De « Fly Away » au « Langage des fleurs »
Dans le quartier d’Estrela, à Lisbonne, les murs ont cette étrange habitude de changer d’histoire sans prévenir. Une fresque disparaît, une autre surgit, et la ville continue d’avancer comme un tramway jaune grinçant dans une montée trop raide.
Rua de São Bento – Largo Hintze Ribeiro font partie de ces endroits où le street art ressemble à une conversation permanente entre époques, artistes et habitants.
Pendant plusieurs années, le grand mur situé à l’angle de la Rua de São Bento accueillait « Fly Away », une fresque réalisée par Aka Corleone & Hedof. Commandée par KLM pour célébrer les 75 ans de liaison aérienne entre Amsterdam et Lisbonne, l’œuvre jouait avec l’idée du voyage et de l’évasion. Couleurs éclatantes, formes dynamiques, silhouettes flottantes… le mur semblait prêt à décoller au-dessus du Tage.

Puis Lisbonne a tourné la page.
Aujourd’hui, « Fly Away » a disparu et laisse place à une nouvelle intervention monumentale : « Le langage des fleurs », de Jacqueline de Montaigne. Le contraste est saisissant. Là où l’ancienne fresque vibrait d’énergie urbaine et de mouvement, la nouvelle composition installe une atmosphère plus délicate, presque contemplative.

Les fleurs envahissent désormais le mur comme une végétation symbolique. Ce n’est pas une fresque botanique au sens classique. Jacqueline de Montaigne travaille davantage sur l’émotion et les correspondances invisibles. Chaque fleur semble devenir un mot silencieux dans une phrase géante adressée à la ville. Lisbonne possède déjà ses jacarandas, ses bougainvilliers, ses façades couvertes d’azulejos fleuris. Ici, le végétal grimpe directement sur le béton.
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Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
Juste en face, une autre fresque signée Frederico Draw et Ergo Bandits attire toujours le regard. Réalisée dans le cadre de l’inauguration du Centre culturel capverdien, rue de São Bento, à côté du Largo Hintze Ribeiro.

Cette œuvre garde l’énergie caractéristique des deux artistes : lignes puissantes, personnages stylisés, influences du graffiti et narration urbaine. Elle rappelle aussi les liens historiques entre Lisbonne et la culture capverdienne, omniprésente dans certains quartiers de la capitale, dans la musique, les cafés, les voix qui s’échappent des fenêtres ouvertes en fin de journée.
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À Lisbonne, les murs ne sont jamais vraiment fixes. Ils vieillissent, disparaissent, renaissent. Une ville-palimpseste où le béton conserve parfois des fantômes de peinture sous ses nouvelles couches. Comme si chaque fresque continuait d’exister secrètement sous la suivante.





























