Poséidon veille désormais sur le Tage Lisbonne
La métamorphose de la façade de Santa Apolónia
Fini les tags et les graffitis.
Le grand mur orange rempli de couches de graffiti successives, presque organiques, a été remplacé par une gigantesque figure mythologique structurée, théâtrale, tournée vers le Tage.
Au numéro 65 de la Calçada de Santa Apolónia, à quelques mètres des rails, des ferries et des anciennes grues portuaires, Lisbonne possède désormais son propre dieu marin. Une apparition monumentale signée PichiAvo, duo espagnol devenu incontournable dans le monde du street art contemporain.
Avant Poséidon, le mur de Santa Apolónia vivait déjà.
Couvert de signatures, de couleurs et de passages successifs, il ressemblait à un vieux carnet de bord du quartier portuaire. Une façade brute, mouvante, où chaque couche de peinture racontait un nouveau passage, une nouvelle nuit, un nouveau blaze laissé face au fleuve.

Puis, en 2018, tout change.
PichiAvo ne cherche pas à effacer totalement cette mémoire graffiti : le duo la transforme. Du désordre des tags surgit alors un dieu antique faisant face au Tage. Poséidon apparaît comme une divinité sortie directement du béton lisboète, entre héritage classique et énergie urbaine.
Et le décor semble presque avoir été préparé pour lui. Derrière la façade, les grues du port dressent encore leurs silhouettes métalliques au bord de l’eau. Un paysage industriel et maritime parfait pour accueillir le dieu de la mer au cœur de Santa Apolónia. 🌊🏗️

PichiAvo : quand la mythologie rencontre le graffiti
PichiAvo, c’est la rencontre improbable entre un musée archéologique grec et un tunnel couvert de graffiti.
Le collectif est formé par deux artistes espagnols originaires de Valence : Pichi et Avo. Depuis 2007, ils développent un univers immédiatement reconnaissable mêlant statues antiques, dieux grecs et culture graffiti. (pichiavo.com)
Leur spécialité consiste à faire dialoguer deux mondes que tout semblait opposer :
la peinture classique inspirée de l’Antiquité – l’énergie brute de l’art urbain.
Chez eux, les figures mythologiques surgissent au milieu des lettrages, des coulures de peinture et des explosions de couleurs. Le marbre antique semble traverser une tempête de bombes aérosol.
Mais derrière cette esthétique spectaculaire se cache une véritable culture graffiti. Avant d’exposer dans des galeries internationales, les deux artistes viennent eux-mêmes de la scène urbaine valencienne. C’est sans doute ce qui donne à leurs œuvres cette énergie particulière : même lorsqu’ils peignent des dieux, la rue reste toujours présente.
Un Poséidon tourné vers Lisbonne
Le choix de Poséidon à Santa Apolónia n’a rien d’anodin.
La fresque regarde directement le Tage. Le dieu de la mer semble surveiller les eaux lisboètes, les ferries, les docks et les navires qui traversent encore le fleuve. Une manière de relier la mythologie antique à l’histoire maritime de Lisbonne.
Dans cette partie de la ville, entre entrepôts, voies ferrées et bâtiments industriels, la présence du dieu grec crée un contraste saisissant. Poséidon devient presque un gardien du quartier portuaire. Une sorte de phare mythologique peint à la bombe.
L’œuvre a rapidement trouvé sa place parmi les fresques emblématiques de Lisbonne et apparaît aujourd’hui sur plusieurs plateformes spécialisées comme Street Art Cities ou dans les projets soutenus par Underdogs Gallery, structure incontournable du street art lisboète.
À Santa Apolónia, les vieux tags ont disparu sous le regard d’un dieu antique.
Mais quelque part, dans les couches de peinture cachées sous Poséidon, l’ancien mur continue probablement de respirer.





























