Narbonne,  Street Art Narbonne

Une fresque, un hommage à Pierre Sansot… et une découverte tardive

Qui se souvient de Pierre Sansot (1928-2005) ?
Moi.
Pas seulement parce que son nom apparaît aujourd’hui sur une fresque à Narbonne, mais parce que j’ai eu l’occasion de le croiser dans l’un des plus anciens chalets en bois sur pilotis de Gruissan, un chalet qui, à cette époque, tombait presque en ruine.

Il avait quelque chose qui attirait le regard. Une silhouette singulière, une longue queue de cheval, une allure un peu gitane, et surtout cette présence tranquille des gens qui semblent vivre légèrement à côté des conventions, je savais qu’il était philosophe, écrivain, intellectuel, mais il ne ressemblait pas vraiment à l’image que l’on pouvait se faire d’un universitaire.

Ce qui le caractérisait peut-être le mieux, c’était son regard. Il savait voir ce que les autres ne regardaient plus : une rue, un jardin public, quelques personnes sur un banc, une conversation, un geste anodin. Là où nous passions sans forcément nous arrêter, lui prenait le temps de regarder, de s’interroger et d’en faire surgir une histoire.

Et puis, depuis 2018, je me suis moi aussi mis à parcourir Narbonne autrement.
Je marche, je photographie, j’observe, je m’interroge. Je cherche ce que l’on ne voit plus à force de passer devant.
Alors, forcément, la découverte d’une fresque rendant hommage à Pierre Sansot ne pouvait pas me laisser complètement indifférent.

Et puis, depuis 2019, je me suis moi aussi mis à parcourir Narbonne autrement.

Je marche, je photographie, j’observe, je m’interroge. J’essaie de voir ce que l’on ne remarque plus à force de passer devant.

Alors, forcément, découvrir une fresque rendant hommage à Pierre Sansot ne pouvait pas me laisser indifférent.

Il y a, modestement, quelque chose qui me rapproche de sa façon de regarder la ville : cette envie de transformer une promenade en découverte.

Et pourtant, comme lui peut-être, je peux passer des dizaines de fois devant un endroit sans vraiment le regarder.

C’est exactement ce qui vient de m’arriver.

Dernièrement, je me suis rendu du côté de la Maison des Services, avenue de la Naïade,
Je suis donc retourné voir la fresque de la Sirène, signée Zeklo, une œuvre devant laquelle j’étais déjà passé bien des fois.

👉 En savoir plus : Sur la Sirène, signée Zeklo (aujourd’hui a disparue)


Puis j’en ai profité pour aller voir de plus près une œuvre que je connaissais sans vraiment la connaître : la sculpture La Naïade, réalisée en 1976 par Elyane Grémillon-Swiderski.

À savoir : Elyane Swiderski-Grémillon fut l’une des premières femmes à recevoir le titre de Meilleur Ouvrier de France en céramique.


Et puis, en regardant autour de moi, je me suis souvenu avoir déjà aperçu, il y a quelques années, une fresque sur la Maison des Services.

Alors je suis allé voir.

Et cette fois, j’ai pris le temps de lire.

Voir le texte


Il y a de la bonté.
Il y a de la tendresse.
Il y a du bonheur.

​Il y a de la grandeur dans ce pays façonné par les hommes et aussi par le vent, le soleil, la Méditerranée. Les châteaux y côtoient sans emphase les cieux et des esprits rebelles ne consentent jamais à un ordre venu du dehors ou d’en haut s’il leur paraît arbitraire.

​Il y a de la tendresse sur ces terres entretenues avec soins, sur ces chemins qui vagabondent, petites écolières, de-ci de-là.
Il y a du bonheur chez ces gens qui rient aux éclats ou usent d’un verbe tonitruant tandis que les étoiles éclairent leur visage et que l’un d’eux plante un essai au milieu des poteaux.

Il a de la bonté sur ces terres et ces hommes. Au lieu de récriminer et d’aviver en eux la haine, ils préfèrent s’émerveiller des soleils naissants puis déclinants, des lunes pleines, mi-pleines, rousses, du petit, du grand chariot.

Pierre Sansot

Ces quelques lignes sont un hommage à Pierre Sansot.

Et elles m’ont immédiatement fait penser à Narbonne, toutes voiles dehors, le livre publié en 2005 aux éditions Romain Pages, fruit de la rencontre entre les textes de Pierre Sansot et les photographies de David Huguenin.

⚠️ Mais attention : si le rapprochement est évident, je n’ai pas trouvé de preuve permettant d’affirmer que le texte inscrit sur la fresque est directement extrait de cet ouvrage.

Je préfère donc laisser cette question ouverte.

Ce qui m’intéresse finalement davantage, c’est cette drôle de sensation : j’étais déjà passé devant cette fresque, mais je ne l’avais jamais vraiment regardée.

Il aura fallu une autre promenade, une recherche sur une fresque disparue, une sculpture que je suis allé observer de plus près… pour que mes yeux se posent enfin sur ces quelques phrases.

Depuis 2018, je parcours Narbonne avec cette curiosité.

Et finalement, c’est peut-être cela que j’aime le plus dans la promenade : on ne sait jamais ce que l’on va découvrir, même dans un endroit devant lequel on est déjà passé cent fois.

Pierre Sansot avait ses mots.

Moi, j’ai mes promenades.

Et parfois, au détour d’un mur, les deux se rencontrent.