Visite du fameux Bairro Casal dos Machados (Lisbonne)
Quiconque souhaite passer une journée dans le quartier « Oriente » de Lisbonne — peut-être pour découvrir le Parque das Nações (l’ancien site de l’Expo) ou l’architecture à grande échelle de cette zone, notamment le célèbre pont Vasco da Gama — devrait faire un court voyage jusqu’au Bairro Casal dos Machados, qui se trouve à distance de marche de la gare Est, Estação do Oriente, à l’allure futuriste.

Dans le cadre du festival d’art urbain MURO LX 2021, le street art a fleuri autour du Parque das Nações, notamment dans le quartier de Casal dos Machados, étape incontournable du festival.
Des artistes nationaux et internationaux ont métamorphosé ce quartier défavorisé — avec ses imposants gratte-ciel — en créant des fresques murales monumentales sur plusieurs façades.
À l’instar du quartier de Bairro Padre Cruz, ces impressionnantes fresques abordent les problèmes et les injustices sociales, incitant à la réflexion : droits des femmes, inégalités et changement climatique figurent parmi les thèmes traités avec force et impact, laissant une impression durable.

Le nombre de bâtiments peints étant limité et le quartier étant relativement compact, une promenade circulaire suffit pour voir la majorité des fresques.
Il faut prévoir environ une heure pour cette visite, trajet à pied depuis la gare d’Oriente compris.
Adresse : Casal dos Machados, R. de São Pedro de Alcântara, 1200-470 Lisbonne, Portugal
Transports : Metro jusqu’à Oriente, puis environ 800 m à pied. L’hôtel Moxy Lisboa Oriente est à ±15 min à pied.

Les Artistes : Juan José Surace, Mabel Vicentef, Pedro Podre, Nark, Los Pepes, Stom500
Listed comme intervenants dans le noyau du Casal dos Machados, leurs œuvres monumentales occupent plusieurs façades dans différents coins du quartier (en particulier autour de Rua Padre Joaquim Alves Correia et rues adjacentes).
Œuvres principales au Casal dos Machados (MURO LX 2021)
L’artiste Chris Butcher, alias Rocket01, vit et travaille à Sheffield, en Angleterre. Actif sur la scène du street art depuis plus de vingt ans, ses œuvres s’exportent aujourd’hui bien au-delà de sa ville natale, de la Belgique à la Grèce, en passant par l’Allemagne et la Bulgarie.
Avant même d’être diplômé des Beaux-Arts, ses portraits surréalistes attiraient déjà l’attention. Un style singulier, reconnaissable entre mille, où le réalisme flirte avec l’imaginaire.

Description : « The World In Our Hands » est une œuvre emblématique qui traite de la multiculturalité, puissante et poétique elle rappelle, sans détour mais avec élégance, que le destin de la planète repose littéralement entre nos doigts. L’œuvre met en scène un monde fragile, porté par des mains humaines, comme un globe qu’on tiendrait avec autant d’espoir que de précaution. Fidèle à son univers onirique mêlant nature, science-fiction et conscience écologique, Rocket01 livre ici un message limpide : la Terre n’est pas un décor, c’est un héritage — et accessoirement un objet très précieux qu’il vaudrait mieux éviter de faire tomber.
L’artiste Juan José Surace, dit Juanjo, est un artiste argentin, maître de l’animation 3D et de l’illustration, reconnu pour son imagination débordante, son humour noir et son regard critique acerbe.
Passionné très jeune par l’animation, il apprend en autodidacte à créer des personnages avant d’intégrer une société de production, où il travaille pendant quinze ans sur des films, des séries et des publicités. Il transmet ensuite son savoir en enseignant dans deux universités.
C’est autour de la quarantaine qu’il découvre le street art. Le travail en plein air et les échanges avec d’autres artistes, loin des cadres académiques et commerciaux, l’amènent à se consacrer pleinement à la peinture murale.

Description : La fresque de Juan José Surace déploie un véritable quintette mural à ciel ouvert. Cinq animaux venus des quatre coins du monde jouent chacun un instrument traditionnel de leur continent, réunis dans une harmonie improbable mais parfaitement orchestrée. Le réalisme des visages, la précision des textures et la chaleur des couleurs donnent l’illusion que la musique pourrait s’échapper du mur à tout moment. Plus qu’une simple scène musicale, l’œuvre célèbre la rencontre des cultures et rappelle que, lorsqu’on accorde les différences, le monde sonne tout de suite beaucoup plus juste.
L’artiste Eelco van den Berg grandit à Uden, un petit village des Pays-Bas, où il dessine des animaux dès l’enfance. En 1986, il découvre le graffiti et la culture hip-hop, un tournant décisif dans son parcours.
Formé à l’illustration, il revendique des influences très variées, mais se distingue surtout par ses scènes psychédéliques aux couleurs audacieuses. Depuis la création d’un chat à Berlin en 2013, il est devenu célèbre pour ses représentations d’animaux excentriques, signature désormais indissociable de son univers.

Description : La fresque d’Eelco van den Berg capte immédiatement le regard par son tourbillon de couleurs et de formes organiques. L’artiste néerlandais y mêle motifs urbains et éléments presque surréalistes, créant une scène où tout semble en mouvement, comme si la façade respirait au rythme de la ville. Les contours précis et la palette vibrante donnent à l’ensemble une dimension à la fois ludique et poétique, invitant le spectateur à se perdre dans un univers où architecture, imagination et nature se répondent harmonieusement. Cette œuvre transforme le mur en célébration visuelle de créativité et de diversité, fidèle à l’esprit du festival MURO LX.
L’artiste Nark CPK est principalement connu au Portugal, son pays d’origine, ainsi qu’au Maroc, pour ses fresques murales vibrantes et expressives. Il réalise des œuvres monumentales aux couleurs éclatantes, abordant avec sensibilité des thématiques sociales et culturelles.
Son travail, à la croisée du réalisme et de l’esthétique urbaine, s’inscrit dans de nombreuses villes. Toujours actif dans le street art, il se consacre aujourd’hui également à la création de tatouages.

Description : La fresque de Nark CPK frappe par son intensité et sa précision. L’artiste y transforme le mur en portrait géant de l’humanité, où chaque visage, chaque regard, semble surgir du béton avec une émotion palpable. Ses traits incisifs et ses couleurs choisies créent un équilibre parfait entre réalisme et expression artistique, faisant de cette œuvre une célébration vibrante de la diversité et de la vie urbaine.
L’artiste Pedro Podre est né à Porto, où il vit et travaille toujours. Formé aux beaux-arts à la Faculté des Beaux-Arts de la ville, il s’est imposé par ses illustrations allégoriques et ses personnages mis en scène aussi bien sur des fresques monumentales que sur des formats plus intimistes.
Son univers visuel mêle thématiques sociales et humour caustique, porté par des couleurs vives et éclatantes. Son style d’illustration singulier se distingue par des personnages étranges, parfois dérangeants, et une imagerie surréaliste immédiatement reconnaissable sur la scène de l’art urbain.

Description : la fresque de Pedro Podre s’impose par son style ironique et visuellement décalé, où l’artiste joue avec des figures humaines et des motifs urbains dans une composition qui allie humour et réflexion sociale. Son traitement graphique — lignes audacieuses, contrastes marqués et personnages aux expressions expressives — confère à l’ensemble une dimensionalité presque narrative, comme si chaque détail racontait une petite histoire dans l’histoire du quartier. Cette œuvre, à la fois ludique et critique, transforme le mur en scène vivante de rencontres et d’échos culturels, invitant le spectateur à sourire tout en s’interrogeant sur les petites absurdités du quotidien.
Le duo artistique MOTS fondé en 2017 par Diogo Ruas (Porto) et Jagoda Cierniak (Opole, Pologne).
Diogo est peintre, muraliste et illustrateur, actif dans le graffiti et le street art depuis 2000. Jagoda est photographe, coordinatrice de projets artistiques et sociaux, diplômée en culture contemporaine de l’Université Jagellonne.
Leur premier projet commun est une fresque murale réalisée à Porto, intégrée à la vieille ville classée à l’UNESCO.
Leur travail mêle fresques, peintures et projets interdisciplinaires, explorant des formes abstraites inspirées d’une vision surréaliste des émotions et du quotidien, parfois en réaction à des enjeux sociaux contemporains.

Description : Fresque monumentale (±33 m de haut).
« Florescer » se présente comme une nature morte centrée sur un vase de fleurs, familières des intérieurs domestiques. Chaque fleur a été choisie en référence aux pays d’origine des immigrés au Portugal, conférant à l’ensemble une dimension symbolique forte. L’œuvre illustre la contribution de ces communautés à la culture portugaise tout en évoquant les défis persistants liés aux inégalités sociales. Par son arrangement et ses couleurs, elle combine esthétique et message social, invitant à la réflexion sur l’inclusion et la diversité.
O Colectivo RUA, littéralement « collectif de rue », réunit plusieurs artistes portugais tels que The Caver, Fedor, Mesk, Frederico Draw et d’autres. Leurs signatures individuelles sont souvent difficiles à identifier, réservant la reconnaissance aux vrais connaisseurs.
Actif depuis plus d’une décennie, le collectif laisse sa marque dans de nombreuses villes du Portugal, créant des œuvres qui mêlent styles variés, techniques urbaines et créativité partagée.

Description : « Multiculturalité » est une fresque réalisée par les membres du Colectivo RUA « The Caver, Oker, Contra, Draw, Fedor et Third«
Cette œuvre monumentale occupe un mur résidentiel du quartier et fait partie du noyau thématique « multiculturalité », célébrant la diversité culturelle et l’interaction des communautés au cœur de la ville.
L’artiste Thomas Locatelli, alias STOM500, est né près de Bâle, en Suisse. Graphiste de formation, il élargit rapidement son travail à l’illustration et au graffiti, avec un style fortement influencé par la bande dessinée.
Ses œuvres, qu’elles soient réalisées sur de grands murs ou de petites toiles, mettent en scène des motifs animaliers ludiques, souvent porteurs de messages sociaux et écologiques. Il utilise à la fois l’acrylique et la peinture en aérosol, se présentant lui-même comme un « couteau suisse artistique ».

Description : La fresque de STOM500 conserve son caractère fantaisiste et ludique, intégrant plusieurs symboles emblématiques du Portugal, comme le coq, les sardines, et d’autres éléments culturels. Par son style animé et coloré, elle mêle humour et référence au patrimoine portugais, tout en restant fidèle à l’univers graphique de l’artiste.
L’artiste Mabel Vicentef débute sa carrière comme décoratrice pour le cinéma, la télévision et des événements, développant très tôt un goût prononcé pour les grands espaces immersifs — une sensibilité qui la mène naturellement vers le street art.
Aujourd’hui, elle est reconnue pour ses fresques monumentales mêlant réalisme et fantaisie, souvent centrées sur des figures féminines. Son travail s’exporte bien au-delà de l’Argentine, avec des œuvres visibles en Albanie, Bosnie, Croatie, Mexique, Maroc, Nouvelle-Zélande, Espagne, Uruguay et aux États-Unis.

Selon Mabel :
« Si vous osez confier votre perception à quelqu’un d’autre, vous pourriez découvrir une perspective totalement nouvelle. »
L’obscurité peut éclairer et c’est dans le silence que se cachent les plus grandes vérités.
Notes pratiques
- Guide digital recommandé : l’application Street Art Cities permet d’afficher précisément chaque œuvre (quand elle est cartographiée) et d’avoir les coordonnées GPS enregistrées par les contributeurs.
- Les noms des œuvres ne sont pas toujours officiels (souvent désignés par les artistes eux-mêmes ou par la communauté Street Art).










