Narbonne

L’Hôtel de la Dorade

Une façade qui raconte quatre siècles d’histoire

Au 44 de la rue Jean-Jaurès, face à l’actuel Office de Tourisme de Narbonne, une étonnante façade attire encore le regard. Avec ses atlantes, ses colonnes, ses décors sculptés et son allure de grand hôtel bourgeois, elle pourrait laisser croire à une construction du XIXᵉ siècle. Et pourtant, son histoire remonte bien plus loin.

L’établissement est traditionnellement donné comme ayant été fondé en 1618 par Jean Poulard. À cette époque, Narbonne conserve encore une activité portuaire importante. Le canal de la Robine, alors directement lié au réseau navigable, permet aux marchandises et aux bateaux de rejoindre le cœur de la ville. L’hôtel aurait ainsi pris le nom de « Daurade », en référence aux poissons méditerranéens qui transitaient par le port situé à proximité.

Au fil du temps, le nom évolue et devient « Dorade », forme sous laquelle l’établissement sera notamment connu aux XIXᵉ et XXᵉ siècles.

Mais alors, pourquoi trouve-t-on la date 1648 sur la façade ?

C’est précisément là que l’histoire devient intéressante. La date visible sur l’édifice ne correspond pas à la construction de la façade actuelle. Celle-ci date de 1865, année au cours de laquelle l’ancien hôtel est entièrement reconstruit.

Le 1648 est donc une date antérieure de plus de deux siècles à l’immeuble que nous voyons aujourd’hui. Elle semble avoir été conservée ou réemployée lors de la reconstruction pour rappeler l’ancienneté de l’établissement. Elle pourrait correspondre à une inscription, à un élément architectural provenant de l’ancien bâtiment ou à une date liée à une transformation de l’établissement. En l’état des sources disponibles, il serait imprudent d’affirmer davantage.

Une chose est en revanche certaine : 1648 ne signifie pas que la façade actuelle a été construite cette année-là. La reconstruction de l’hôtel en 1865 est bien documentée.

Et la nouvelle façade ne fait pas dans la discrétion. Elle est ornée de nombreux éléments architecturaux, parmi lesquels quatre atlantes, ces figures sculptées qui semblent porter symboliquement l’édifice à l’entrée. Ce décor particulièrement spectaculaire est attesté par les photographies anciennes conservées dans les archives.

Au début du XXᵉ siècle, l’établissement porte le nom de Grand Hôtel de la Dorade. Des cartes postales montrent alors sa façade et ses espaces intérieurs. L’hôtel accueille voyageurs et touristes, tandis que son emplacement, à proximité du canal et du centre historique, en fait l’un des établissements connus de Narbonne.

L’activité hôtelière a depuis disparu, mais le bâtiment est toujours là.

Il reste surtout cette façade étonnante, qui raconte à sa manière l’histoire de Narbonne : une ancienne auberge née au XVIIᵉ siècle, reconstruite au XIXᵉ siècle, devenue grand hôtel avant de perdre finalement sa fonction première.

Et au milieu de tout cela, 1648 continue de nous regarder depuis la façade. Une petite date gravée dans la pierre, qui rappelle que derrière l’immeuble de 1865 se cache une histoire beaucoup plus ancienne. Reste à savoir exactement ce que voulait dire celui qui l’a gravée. C’est peut-être le seul mystère que la façade n’a pas encore décidé de livrer.

Et juste en face, le parking du Lavoir…

L’histoire de l’Hôtel de la Dorade ne s’arrête finalement pas à sa façade. Juste en face, de l’autre côté de la rue Jean-Jaurès, le secteur du parking du Lavoir rappelle lui aussi une partie de l’histoire plus récente de ce quartier, autrefois étroitement lié à l’eau, au canal et aux activités qui animaient le cœur de Narbonne.

Aujourd’hui, le paysage a bien changé. Le grand hôtel a disparu, le port n’est plus celui d’autrefois et le lavoir a lui-même changé de fonction. Mais les traces du passé sont toujours là, parfois bien cachées derrière les aménagements contemporains.

Pour découvrir l’histoire de cet étonnant secteur et notamment celle de l’ancien lavoir, je vous invite à poursuivre la balade avec mon article « Le parking du Lavoir à Narbonne » :
👉 Le parking du Lavoir à Narbonne

Deux lieux finalement très proches, mais deux témoins d’une même Narbonne : celle où l’eau, le commerce, les voyageurs et la vie quotidienne faisaient battre le cœur de la ville.