La face cachée du pont des Marchands
Il existe à Narbonne des endroits que les touristes traversent sans même soupçonner ce qu’ils cachent. La face arrière du pont des Marchands, côté canal de la Robine, en fait partie.

En contrebas de l’Office de Tourisme, derrière les grandes enseignes de l’avenue Jean-Jaurès, se trouve un petit espace qui fut longtemps, à mes yeux, un véritable havre de tranquillité. J’y ai passé autrefois de bonnes journées, installé là avec le temps de regarder, de penser, de refaire le monde parfois. C’est aussi sous les yeux du Général de Gaulle caricaturé, apposé sur la façade par l’artiste Mister P, que l’on peut aujourd’hui s’arrêter un instant.

C’était aussi un endroit où les poètes et les artistes peintres aimaient se poser et se retrouver. Les bancs, aujourd’hui disparus, accueillaient les promeneurs, les amoureux de la Robine, mais aussi les personnes âgées venues simplement s’asseoir et regarder passer le temps.

À proximité se trouvent également les fresques de l’ancien lavoir, qui témoignent d’une autre époque et rappellent la vie quotidienne qui animait autrefois les berges de la Robine. Ces peintures apportent une touche de couleur et de mémoire à cet espace aujourd’hui quelque peu délaissé.

Aujourd’hui, le décor a bien changé.
Il est vrai que cet endroit n’a jamais vraiment bénéficié d’une grande attention. Caché derrière les façades commerciales de l’avenue Jean-Jaurès, il a toujours vécu dans l’ombre du prestigieux pont des Marchands. Pourtant, il se trouve au cœur d’un ensemble patrimonial exceptionnel, au bord de cette Robine qui constitue depuis des siècles une véritable artère de Narbonne. Le pont des Marchands lui-même est l’un des rares ponts habités de France.

Mais ici, loin des cartes postales, les façades se sont progressivement dégradées. Les bancs ont disparu. Les groupes de climatisation se sont installés un peu partout, en bas comme en haut des bâtiments, ajoutant leur lot d’équipements techniques à un paysage qui mériterait pourtant davantage de soin.



Et puis il y a cet élément qui saute immédiatement aux yeux : l’immense IPN qui soutient le pont.
Difficile de ne pas le remarquer. Cette énorme poutre métallique, devenue presque un élément permanent du paysage, raconte à elle seule quelque chose de l’état de cet endroit.


Le paradoxe est assez saisissant. À quelques mètres de là, Narbonne présente aux visiteurs son patrimoine le plus prestigieux. Ici, derrière le décor touristique, on découvre une autre ville, beaucoup moins apprêtée, celle que l’on ne montre pas dans les brochures.






Et pourtant, c’est peut-être justement cette face cachée qui mériterait que l’on s’y intéresse.
Parce qu’un patrimoine ne se résume pas à ses monuments les plus photographiés. Il existe aussi dans ces petits espaces de respiration, ces quais, ces façades, ces bancs où l’on s’arrêtait autrefois. Des lieux sans grand apparat, mais qui faisaient partie de la vie quotidienne des Narbonnais.
Il serait peut-être temps de redonner à cet endroit autre chose que sa fonction de décor oublié derrière le pont des Marchands.
Un lieu de passage entre mémoire, eau et fresques oubliées À Narbonne, certains lieux semblent avoir plusieurs vies. Le parking du Lavoir, installé au bord…

































