Lisbonne

Tabacaria Mónaco Lisbonne

La petite capsule du temps au cœur du Rossio

Lors de notre escapade lisboète, en flânant du côté de la Praça Dom Pedro IV, plus connue sous le nom de Rossio, nous avons fait une pause pas comme les autres : un arrêt à la Tabacaria Mónaco. Du dehors, c’est une boutique discrète, un couloir étroit presque oublié parmi les terrasses et les cafés. Mais une fois la porte franchie, on entre — pour quelques secondes — dans une capsule du XIXᵉ siècle qui semble figée dans le temps.


🕰️ Une histoire vieille de presque 150 ans

La Tabacaria Mónaco ouvre ses portes en 1875 au n°21 de la Praça Dom Pedro IV. À l’époque, elle n’est pas seulement un lieu où l’on achète du tabac, des cigares ou des journaux : elle devient rapidement un point de rendez‑vous incontournable du Rossio.

Son nom, intrigant pour un lieu lisboète, vient d’une visite du prince Albert Ier de Monaco à la fin du XIXᵉ siècle — un honneur suffisant pour que le buraliste d’alors baptise son commerce du nom de Mónaco. À l’intérieur, on peut encore apercevoir son buste, installé parmi les éléments décoratifs.


🎨 Décor d’époque : une œuvre d’art en miniature

Ce qui frappe, même en passant rapidement (ou en entrant « juste pour voir »), c’est cette sensation d’être tombé sur un petit musée vivant plutôt qu’un simple tabac :

  • Le plafond voûté est peint d’une fresque par António Ramalho, représentant un ciel d’où semblent voler des hirondelles.
  • Des azulejos signés Rafael Bordalo Pinheiro, célèbres dans tout Lisbonne, décorent murs et façades et racontent, avec humour, la vie du tabac.
  • Des figurines sculptées, des meubles en bois finement travaillés, des niches mystérieuses et même un petit chat à la queue‑guillotine pour couper les cigares donnent à l’endroit une atmosphère à la fois charmante et singulière.
  • IMG_2222-11-24_ Tabacaria Monaco Lisbonne_5
  • IMG_2222-11-24_ Tabacaria Monaco Lisbonne_4
  • IMG_2222-11-24_ Tabacaria Monaco Lisbonne_6
  • IMG_2222-11-24_ Tabacaria Monaco Lisbonne_11
  • IMG_2222-11-24_ Tabacaria Monaco Lisbonne_10
  • IMG_2222-11-24_ Tabacaria Monaco Lisbonne_9

Cette décoration est le résultat d’une rénovation majeure en 1894, orchestrée par Júlio Cesar Vieira da Cruz (fils du fondateur), avec la collaboration d’artistes renommés — un décor qui est presque intact aujourd’hui, traversant les générations sans perdre son caractère original.


🗣️ Carrefour de la vie culturelle

Aux beaux jours de la Belle Époque, la Tabacaria Mónaco n’était pas seulement une boutique : c’était un lieu de rencontres intellectuelles et sociales. Artistes, écrivains, journalistes et politiciens s’y retrouvaient pour discuter, feuilleter la presse étrangère — rare à l’époque — ou simplement observer l’effervescence du Rossio.

Rien d’étonnant à ce que des figures comme Fernando Pessoa y aient fait leurs pas, parmi d’autres personnalités littéraires et artistiques de l’époque.


🚪 Un accès secondaire aujourd’hui

Aujourd’hui, il est également possible d’apercevoir la Tabacaria Mónaco depuis la Rua 1.º de Dezembro, côté n°16. Cette façade, plus sobre et discrète que celle donnant sur le Rossio, arbore l’enseigne “Banco de Portugal”, vestige de l’usage administratif du bâtiment. On ne traverse plus le couloir historique comme autrefois, mais cette entrée latérale permet de percevoir l’architecture pombaline et le lien intime de l’édifice avec les rues adjacentes, rappelant que la Tabacaria Mónaco n’est pas seulement un magasin, mais un véritable fragment vivant du Lisbonne du XIXᵉ siècle.


🏛️ Patrimoine vivant

La Tabacaria Mónaco n’est pas seulement une curiosité touristique : elle est classée monument d’intérêt public par le gouvernement portugais, une reconnaissance qui protège son décor, son architecture et sa valeur historique dans le paysage de la Lisboa Pombalina — le quartier historique reconstruit après le grand tremblement de terre de 1755.


🧭 Et aujourd’hui ?

Si tu t’y arrêtes “juste pour voir” — comme beaucoup de visiteurs — tu seras surpris par la richesse des détails dans un espace si petit. Entre les azulejos comiques, les peintures délicates, les objets d’époque et les souvenirs d’un Lisbonne d’antan, c’est un endroit qui donne envie de s’arrêter… même si on n’est pas fumeur.