Lisbonne,  Street Art

Mémoire effacée du Jardim do Tabaco

PixelPancho & Vhils

Dans le Jardim do Tabaco, aujourd’hui, il faut un peu d’imagination. Ou une bonne mémoire.
Parce que les fresques qui faisaient dialoguer deux univers majeurs du street art ont disparu.

À cet endroit précis, deux artistes s’étaient rencontrés en 2013 pour une collaboration assez rare : le Portugais Vhils et l’Italien Pixel Pancho.
L’un creusait les murs, littéralement. L’autre les peuplait de créatures mécaniques, presque mélancoliques.

Le résultat ? Une œuvre hybride, comme un dialogue entre chair et métal.
D’un côté, le visage sculpté, arraché à la matière même du mur, révélant les couches du temps.
De l’autre, un univers peuplé de robots aux allures fatiguées, comme sortis d’un futur déjà usé.
Deux écritures, deux gestes… mais une même respiration.

Cette fresque avait été réalisée dans le cadre du projet Underdogs, en bordure du Tage, non loin du Jardim do Tabaco. Elle faisait partie de ces œuvres qui s’imposent dans le paysage sans jamais l’écraser.

Mais voilà… le bâtiment qui l’accueillait a été détruit quelques années plus tard, emportant avec lui la fresque.

Et même si l’on sait que le street art est, par nature, éphémère… certaines disparitions laissent un petit vide. Une sorte de silence visuel.
Comme si la ville avait oublié une phrase qu’elle venait juste d’écrire.

Ce qui reste aujourd’hui, ce sont des images, des souvenirs, et cette étrange sensation :
avoir vu quelque chose qui n’existe plus… mais qui continue, malgré tout, à exister un peu.

Un robot et un visage, quelque part entre mémoire et poussière.


À quelques pas de là, près de l’ancienne centrale électrique devenue le MAAT, Vhils avait également marqué les murs d’une étrange tour cylindrique, semblable à un réservoir posé face au Tage. Un de ces visages creusés dans la matière, comme arraché au béton, où le passé semble remonter à la surface. Mais ici encore, le temps a fait son œuvre : transformations du site, réaménagements successifs… la fresque a disparu, emportée avec son support. Rien de brutal, juste un effacement progressif, presque discret. Il en reste des images, bien sûr, mais surtout cette impression fugace d’avoir vu un mur respirer… avant qu’il ne se referme.