de regarder au détour d’une ruelle ou contre la façade d’une vieille maison pour découvrir un drôle de personnage en acier noir.

Un commerçant, un docker, un cuisinier, un immigrant, un personnage historique ou une scène de la vie quotidienne. Ces silhouettes semblent avoir été dessinées directement dans l’espace public. Elles racontent pourtant quelque chose de beaucoup plus sérieux : l’histoire de George Town et de ceux qui l’ont construite.

Ces 52 sculptures en acier noir font partie du projet « Marking George Town », réalisé dans le cadre de la transformation de George Town en site du patrimoine mondial de l’UNESCO.

L’idée est simple et particulièrement intéressante : plutôt que d’enfermer l’histoire dans un musée, pourquoi ne pas la raconter directement dans les rues où elle s’est déroulée ?


Marking George Town, raconter la ville dans ses rues

George Town possède une histoire profondément liée aux migrations, au commerce et aux échanges entre les cultures.

Fondée à la fin du XVIIIe siècle par les Britanniques, la ville devient progressivement un important port commercial. Des populations venues de différentes régions d’Asie et d’ailleurs s’y installent, travaillent, commercent et construisent leurs propres quartiers, temples, associations et lieux de culte.

Cette histoire est encore visible aujourd’hui dans l’architecture de la vieille ville.

Mais un patrimoine ne se résume pas aux bâtiments.

Derrière une façade, une enseigne ou une vieille boutique se cachent des histoires humaines : celles des commerçants, des ouvriers, des communautés immigrées, des familles et de tous ceux qui ont participé à faire de George Town la ville qu’elle est devenue.

C’est précisément ce patrimoine vivant que Marking George Town cherche à mettre en scène.

Les sculptures ne sont donc pas de simples décorations urbaines. Elles constituent une sorte de bande dessinée historique à ciel ouvert.


Pourquoi créer ces sculptures ?

Le projet est né dans le contexte de l’inscription de George Town et de Malacca au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008.

L’objectif était notamment de mieux faire connaître le patrimoine de la ville et de donner aux habitants comme aux visiteurs des clés pour comprendre les lieux qu’ils traversent.

Pour cela, les œuvres ont été installées dans différents quartiers de George Town.

Chaque sculpture est associée à un lieu précis et raconte une histoire liée à cet endroit.

Certaines évoquent un métier ou une activité aujourd’hui disparue. D’autres racontent l’arrivée d’une communauté, un événement historique, une personnalité ou une particularité du quartier.

Le choix de l’acier noir donne à l’ensemble une identité immédiatement reconnaissable.

Les silhouettes découpées semblent presque dessinées au trait. Elles se détachent sur les murs anciens, les shophouses et les ruelles de George Town sans chercher à les masquer.

Et c’est probablement ce qui rend le parcours aussi agréable : on ne visite pas une exposition, on découvre une ville à travers ses histoires.


George Town, une ville façonnée par les rencontres

Pour comprendre ces sculptures, il faut comprendre un peu George Town.

Lorsque Francis Light établit le comptoir britannique de Penang en 1786, l’île devient rapidement un point stratégique du commerce dans la région.

George Town se développe autour de son port et attire progressivement des populations d’origines diverses.

Malais, Chinois, Indiens, Européens et migrants venus d’autres régions d’Asie participent à la croissance de la ville.

Cette diversité se retrouve dans les rues.

Les maisons de commerce chinoises côtoient les mosquées, les temples hindous et bouddhistes, les édifices administratifs britanniques et les anciennes demeures de négociants.

Les shophouses, avec leur boutique au rez-de-chaussée et leur espace de vie ou de stockage à l’étage, deviennent l’une des signatures architecturales de George Town.

Pendant longtemps, cette ville est avant tout une ville de commerce.

On y échange de l’étain, des épices, des produits alimentaires et de nombreuses autres marchandises. Les quais, les entrepôts, les boutiques et les petits métiers font vivre toute une population.

C’est cette histoire urbaine, parfois très officielle et parfois beaucoup plus quotidienne, que les sculptures viennent rappeler.


Ce qui distingue particulièrement Marking George Town, c’est la manière de raconter cette histoire.

Pas de longues plaques commémoratives.

Pas de grandes statues monumentales.

Les artistes utilisent l’humour, la caricature et des scènes de la vie quotidienne.

Un personnage peut être représenté en train de travailler, de vendre quelque chose, de discuter ou simplement de participer à une scène qui paraît anodine.

Mais derrière cette apparente simplicité se trouve souvent une référence à un épisode de l’histoire locale.

Le visiteur est donc obligé de regarder autrement.

Une sculpture attire d’abord l’œil par sa forme.

Puis on cherche son titre.

Puis on comprend la scène.

Et soudain, la rue elle-même devient le livre d’histoire.


Les 52 sculptures du projet n’ont pas été réalisées par un seul artiste.

Quatre artistes ont participé à cette aventure :


Baba Chuah

Le dessinateur et artiste malaisien Baba Chuah a réalisé cinq sculptures.

Son univers vient notamment de la bande dessinée et de l’illustration. Ses personnages possèdent un côté caricatural et expressif qui permet de raconter des scènes historiques avec beaucoup de simplicité.

Ses cinq œuvres sont autant de petites histoires installées dans les rues de George Town.

👉 Découvrir les 5 sculptures de Baba Chuah


Julian « Lefty » Kam

Le dessinateur et auteur de bandes dessinées Julian « Lefty » Kam, originaire de Penang, a lui aussi réalisé cinq sculptures.

Son langage graphique très reconnaissable donne aux personnages des proportions et des expressions volontairement caricaturales.

À travers ses œuvres, il évoque notamment le commerce, les différentes communautés et certains épisodes de l’histoire de George Town.

👉 Découvrir les 5 sculptures de Julian « Lefty » Kam


Reggie Lee

Reggie Lee est l’auteur de onze sculptures du projet.

Son travail participe lui aussi à cette manière particulière de raconter l’histoire locale à travers des personnages et des scènes directement associées aux rues de George Town.

👉 Découvrir les 11 sculptures de Reggie Lee


Tang Mun Kian

Avec 31 sculptures, Tang Mun Kian est de loin l’artiste le plus présent dans le projet.

Son travail constitue une véritable chronique urbaine de George Town.

Ses sculptures abordent de nombreux aspects de la vie de la ville et permettent de parcourir différents quartiers en découvrant à chaque fois une nouvelle histoire.

👉 Découvrir les 31 sculptures de Tang Mun Kian


52 sculptures, une seule grande histoire

Au total, les quatre artistes ont créé 52 sculptures.

Mais il serait réducteur de les considérer comme 52 œuvres indépendantes.

Ensemble, elles forment une sorte de portrait éclaté de George Town.

Une histoire faite de grandes transformations, de commerce, de migrations, de religions, de métiers, de personnages célèbres mais aussi de petits moments de la vie quotidienne.

C’est peut-être là que réside l’intérêt principal de Marking George Town.

La ville n’est plus seulement un décor historique que l’on regarde.

Elle devient le support de son propre récit.

On marche dans une rue, on découvre une sculpture, on cherche à comprendre ce qu’elle représente et l’on regarde ensuite le quartier avec un autre œil.

Et quelques mètres plus loin, une autre silhouette attend déjà.

Partir à la découverte des 52 sculptures

J’ai regroupé les sculptures par artiste afin de pouvoir les découvrir plus facilement.

Vous trouverez donc quatre parcours :

Pour chacune, je donne le titre de l’œuvre, son histoire, une photographie, son emplacement et un lien Google Maps.

De quoi partir à la découverte de George Town avec une petite chasse au trésor historique en poche.

Parce qu’à George Town, il suffit parfois de suivre les silhouettes noires pour que la ville commence à raconter son histoire.


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