Amadora, l’art urbain au détour des rues
Le voyage à travers le street art d’Amadora est fait de contrastes.
Première journée, premier circuit à la découverte des fresques d’Amadora…
Pour rejoindre Amadora, l’une des solutions les plus simples est d’emprunter le métro.
Départ : Praça Marquês de Pombal
Arrivée : Alfornelos
Une trentaine de minutes plus tard, nous voilà arrivés.
Avant d’aller affronter les longues lignes droites et la démesure de la voie rapide, nous décidons de faire un pas de côté. Un détour loin du tumulte des grands axes, qui nous conduit jusqu’à la Praceta Ruy Belo, au cœur du quartier d’Encosta do Sol.
C’est ici que débute véritablement notre exploration. Loin des itinéraires touristiques classiques, les premières fresques apparaissent déjà, comme une invitation à découvrir une autre facette d’Amadora, où l’art urbain s’intègre au quotidien des habitants.
La balade commence quelques mètres plus loin, là où l’art investit des supports plus inattendus.
Deux transformateurs électriques, longtemps réduits à leur simple fonction technique dans le paysage urbain, deviennent à leur tour des surfaces d’expression. Ces petits volumes de béton, souvent oubliés dans l’espace public, se métamorphosent sous le geste des artistes en véritables fragments de récit, apportant une nouvelle lecture au quartier.
1 2 Transformateurs
📍 Encosta do Sol · Amadora
Le premier accueille l’intervention de Tiago Albuquerque, qui transforme ce bloc fonctionnel en véritable fragment d’art urbain. Le second porte la signature de Krus, apportant une autre lecture graphique et plastique à ces petits volumes de béton.
Ces œuvres rappellent l’une des grandes forces du street art portugais : sa capacité à s’infiltrer dans le quotidien, à détourner les objets ordinaires et à révéler une dimension artistique dans des lieux où le regard passait autrefois sans même s’arrêter.


3 Fresque de Jorge Charrua
📍 Place Ruy Belo, 15 · Encosta do Sol
Guère plus loin, au numéro 15 de la Praça Ruy Belo, se dévoile la fresque de Jorge Charrua.
Face à nous se dresse une œuvre monumentale réalisée en septembre 2020 dans le cadre du festival Conversas na Rua. Issu du graffiti des années 2000 avant de poursuivre son parcours aux Beaux-Arts de Lisbonne, Charrua possède ce talent particulier pour capter l’âme des lieux et raconter des histoires à travers ses compositions.
Cette fresque nous plonge dans l’intimité d’une création : elle représente le portrait d’un auteur de bande dessinée au cœur de son atelier. Dans un équilibre subtil entre introspection et affirmation artistique, la composition évoque la concentration, le doute et la catharsis qui accompagnent le processus créatif.
On prend alors le temps d’observer les détails de cette mise en abyme, captivés par le regard de ce créateur figé sur le mur, comme suspendu entre son imaginaire et le monde réel.

Après cette plongée dans l’atelier imaginaire de Jorge Charrua nous reprenons notre route en direction du grand rond-point de l’Avenida Dr. Mário Soares. C’est en rejoignant les abords de l’IC17 / CRIL que le paysage urbain bascule dans une tout autre dimension.
4 Fresques Avenue Dr. Mário Soares

Ici, le changement d’échelle est saisissant. Entre la Damaia et la Buraca, les massifs murs anti-bruit en béton qui longent l’autoroute urbaine ne servent plus à isoler la ville : ils racontent, ils s’imposent.
Ce tronçon est devenu au fil des décennies un véritable sanctuaire, un temple à ciel ouvert où les plus grands noms et les crews historiques du graffiti portugais ont laissé leur empreinte.
Après les fresques de l’Avenida Dr. Mário Soares, notre itinéraire nous entraîne vers un autre visage de l’art urbain lisboète.
5 Les fresques de l’Avenue Dr. Jorge Sampaio
Nous longeons tranquillement le Parque da Pista de Encosta do Sol, un espace de respiration au cœur de la ville, jusqu’à atteindre le rond-point de l’Avenue Dr. Jorge Sampaio. C’est ici qu’une nouvelle surprise nous attend : des murs qui, au lieu de rester silencieux, prennent la parole à travers la couleur et l’imagination.

Les fresques apparaissent comme des fenêtres ouvertes sur un autre monde. Elles transforment l’espace urbain en une immense toile où les artistes remplacent le béton gris par des formes, des personnages et des histoires. À Lisbonne, l’art urbain n’est plus seulement une intervention spontanée sur les murs : il est devenu une véritable composante du paysage de la ville, au point d’être intégré dans des parcours dédiés à la découverte de ces œuvres.
Ici, pas besoin de pousser la porte d’un musée. Il suffit de marcher et de laisser notre imagination nous raconter leur histoire.
À Amadora, il faut aussi accepter de se perdre un peu dans les rues. D’un quartier à l’autre, les ambiances changent, mais le fil conducteur reste le même : transformer l’espace urbain en un lieu de rencontre entre artistes, habitants et mémoire collective.
Chaque déplacement devient alors une nouvelle étape, une nouvelle page de cette galerie à ciel ouvert où les murs racontent autant la ville que ceux qui l’ont façonnée.
C’est dans l’ancienne zone de Venda Nova que nous poursuivons notre parcours. La Rua do Parque conserve plusieurs interventions réalisées au début des années 2010, témoins d’une période où le graffiti lisboète affirme sa place dans l’espace urbain. Ces fresques portent notamment la signature de collectifs comme GVS Crew et VDS Crew, issus de cette culture graffiti et attachés à une approche fondée sur la maîtrise du lettrage, l’identité du crew et la reconnaissance artistique de cette pratique.
6 Fresques situées rua do Parque Falagueira-Venda Nova.
Artiste : Eko / Paris One / GVS Crew
Cette fresque met en avant le travail du lettrage en volume, marque de fabrique du graffiti traditionnel. Eko, membre du GVS Crew, rappelle à travers cette œuvre une idée souvent défendue par les graffeurs : le graffiti ne peut être réduit à un simple acte illégal, il nécessite une connaissance de ses codes, de son histoire et de sa pratique.

Artiste : GVS Crew
Réalisée dans le même secteur, cette intervention porte l’identité collective du GVS Crew. Le travail repose sur les fondamentaux du graffiti : lettres puissantes, effets de profondeur et affirmation du nom du collectif.

« Le graffiti sera toujours perçu comme illégal, mais pour juger ou stéréotyper, il faut connaître le sujet. »
Go Ahead Make My Day
Artiste : Raps
La fresque de Raps introduit une dimension plus narrative. Son titre fait référence à une expression devenue célèbre dans la culture populaire américaine, notamment associée au personnage de Harry Callahan interprété par Clint Eastwood.
Le choix de cette phrase illustre le dialogue permanent du graffiti avec le cinéma, la musique et l’imaginaire urbain.

Sam le pirate
Artiste : Fone & Risko
Cette fresque associe deux figures importantes du graffiti portugais : Fone et Risko.
Avec le personnage de Sam le pirate, l’œuvre s’éloigne du simple lettrage pour entrer dans l’univers du personnage peint, une évolution fréquente dans le graffiti européen des années 2000-2010 : les murs deviennent des scènes où l’imaginaire prend place.

Angry Games
Artiste : GVS/VDS Crews
Cette fresque détourne l’univers du jeu vidéo Angry Birds pour créer une composition liée à la culture populaire contemporaine. Réalisée par des membres des GVS/VDS Crews, elle montre la capacité du graffiti à absorber les références de son époque : jeux vidéo, animation, bande dessinée et culture numérique.
Eko, membre du GVS Crew, y poursuit un travail où le graffiti devient un langage hybride, entre écriture, illustration et commentaire de la société contemporaine.

🧭 Voir l’emplacement sur Google Map
la Rua do Parque forme presque un petit laboratoire du graffiti portugais : on y voit la transition entre le graffiti de signature (le nom, le crew, la lettre) et une peinture murale plus ouverte, qui annonce les grandes fresques urbaines soutenues ensuite par les villes. C’est une autre facette d’Amadora que les fresques BD : moins institutionnelle, mais très représentative de l’histoire du mouvement.
Le parcours se prolonge avec un autre transformateur métamorphosés par l’art urbain, notamment une intervention de Carlos Farinha, dont l’univers figuratif et foisonnant apporte une nouvelle tonalité à cette galerie à ciel ouvert.
7 Transformateur – Carlos Farinha
Créateur des décors du festival Amadora depuis 1998, l’artiste se distingue par des compositions d’une grande richesse, où la précision du trait donne vie aux personnages et aux lieux. Ici, il recourt au trompe-l’œil pour évoquer l’atmosphère chaleureuse des anciennes tavernes et auberges de la ville, offrant un hommage sensible au quotidien d’autrefois.

8 Fresque de NADA & Damn One
Sur ce long mur, NADA et Damn One développent une composition dominée par les nuances de bleu, mêlant formes abstraites, lignes graphiques et figures animales stylisées. L’ensemble crée un paysage visuel continu où les deux univers artistiques se répondent. La fresque participe à la transformation de l’espace public en support d’expression artistique, dans la continuité du projet « Conversas na Rua ».

Sur la partie droite du mur apparaissent plusieurs figures animales stylisées, proches de chiens ou de loups, intégrées dans une composition dominée par les bleus et les formes géométriques. Ces silhouettes apportent une dimension narrative et imaginaire à l’ensemble, en contraste avec les éléments plus abstraits de la fresque.



9 Fresque attribuée à Gramaxo & Barbosa
Cette fresque située dans le parc industriel de Venda Nova met en valeur l’univers de l’usine à travers ses outils et sa chaîne de production. Un sujet qui semble presque naturel pour Gramaxo & Barbosa, dont le langage graphique s’appuie sur la précision du dessin, la construction des volumes et une grande attention portée aux détails.

Leur approche transforme la mécanique industrielle en un véritable récit visuel : les éléments techniques s’entremêlent, les perspectives donnent du rythme à la composition et le mur semble retrouver le mouvement d’une machine en fonctionnement.


Cette fresque est particulièrement intéressante car elle fait le lien entre deux visages d’Amadora : celui des anciens espaces industriels de Venda Nova, façonnés par les activités de production et le travail des hommes, et celui d’une ville qui, au fil des années, a transformé ses murs en supports d’expression artistique.
10 Artiste : CreyZ / École Prof. Gustavo Eiffel.
Fresque réalisée en 2015dans le cadre de la 1ère édition du projet « Conversations dans la rue », faisant partie de l’atelier « Peindre dans la rue », qui a impliqué la collaboration de 8 étudiants de l’École professionnelle Gustave Eiffel.

Nous quittons la fresque réalisée par CreyZ et poursuivons notre parcours à la découverte de cinq fresques monumentales réalisées par Sérgio Odeith.
11 Fresque : Fernando António Nogueira Pessoa
Réalisée par Sérgio Odeith cette fresque rend hommage à Fernando un écrivain, critique, polémiste et poète portugais trilingue –

12 Fresque : Hommage à Vasco Santana.
Cette murale dédie Vasco Santana a été réalise par Odeith. Inspiré par l’âge d’or du cinéma américain, il utilise la peinture aérosol pour représenter Vasco Santana, auréolé d’une lumière dorée, et dont la signature monumentale, « Odeith », figure en bas de la fresque.

13 Fresque : Hommage à Carlos Paredes
Réalisée par Odeith, cette fresque rend hommage à Carlos Paredes (1925-2004), considéré comme l’un des plus grands maîtres de la guitare portugaise. Virtuose de cet instrument emblématique du fado, Carlos Paredes a profondément marqué la musique portugaise par son jeu d’une grande sensibilité, capable de mêler virtuosité technique et émotion pure. Surnommé parfois le « maître de la guitare portugaise », il a contribué à faire connaître cet instrument bien au-delà des frontières du Portugal.

14 Fresque : Hommage à Zeca Afonso
Peinture murale réalisée par Odeith, cette fresque rend hommage au musicien et compositeur portugais José Afonso. Cette intervention artistique a été réalisée dans le cadre de la deuxième édition de l’événement « Conversas na Rua »,

15 Fresque : Hommage à Amália Rodrigues
Réalisée par l’artiste Odeith cette fresque rend hommage à Amália Rodrigues (1920 – 1999) qui était surnommée la « Reine du Fado ». Le fado est un genre musical portugais, constitué de chants populaires au thème mélancolique accompagnés d’instruments à cordes pincées.















2. Bob Marley
Artiste : Odeith
Année : 2010
Localisation : Bairro da Cova da Moura, Águas Livres
Description : Odeith (2010). Mural situé dans le quartier de la Cova da Moura. Présente l’interprète Bob Marley, figure médiatique vue comme un exemple pour la communauté.

3. Eusébio
Artiste : Odeith
Année : 2011
Localisation : Bairro da Cova da Moura, Águas Livres
Description : Odeith (2011). Mural situé dans le quartier de la Cova da Moura. Représente l’icône du football national, Eusébio.

4. IT ALL FALLS DOWN
Artiste : Akacorleone
Année : 2012
Localisation : Fórum Luís de Camões, Encosta do Sol
Description : AkaCorleone est un artiste visuel d’origine portugaise et suisse qui a débuté sa carrière comme graffeur à Lisbonne. Reconnu pour sa maîtrise des couleurs, de la typographie et des personnages, il crée des compositions saisissantes, empreintes d’originalité et d’humour. Son travail mêle couleurs, typographie et personnages pour créer des compositions uniques et humoristiques.

Rongée par l’eau et le temps, la fresque vieillit mal, jusqu’à presque disparaître en 2022.
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Estrada Militar, Amadora (route militaire)
Artiste : Vile































