Lisbonne

La Tour de Belém, Lisbonne

Holà… cap à l’ouest, là où le Tage prend son élan vers l’Atlantique et où se dresse, fière comme un gardien de phare un peu coquet, la Tour de Belém.

Son nom évoque peut-être un biscuit apéritif — croustillant, salé, à tremper dans la mer ? — mais ici, rien de grignotable. On parle d’un bastion du XVIᵉ siècle, planté à l’embouchure du Tage pour défendre Lisbonne et contrôler les allées et venues des navires chargés d’épices, d’or et d’aventures.

Construite entre 1515 et 1519 par l’architecte Francisco de Arruda, la tour est un chef-d’œuvre du style manuélin, ce gothique tardif portugais délicieusement ornementé, où cordages sculptés, sphères armillaires et motifs marins rappellent l’âge des Grandes Découvertes. En 1983, elle a été inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, reconnaissance internationale pour ce joyau posé non loin du Monastère des Hiéronymites.


Avant la pierre… un navire.

Avant d’être une tour, le site était protégé par un navire armé de canons, positionné sous le règne du roi Jean II à l’endroit stratégique de l’embouchure du Tage. Son successeur, Manuel Ier, jugea qu’une fortification permanente serait plus efficace qu’un bateau balloté par les marées.


Au XVIᵉ siècle, le navire fut donc remplacé par une structure en pierre : la Tour de Belém.


Une tour… qui avait son île.

À l’origine, la tour était construite sur un petit îlot rocheux au milieu du Tage. Après le grand tremblement de terre de 1755, qui bouleversa Lisbonne et modifia le cours du fleuve, les sédiments déplacés rapprochèrent progressivement l’îlot de la rive.
Aujourd’hui, la tour semble posée sur la berge, mais elle était autrefois isolée dans l’eau — ce qui renforçait considérablement son rôle défensif.


Cinq ans de chantier.

Les plans sont lancés en 1514 et l’architecte militaire Francisco de Arruda prend la direction des travaux. Habitué aux forteresses d’Afrique du Nord, il possède l’expertise nécessaire pour concevoir une défense moderne intégrant l’artillerie.
En 1519, la tour est achevée : cinq années auront suffi pour ériger ce chef-d’œuvre stratégique.


Un intérieur à plusieurs niveaux

L’intérieur est organisé sur plusieurs étages :

  • Salle du Gouverneur
  • Salle du Roi
  • Salle d’Audience
  • Chapelle
  • Terrasse panoramique

Le bastion inférieur abrite les canons tournés vers la mer. Un étroit escalier en colimaçon relie les niveaux. La terrasse supérieure offre une vue magistrale sur le Tage et Lisbonne — récompense bien méritée après l’ascension.


5. Son véritable nom

Officiellement, la Tour de Belém s’appelle Torre de São Vicente de Belém, en hommage à Saint Vincent, saint patron de Lisbonne.
Elle doit son nom courant au quartier de Santa Maria de Belém où elle fut édifiée.


L’une des Sept Merveilles du Portugal

La tour fait partie des Sept Merveilles du Portugal. Les six autres sont :

  • Monastère des Jerónimos (monastère des Hiéronymites)
  • Palais national de Pena à Sintra
  • Château d’Óbidos
  • Monastère d’Alcobaça
  • Monastère de Batalha
  • Château de Guimarães

Un joli programme de voyage, n’est-ce pas ?


Un style manuélin.

Son architecture appartient au style manuélin, transition entre le gothique tardif et la Renaissance.
Cordages sculptés, sphères armillaires et symboles maritimes célèbrent les Grandes Découvertes et les explorateurs portugais comme Pedro Álvares Cabral et Vasco de Gama.


Des cachots bien réels.

Les niveaux inférieurs ont servi de prison. Après la crise dynastique de 1580 et la domination espagnole, la tour accueille des prisonniers politiques et militaires.
Les cachots resteront utilisés jusqu’au XIXᵉ siècle.


Poste de douane.

En 1655, la tour devient poste de contrôle pour percevoir les taxes des navires entrant dans le port de Lisbonne.
Forteresse, prison, porte d’apparat, poste fiscal… une carrière bien remplie.


Le rhinocéros sculpté.

Sur la façade, on distingue une petite gargouille en forme de rhinocéros.
Il s’agit de la première représentation connue d’un rhinocéros dans l’art d’Europe occidentale, inspirée de l’animal arrivé au Portugal en 1513 et offert ensuite au pape Léon X.
Un détail minuscule… mais historique.


Classée par l’UNESCO

Depuis 1983, la Tour de Belém est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle reste aujourd’hui l’un des monuments les plus emblématiques et les plus photographiés de Lisbonne.



Et autour de la Tour…

Cet avion à côté de la tour ?

Il s’agit d’un hydravion exposé près du musée de l’aviation maritime. Il rappelle les grandes traversées aériennes portugaises, notamment celles de l’entre-deux-guerres. Un clin d’œil moderne à l’esprit d’exploration.


La grande tour en briques rouges

La grande tour cylindrique en briques rouges que beaucoup appellent « le phare de la Tour de Belém » n’est en réalité pas un phare maritime destiné à guider les navires.

Il s’agit de l’ancienne tour de contrôle de l’aéroport maritime de Lisbonne, installé à Belém au XXᵉ siècle. À l’époque où l’aviation commerciale en était encore à ses débuts, les hydravions utilisaient le Tage comme piste d’amerrissage. Avant la généralisation des grands aéroports terrestres, cette base jouait un rôle stratégique pour les liaisons internationales, notamment vers l’Amérique du Sud et l’Afrique.

La tour permettait de superviser les mouvements des appareils sur le fleuve, d’assurer la coordination des décollages et des amerrissages, et d’organiser le trafic aérien maritime. Un vestige discret mais fascinant de l’époque héroïque des grandes traversées aériennes.


Le Monument aux Combattants d’Outre-Mer.

Ce mémorial rend hommage aux soldats portugais morts lors des guerres coloniales du XXᵉ siècle. Sobre et solennel, il contraste avec l’élan héroïque des monuments voisins.


Le Monument des Découvertes.

En portugais : Padrão dos Descobrimentos – Impossible de le manquer. Cette immense sculpture en forme de proue de caravelle célèbre les navigateurs portugais.

À son sommet, une terrasse panoramique offre une vue splendide sur le Tage et la grande rose des vents dessinée au sol.
Au lever ou au coucher du soleil, la lumière sublime les silhouettes de Vasco de Gama, Henri le Navigateur et leurs compagnons d’aventure.


Praça do Império et son jardin.

Face au monastère des Hiéronymites et en face du Padrão dos Descobrimentos, s’étend la Praça do Império, vaste esplanade géométrique bordée par le Jardim da Praça do Império.
Bassins, fontaines et allées parfaitement symétriques composent un décor élégant, presque théâtral, qui prolonge la majesté du quartier.


Jardim Vasco da Gama.

Aménagé en 1980, il est dédié au célèbre navigateur portugais.
On y découvre un surprenant pavillon thaïlandais, offert par la Thaïlande pour célébrer les relations historiques entre les deux pays.


Il se situe, entre le jardin de la Praça do Império et le jardin Afonso de Albuquerque.


Jardim Afonso de Albuquerque.

Il est dédié à Afonso de Albuquerque, gouverneur de l’Inde portugaise de 1509 à 1515. Au centre de ce parc avec vue sur le palais national, s’élève une statue rendant hommage au Lion des mers/Mars portugais.


Belém n’est donc pas seulement une tour.
C’est un concentré d’histoire maritime, de mémoire nationale et de panoramas superbes.

Et entre nous… difficile de trouver meilleur endroit pour sentir le vent de l’Atlantique sans quitter Lisbonne.