Artistes,  Lisbonne

AKA Corleone, le kaléidoscope de Lisbonne

Avant même de connaître son nom, beaucoup croisent une œuvre d’AKA Corleone au détour d’une rue de Lisbonne. Une explosion de couleurs, des personnages hybrides, des lettres qui semblent danser sur les murs comme des enseignes électriques en pleine insomnie. Son univers est immédiatement identifiable. Impossible de le confondre avec un autre.

Né à Lisbonne en 1985, d’origine portugaise et suisse, AKA Corleone, de son vrai nom Pedro Campiche, appartient à cette génération d’artistes qui ont transformé la capitale portugaise en immense galerie à ciel ouvert. D’abord issu du graffiti, qu’il découvre adolescent au début des années 2000, il évolue rapidement vers une pratique plus large mêlant illustration, design graphique, peinture murale, installations et sculpture.

Chez lui, le graffiti n’est jamais très loin, mais il devient matière à expérimentation. Ses œuvres mélangent typographie, culture pop, abstraction géométrique, cartoons, références numériques et esthétique rétro-futuriste. Un joyeux court-circuit visuel entre arcade japonaise, bande dessinée underground et signalétique urbaine.

À Lisbonne, plusieurs de ses réalisations ont marqué le paysage urbain.

Parmi les plus connues figure la fresque de la Rua Damasceno Monteiro, au n°21A, près du Miradouro da Senhora do Monte dans le quartier d’Anjos. Dans cette montée où les tramways grincent entre les immeubles fatigués, son intervention apporte une secousse chromatique presque tropicale.
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Il etait également l’auteur, avec Hedof, de la fresque « Fly Away », réalisée Rua de São Bento/Largo Hintze Ribeiro – Quartier d »Estrela.

Fresque commandée par KLM pour célébrer les 75 ans de liaison aérienne entre Amsterdam et Lisbonne, l’œuvre transformait un mur entier en invitation au voyage.

Comme beaucoup de fresques urbaines, elle a aujourd’hui disparu, avalée par le temps, les rénovations ou les nouveaux projets immobiliers. Lisbonne possède parfois la mémoire courte, surtout lorsqu’elle repeint ses murs.

🫟 Voir d’autres œuvres Street Art disparues de Lisbonne


On retrouve aussi son travail au Village Underground Lisboa, cet étonnant laboratoire culturel installé sous des conteneurs maritimes et des autobus recyclés à Alcântara.

L’endroit lui correspond parfaitement : créatif, hybride, un peu chaotique, vivant.


On retrouve aussi des œuvres de AKA Corleone dans le quartier de Chelas

👉 Direction « Quartier de Chelas »


AKA Corleone a également participé à plusieurs projets majeurs du street art lisboète, notamment avec Underdogs Gallery, structure fondée par Vhils qui a largement contribué à faire connaître l’art urbain portugais à l’international. Grâce à ces projets, ses œuvres ont quitté Lisbonne pour apparaître à Paris, Berlin, New York, Los Angeles ou encore Hong Kong.


Mais malgré cette reconnaissance internationale, Lisbonne reste profondément liée à son identité artistique. Ses murs semblent être son terrain de jeu naturel. Dans une ville souvent couverte d’azulejos pâlis et de façades pastel, les œuvres d’AKA Corleone surgissent comme des feux d’artifice graphiques.


Son style a évolué au fil des années. Les compositions récentes deviennent parfois plus abstraites, plus structurées, presque architecturales. Pourtant, on retrouve toujours cette énergie immédiate, ce goût du mouvement et cette capacité à transformer un mur banal en machine visuelle.
Chez AKA Corleone, la couleur n’est pas un décor. C’est un langage.