Lisbonne

Oeiras, septembre 2016 – Naissance d’un terrain d’art libre

Septembre 2016.
À l’initiative de Vhils et de Underdogs, un festival un peu à part voit le jour au Jardim Municipal de Oeiras dans une atmosphère unique de fête populaire.

Le Portugal est par excellence un pays où les murs parlent. Où chaque façade peut devenir manifeste, où la rue n’est pas seulement un passage mais un terrain d’expression. Lisbonne et ses alentours ont depuis longtemps pris l’habitude de laisser l’art sortir du cadre. Avec Iminente, cette logique prend racine… littéralement, dans un jardin.

Le festival Iminente 1er édition

Dans le dictionnaire, « Iminente » signifie être tout près de quelque chose, sur le point de tomber, ou presque au sommet de quelque chose. Laquelle de ces trois définitions correspond le mieux au festival Iminente ? Les trois. En bref, il s’agit de combiner « musique et art nouveaux dans une expérience d’intense intimité collective », 

Pendant trois jours, le parc se transforme en laboratoire à ciel ouvert. Ici, pas de parcours imposé ni de silence feutré. On circule librement entre installations, musique et performances. Le mot d’ordre flotte dans l’air : expression, provocation, exploration. Rien n’est figé. Tout est en train de se faire.

Vhils, fidèle à son approche presque archéologique, marque le lieu de plusieurs œuvres. Une structure de cubes métalliques, froide et géométrique, dialogue avec une sculpture massive en ciment de 2,5 tonnes.

Et puis il y a ce mur, travaillé selon sa technique caractéristique, où l’image surgit de la matière comme un souvenir qu’on exhume. Une œuvre offerte à la ville, comme pour inscrire durablement cette parenthèse dans le paysage.

Mais Iminente ne se résume pas à une signature. Le festival multiplie les formes et les surprises. Un conteneur est confié à douze jeunes artistes, qui le transforment en manifeste collectif. Un peu plus loin, une structure gonflable attire les enfants, légère, presque en suspension dans cet univers brut. Une mosaïque s’invite sur un arbre, comme si la nature acceptait de jouer le jeu.

Une ancienne rame de métro, posée là comme un vestige urbain, devient un terrain d’expression “old school”, saturé de couleurs et de graffitis.

On passe d’un espace à l’autre sans transition, entre exposition, restauration, musique et installations éphémères. On ne visite pas, on dérive.


L’oeuvre de Gonçalo Mar « La Nature humaine »


Puis vient l’une des métamorphoses les plus marquantes. L’Estufa Fria, la serre, se transforme en une forêt étrange peuplée d’animaux grandeur nature. Une libellule faite de fil de fer et de tulle flotte dans l’obscurité, révélée par une lumière noire. L’ensemble crée une atmosphère presque irréelle, entre rêve et décor post-industriel. Ailleurs, une œuvre réalisée à partir de matériaux de récupération rappelle que dans cet univers, les rebuts ont une seconde vie.


Et au bord de l’eau, une présence attire le regard. Bordalo II installe deux flamants roses. De loin, ils semblent presque familiers. De près, ils racontent autre chose. Assemblés à partir de déchets, de plastique et d’objets abandonnés, ils incarnent cette frontière floue entre beauté et dérive.


Au total, seize artistes urbains participent à cette première édition, rejoints par une programmation musicale qui prolonge l’expérience. Les sons se mêlent aux œuvres, les œuvres dialoguent avec l’espace, et le public devient partie prenante de cet équilibre fragile.

Iminente 2016 n’est pas seulement un festival. C’est une prise de position. Une manière d’affirmer que l’art peut s’installer partout, dialoguer avec tout, et surtout continuer à questionner.

Quand les installations disparaissent, il reste autre chose. Une trace. Une impression diffuse. Comme si, pendant quelques jours, le réel avait légèrement changé de texture.