« Aos Construtores da Cidade » Lisbonne
Lisbonne, détour par Marvila et ses bâtisseurs silencieux
Après quelques heures passées à flâner dans le centre culturel la Fábrica Braço de Prata, entre livres empilés comme des remparts, concerts improvisés et conversations qui s’étirent, nous reprenons doucement le fil de la journée. Ici, le temps ne passe pas, il s’installe.
Et puis, avant de filer vers la Sociedade Comercial Abel Pereira da Fonseca pour aller humer les parfums d’un autre Lisbonne, plus ancien, plus vineux, nous décidons d’aller jeter un coup d’œil à une sculpture dont on parle peu, mais qui intrigue.
Direction la Praça 25 de Abril, dans ce quartier de Marvila en pleine métamorphose. Ancien territoire industriel, aujourd’hui terrain d’expérimentation urbaine, Marvila ressemble à un carnet de croquis où la ville teste ses idées.

Au centre de la place, elle est là.
« Aos Construtores da Cidade », œuvre de José de Guimarães.

Verte et rouge, posée comme une énigme, elle ne cherche pas à séduire immédiatement. Elle s’offre plutôt comme un puzzle ouvert. Officiellement, elle rend hommage aux bâtisseurs de Lisbonne, à celles et ceux qui, pierre après pierre, ont façonné la ville. Mais très vite, l’imaginaire prend le relais.
Certains y voient une silhouette féminine allongée sur le Tage, comme une Lisbonne incarnée, étirée entre passé et avenir. D’autres imaginent une barque, un fragment d’histoire maritime échoué là, au cœur d’un quartier en reconstruction. Et puis il y a ceux qui haussent les épaules, sans vraiment trancher. L’art contemporain a cette élégance: il ne force jamais la réponse.
La place elle-même n’est pas anodine. Inaugurée en 1999, elle célèbre les 25 ans de la Révolution des Œillets. Une révolution douce, presque murmurée, où les fusils se sont retrouvés ornés d’œillets rouges. La sculpture, sans représenter directement cet événement, en prolonge l’esprit. Pas de grand geste héroïque ici, mais une présence calme, presque méditative.
Et puis il y a cette petite histoire qui circule.
Il paraît qu’à un moment, certains ont évoqué l’idée de retirer la statue.
En creusant un peu, la réalité est moins spectaculaire. Aucune décision officielle, aucun projet concret. Plutôt une rumeur, née sans doute des transformations du quartier, amplifiée par quelques discussions et beaucoup d’imagination. Marvila change, les espaces se redessinent, et parfois, dans ces mouvements, les œuvres deviennent des sujets de conversation… puis de fantasme.
La sculpture, elle, n’a pas bougé. Fidèle au poste, tranquille.
Comme si elle observait tout cela avec un léger sourire, consciente que les villes passent leur temps à se réinventer, mais que certaines présences, elles, restent.
Nous restons là quelques minutes encore. Pas plus.
Le genre d’arrêt discret, sans programme, qui finit pourtant par marquer une journée.
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Puis nous reprenons la route vers Abel Pereira da Fonseca.

Changement d’ambiance, changement d’époque.
Mais avec, dans un coin de la tête, cette silhouette verte et rouge, posée là comme une question sans réponse… et c’est très bien ainsi.
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