Le hasard et la curiosité font bien des choses…
Savez-vous que, dans un recoin du boulevard Gambetta à Narbonne, on peut découvrir une œuvre qui n’est pas tout à fait celle que l’on croit ?
Derrière une vitrine, sur une vitre givrée, se cache en effet une reproduction de l’un des pochoirs les plus célèbres de Banksy : « Love Is in the Air », plus communément appelé « Le Lanceur de fleurs ».
Une découverte faite un peu par hasard, au détour d’une promenade, comme quoi la curiosité a parfois de bonnes fréquentations…
J’adore les fresques de Banksy. Alors, forcément, voir ses œuvres reproduites un peu partout me laisse une impression partagée. D’un côté, il y a quelque chose de frustrant à voir une œuvre de street art, pensée pour un lieu précis et chargée de son contexte, devenir un simple motif décoratif que l’on colle sur une vitrine. De l’autre, certaines images ont tellement dépassé leur statut d’œuvre d’art qu’elles sont devenues de véritables signes, presque des slogans visuels.
C’est particulièrement vrai pour « Love Is in the Air », le célèbre « Lanceur de fleurs ». Le geste est immédiatement reconnaissable : un manifestant masqué, prêt à lancer quelque chose, mais ce ne sera finalement ni une pierre ni un cocktail Molotov. Ce sera un bouquet de fleurs. En quelques traits, Banksy transforme donc un geste associé à la violence en un geste de paix. Le message n’a pas besoin de mode d’emploi.
C’est peut-être pour cela que les reproductions de Banksy me gênent moins lorsqu’elles semblent vouloir transmettre le message plutôt que simplement décorer un mur. Dans ce cas, l’image fonctionne presque comme un slogan que chacun peut s’approprier.

On pourrait faire un parallèle avec « Je suis Charlie ». À l’origine, ces trois mots n’étaient pas une œuvre d’art au sens classique du terme. Pourtant, ils sont rapidement devenus un symbole collectif, repris sur des pancartes, des affiches, des tee-shirts, des vitrines et jusque dans les conversations. Leur force venait précisément de leur capacité à être repris par chacun. Ils n’appartenaient plus seulement à celui qui les avait formulés : ils étaient devenus une manière d’exprimer publiquement une idée et de se reconnaître dans celle-ci.
Certaines images de Banksy connaissent un destin comparable. Leur reproduction peut alors être vue comme une forme d’appropriation symbolique : on ne prétend pas être Banksy, on utilise son langage pour faire passer son propre message.
Et cette vitrine en donne finalement un exemple assez amusant. Le « Lanceur de fleurs » est ici collé à l’intérieur de la vitre givrée et apparaît donc inversé, comme dans un miroir. Une œuvre déjà détournée par son nouveau support se retrouve encore transformée par le simple fait d’être regardée depuis la rue.
La copie n’est donc plus exactement l’œuvre originale. Elle devient autre chose : une image de Banksy utilisée dans un autre lieu, avec un autre contexte et, peut-être, une autre intention.
C’est toute l’ambiguïté du street art : né dans la rue, souvent sans autorisation, pensé pour être vu par tous, il finit par produire des images tellement puissantes qu’elles échappent en partie à leur créateur. Elles deviennent des icônes, des signes que chacun peut reprendre.
Et finalement, c’est peut-être là que réside une partie de la réussite de Banksy : ses pochoirs ne sont plus seulement des œuvres que l’on regarde. Ce sont devenus des images que l’on reconnaît, que l’on comprend et que l’on utilise pour dire quelque chose.































