Artistes

EKO PRIMEIRO

25 ans de graffiti, des rues de Lisbonne aux paradis utopiques

Des fresques monumentales de la banlieue de Lisbonne aux galeries internationales, Bruno Agostinho, alias EKO PRIMEIRO, trace depuis un quart de siècle une route unique dans l’univers de l’art urbain. Retour sur le parcours d’un artiste autodidacte dont l’œuvre balance constamment entre l’énergie brute du graffiti old-school et la douceur lumineuse de paradis utopiques.

Les racines : Du hip-hop de Lisbonne à l’école de la rue

Né à Lisbonne en 1983, c’est à Amadora — véritable plaque tournante de la culture urbaine portugaise — que le jeune Bruno s’imprègne de la culture hip-hop des années 90. En 1997, à seulement 14 ans, il bombe ses premiers lettrages. Influencé par les pionniers du graffiti traditionnel, il développe rapidement une signature visuelle percutante : un style sauvage (wildstyle), affirmé, et des pièces aux dimensions inhabituellement monumentales qui bousculent le paysage gris des banlieues de la capitale.
Pendant des années, il perfectionne la technicité de son tracé, s’imposant comme une figure respectée de la scène locale, participant activement à des projets collectifs majeurs comme la fresque de la Rua do Parque à Amadora.

L’exil et la métamorphose : Le choc visuel du Mozambique

Si le lettrage et la culture de la rue constituent ses fondations, le style d’Eko Primeiro va vivre une profonde mutation lors de ses voyages. L’étape la plus marquante de sa vie d’artiste se déroule au Mozambique, où il s’installe et vit pendant cinq ans.
Là-bas, il devient un acteur clé de la scène artistique locale, jetant des ponts entre les communautés d’art urbain portugaises, africaines et internationales. Ce séjour transforme radicalement sa palette : le gris du béton européen fait place à une explosion de couleurs vibrantes, chaudes et luxuriantes. Ses influences se métamorphosent, s’inspirant de paysages idylliques et d’une nature imaginaire.

De la rue à la toile : Des fragments de paradis utopiques

Aujourd’hui, Eko Primeiro transpose la puissance de ses murs sur des formats plus intimistes, notamment le spray et l’acrylique sur toile. L’artiste aime définir ses peintures en galerie comme des « fragments miniatures de ses fresques ».
Dans ses œuvres récentes, les lignes géométriques et les lettrages acérés du graffiti classique rencontrent une abstraction poétique. Le réel et l’abstrait fusionnent dans des espaces où la lumière dicte sa loi, créant une harmonie visuelle parfaite qui invite le spectateur dans un univers utopique et apaisant.

20 Golden Years : Un succès international (Europe, Asie, Afrique)

En 2019, pour célébrer ses deux décennies d’activisme sous le nom d’Eko Primeiro, il publie le livre et lance l’exposition éponyme « 20 Golden Years ». Témoignage de son impact et de sa solide communauté de collectionneurs, l’ouvrage est en rupture de stock totale en moins de quinze jours.
Ce projet a mis en lumière ses œuvres créées aux quatre coins du globe. S’il a laissé une empreinte indélébile en Afrique et en Europe (participant notamment à des festivals d’art urbain majeurs comme le festival MURO à Lisbonne, et exportant ses toiles et fresques jusqu’en France lors de rassemblements européens), Eko Primeiro a également voyagé à travers l’Asie du Sud-Est. Ce périple asiatique a nourri son obsession pour la lumière et les compositions harmonieuses, confirmant son statut d’artiste global.
Après plus de 25 ans de création ininterrompue, Eko Primeiro continue de prouver que le graffiti n’est pas seulement une discipline graphique, mais un langage universel en constante évolution.