Lisbonne

La publicité selon SEBS- Lisbonne

Après avoir exploré les fresques du Bairro 2 de Maio, ce quartier où les murs semblent discuter entre eux à coups de couleurs et de revendications, nous décidons de prolonger la balade. Pas question de ranger l’appareil photo trop vite. Autour, les rues continuent de murmurer… mais sur un ton légèrement différent.

Ici, le street art se fait plus discret, presque insidieux. Moins spectaculaire au premier regard, mais redoutablement efficace. En flânant dans les rues d’Ajuda, un motif revient, comme une rengaine visuelle. Un logo familier… mais qui déraille.

Derrière ces images se cache Mauro Carmelino, alias SEBS. Un artiste qui ne cherche pas tant à séduire qu’à réveiller. Sa campagne, intitulée « Slaves ‘R’ Us », détourne avec une précision chirurgicale les codes de la publicité.

Couleurs accrocheuses, typographie familière, slogans qui semblent sortis d’une grande enseigne… tout y est. Sauf que quelque chose cloche. Et c’est précisément là que le regard s’arrête.

Le message est simple, presque brutal : et si, à force de consommer sans réfléchir, nous étions devenus les rouages dociles d’un système qui nous dépasse ? Des clients, certes… mais aussi, d’une certaine manière, des produits.

Dans ces collages artisanaux disséminés sur les murs d’Ajuda, SEBS joue avec nos réflexes. Il capte l’attention comme le ferait une publicité classique, puis il retourne le message comme une chaussette. Résultat : un léger inconfort, une hésitation. On sourit… puis on réfléchit.

Cette campagne s’inscrit dans une longue tradition artistique qui consiste à détourner les symboles du quotidien pour mieux les questionner. Mais ici, pas de grands discours. Juste des images, efficaces, presque silencieuses. Et pourtant, elles parlent fort.

En arpentant ces rues, une idée s’impose doucement : la frontière entre citoyen et consommateur s’est peut-être un peu trop estompée. Acheter, choisir, désirer… tout cela fait partie du jeu. Mais encore faut-il savoir à quel moment on joue… et à quel moment on est joué.

👉 « jusqu’à ce que les dettes nous séparent »

Cette balade dans Ajuda prend alors une autre dimension. Ce n’est plus seulement une exploration artistique, c’est une invitation à lever le pied, à observer autrement. À regarder ces murs comme des panneaux d’affichage un peu rebelles, qui refusent de vendre… et préfèrent poser des questions.

C’est notamment autour du 25 rue Rio Seco, de la Rua Aliança Operária et dans les rues et places alentour que la balade prend une autre épaisseur. Car ici, la campagne de SEBS ne règne pas seule.

Elle cohabite avec un street art plus classique, non publicitaire, fait de fresques, de signatures et de collages spontanés. Un dialogue s’installe alors entre deux mondes : d’un côté, une critique frontale de la société de consommation, de l’autre, une expression libre, presque instinctive, qui habille les murs sans chercher à vendre ni à détourner. Le quartier devient ainsi une galerie à ciel ouvert aux multiples voix, où chaque mur raconte une histoire différente.

Et au moment de repartir, une sensation persiste. Comme un slogan qui resterait en tête, mais dont le sens aurait légèrement dérapé.